Deux roues électriques : le marché explose en Asie, l’Europe à la traîne

Rédigé par Camille Peschet, le 27 Nov 2015, à 11 h 16 min

Le transport représente aujourd’hui 22 % des émissions de gaz à effet de serre et est responsable d’une pollution atmosphérique importante dans les centres villes des grandes agglomérations. Il est donc nécessaire de trouver des solutions pour réduire la part des transports à moteur thermique, tout particulièrement dans les transports individuels. Le développement massif des deux roues électriques dans les pays en développement pourrait être l’une des solutions dans les différents moyens de transports à trouver pour des déplacements bas carbone.

Deux roues électriques : un marché en pleine expansion en Asie

En 2014, 34 millions de deux roues électriques étaient commercialisés avec un million de motos, quatre millions de scooters et 29 millions de vélos, dont 28 millions en Asie contre seulement 800.000 en Europe et 100.000 aux États-Unis. Dans la ville de Shanghai et sa banlieue la proportion entre 1998 et 2008 a été multipliée par neuf en quatre ans, passant de 0,22 million à près de deux millions de véhicules électriques, vélos et scooters confondus. Et l’on comptait 630 fabricants de deux roues électriques en 2008 en Chine.

Les raisons du succès

Plusieurs raisons expliquent le développement de cette nouvelle technologie. Tout d’abord les normes publiques : les deux roues thermiques sont interdits dans certaines villes où des subventions existent pour faciliter l’achat de deux roues électriques. A ceci s’ajoute le faible coût d’achat et d’entretien de ces appareils pour les ménages : 150 euros en moyenne pour un vélo et 530 euros pour un scooter.

deux roues électrique vélo

Feu de signalisation © FooTToo Shutterstock

Les deux-roues électriques représentent ainsi une solution efficace entre le vélo traditionnel face à de nouveaux besoins de déplacements plus élevés et le coût que représente une voiture, son entretien et son immatriculation. D’autant que les scooters électriques peuvent aisément atteindre 60 km/h, une vitesse satisfaisante pour des déplacements urbains.

La Banque asiatique du développement a d’ailleurs compris l’intérêt de prendre en compte ce nouveau mode de transport et a commandé en 2009 un rapport étudiant les impacts sur l’environnement des véhicules électriques, les scénarios de motorisation et les prospectives technologiques sur les batteries. La constitution des batteries actuellement majoritairement en plomb dans les appareils vendus dans les pays asiatiques et le recyclage des batteries en fin de vie représentent un enjeu majeur pour réduire l’impact environnemental du cycle de construction et de fonctionnement de ces véhicules.

Pourquoi ce retard en Europe ?

La difficulté du développement des deux roues électriques dans les pays occidentaux s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord le prix d’achat plus élevé que dans les pays en développement du fait d’un marché faible. S’ajoute à cela une méconnaissance de cette technique du fait d’un très faible nombre de véhicules vendus et d’un désintérêt des pouvoirs publics pour le développement de cette technologie.

Si nous prenons le cas de la France, il n’existe aucune subvention pour l’achat de ce type de véhicule, les subventions étant tournées pour l’État vers la voiture électrique et pour les villes et communes uniquement vers le vélo électrique. Enfin, même si cette technique commence à être connue il faut encore que l’utilisateur soit assuré de pouvoir utiliser sans difficulté son véhicule, notamment de recharger aisément son véhicule là où le nombre de bornes électriques est encore faible.

Or les causes se répondant les unes les autres, l’absence de connaissances, de subventions et d’assurance d’un usage facile des deux roues électriques limite le marché à un nombre restreint de militants, limitant du même coup l’intérêt de produire en grand nombre retardant toujours plus l’ouverture à un marché de masse qui permettrait de réduire les coûts d’achat et encouragerait les investissements publics. Il n’existe aujourd’hui aucun industriel européen sur ce secteur.

Un retard d’autant plus dommageable que les deux roues pourraient se substituer aux voitures et aux deux roues thermiques dans les centres villes

Ce retard est d’autant plus dommageable que si on peut s’attrister quelque peu que les deux roues électriques remplacent en Asie le vélo traditionnel, moyen de transport toujours moins polluant que les deux roues motorisés même électriques, en Europe les deux roues électriques seraient un moyen de substitution aux déplacements urbains qui se font actuellement en voiture ou en deux roues thermiques apportant une réponse pour réduire la quantité de polluants atmosphériques et pour limiter les embouteillages.

Sachant qu’une voiture passe 33 % de son temps de route dans les embouteillages ou à trouver une place de parking, et qu’en France par exemple se sont 3,6 millions de deux-roues motorisés qui circulent, ce sont donc plusieurs millions de tonnes de CO2 qui pourraient être évitées.

Les véhicules électriques sont-ils moins polluants que les véhicules thermiques ?

Il est légitime de se poser la question. En effet même si un véhicule électrique n’émet pas de pollution en roulant, l’alimentation en électricité nécessaire à la recharge de ses batteries est encore majoritairement source de pollution. 68 % de l’électricité produite dans le monde provient en effet de centrales thermiques, c’est-à-dire alimentées par des combustibles fossiles ou fissiles.

Cependant, l’efficacité des dernières centrales électriques a considérablement augmenté avec un rendement pouvant atteindre 54 % contre 38 % pour les moteurs à essence de nos voitures. De plus, les moteurs électriques ne consomment aucune énergie au feu rouge, là ou le ralenti du moteur thermique représente un sixième de sa consommation. Or une voiture roule en moyenne à 15km/h en ville donc au ralenti.

deux roues électrique vélo

Un touriste à Prague sur un scooter électrique nouvelle génération © Soloviova Liudmyla Shutterstock

Enfin, les véhicules électriques peuvent récupérer l’énergie du freinage, en utilisant leur moteur comme générateur électrique, là où l’énergie est nécessairement perdue dans un moteur thermique.

Nouveau mix énergétique et vigilance sur la fabrication et le recyclage des batteries

La technologie étant maintenant au point, comme le montre le développement du marché des deux roues électriques en Asie, l’enjeu est de rendre ce nouveau moyen de transport réellement attractif et bas carbone, avec une alimentation électrique issue des énergies renouvelables. Ceci est d’autant plus aisé que la consommation que demande un deux roues n’est pas la même qu’une voiture et présente donc moins le risque d’entrer en concurrence avec les autres besoins en électricité : 10,14 kWh/100km pour la voiture contre 6,1kWh/100 km pour un scooter électrique selon les données des fabricants.

Ceci passera également par une amélioration de l’impact environnemental des batteries en s’assurant que la majorité des batteries sont en lithium et non en plomb, en continuant la recherche et le développement dans ce domaine pour trouver des matériaux moins polluants et plus efficaces, et en développant des filières de recyclage en nombre suffisant.

Ainsi, même s’il ne s’agit pas encore du moyen de transport idéal, les deux roues électriques ouvrent des perspectives nouvelles pour répondre aux besoins de transport individuel dont les pays développés doivent se saisir.

Illustration bannière : Le marché du deux roues diffère grandement selon les pays © silky Shutterstock

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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. > La technologie étant maintenant au point, comme le montre le développement du marché des deux roues électriques en Asie, l’enjeu est de rendre ce nouveau moyen de transport réellement attractif et bas carbone, avec une alimentation électrique issue des énergies renouvelables

    Nucléaire, plutôt:

    1. de par l’intermittence du vent et du soleil, l’éolien et le solaire impose des centrales à gaz
    2. le vent et le soleil étant des énergies très peu concentrées, ces solutions imposent des investissements beaucoup plus importants, que nous n’avons plus les moyens de financer.

    Un ouvrage lucides parmi quelques autres:
    « Dormez tranquilles jusqu’en 2100 – Et autres malentendus sur le climat et l’énergie »
    bit.ly/21jBzgB

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