Chouette Coop, le supermarché coopératif contre la grande distribution à Toulouse

Proposer une alternative à la grande distribution, c’est le pari lancé par la Chouette Coop. L’association toulousaine a organisé le 12 décembre son premier groupement d’achat, proposant à ses adhérents des produits bio et locaux à moindre coût. Retour sur cette initiative.

Rédigé par Mélanie Volland, le 15 Dec 2015, à 10 h 40 min

Lorsque l’on décide de consommer bio ou local, on se heurte rapidement à la question du coût. Privilégier les circuits courts et la traçabilité des produits s’avère onéreux. Une situation jugée intolérable par les initiateurs de la Chouette Coop, un supermarché coopératif dont le but est de contourner la grande distribution.

Inspiré par la Louve, supermarché coopératif parisien, la Chouette Coop est un projet récent. La première assemblée générale s’est tenue en mai dernier. Ce premier groupement d’achat constitue une phase de rodage pour la coopérative, qui compte aujourd’hui un peu plus de 160 adhérents, aussi appelés « chouettos ». Ils sont venus samedi 12 décembre récupérer leurs commandes.

Des produits de qualité à des prix intéressants

« Le but est de proposer un équilibre entre produits bio et produits locaux », explique Camille Duvelleroy, en charge du groupement d’achat. « Nous souhaitons que les producteurs aient une démarche éthique », poursuit-elle. Une charte est en cours d’élaboration.

Au total, une soixantaine de commandes ont été passées pour ce premier essai. « Le panier moyen comporte 13 articles, pour une valeur de 32 euros », déclare Camille Duvelleroy. Etaient proposés ce mois-ci des lentilles, du café, du miel, du riz ou encore des épices, du sel et de la lessive, entre autres. Parmi les produits que les adhérents aimeraient voir figurer dans la prochaine commande, on retrouve la bière artisanale, le vin et les fruits secs. « Le vinaigre blanc a également été très demandé, comme produit d’entretien », explique Flora, étudiante au Mirail qui était chargée de l’enquête de satisfaction.

chouette coop supermarché coopératif

Le but du supermarché est de pouvoir tout y trouver.  « C’est très avantageux de retrouver des produits locaux et bio dans un seul et même endroit », déclare Flora. Elle estime que faire les marchés et consommer des produits BioCoop revient trop cher. Une idée largement partagée. « BioCoop oui, mais pas tous les jours. Je n’ai pas les moyens », témoigne Alice, nouvelle adhérente de 26 ans. La Chouette veut pouvoir toucher tout type de consommateur. « On ne veut pas devenir un supermarché bobo, il faut aussi qu’il y ait des produits économiques pour concerner le maximum de monde », explique Paul, « chouettos » depuis septembre.

Un local, et hop !

La coopérative recherche activement un local pour héberger son projet de supermarché coopératif. « Une fois que nous aurons un local nous pourrons proposer des produits frais. Ce sera beaucoup plus facile d’organiser les commandes lorsqu’on aura des étagères sur lesquelles ranger les produits », explique Paul.

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La Chouette Coop bénéficie actuellement de l’appui de l’espace de coworking Etincelle, qui lui a prêté ses locaux pour l’occasion. Ouvert il y a un an, il permet à la coopérative de dispenser une permanence tous les mardis. « Ces permanences sont cruciales pour le projet. Elles nous permettent d’échanger avec les potentiels adhérents, et de mener avec eux un entretien presque personnalisé », commente une bénévole.

Le supermarché coopératif : un pied de nez à la grande distribution

Les marges que se font les supermarchés sont la véritable bête noire des adhérents, et leur motivation pour faire vivre le projet. « Leur but est le profit et pas forcément le bien-être des consommateurs », commente Alice. « Il faut que nous puissions nous réapproprier notre pouvoir en tant que consommateur », complète une nouvelle adhérente.

Acheter au supermarché, il n’en est pas question. « L’alimentation est quelque chose de basique, les citoyens doivent s’en saisir », déclare Alain, bénévole d’une cinquantaine d’année. Le message est clair : pas besoin d’intermédiaires, on est aussi bien servis par soi-même.

Certains Chouettos voient même plus grand. « C’est formidable d’être capable, ensemble, de manière autogérée, de monter un tel projet d’une telle ampleur », s’enthousiasme France, pour qui la Chouette Coop se rapproche de la démocratie participative. Idée reprise par Paul, qui estime le projet « éminemment politique. » Il poursuit : « on est en train de créer en commun, de se répartir les tâches et de récupérer notre pouvoir de citoyens. » Ce type d’organisation pourrait s’étendre à d’autres domaines que l’alimentation.

Un projet collaboratif et convivial

Une dizaine de bénévoles s’est relayée le 11 décembre pour réceptionner les produits des trois fournisseurs. Il a ensuite fallu constituer les commandes, en s’assurant de ne pas confondre les produits issus de l’agriculture biologique et les autres. Le lendemain, ils étaient une quinzaine pour distribuer les commandes aux adhérents. « Nous effectuons chacun des missions différentes, trouver un local, rédiger la newsletter, etc. Cet évènement est l’occasion pour nous d’oeuvrer tous ensemble », explique Camille.

L’ambiance était chaleureuse. Non seulement les Chouettos ont pu récupérer leurs produits, mais la Chouette Coop a aussi ouvert ses portes aux curieux. Ils étaient nombreux à venir se renseigner autour du buffet offert par la coopérative, qui compte désormais des adhérents supplémentaires. « Ce type d’initiative booste le lien social » confirme Alice, son bulletin d’adhésion dans la main.

Une initiative prometteuse

Malgré quelques petits couacs, les adhérents étaient satisfaits du déroulé. Certains produits du fournisseur Produits sur son 31 manquaient, car en rupture de stock. La coopérative a alors proposé de rembourser les Chouettos ou de leur offrir un avoir sur la prochaine commande. « Les gens ont majoritairement choisi l’avoir, ce qui montre qu’ils ont envie de continuer avec nous », se réjouit Camille.

A partir du mois de février la Chouette Coop proposera une commande mensuelle. De quoi insuffler un rythme et booster l’avancement du projet. Une initiative à suivre de très près.

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Passionnée par l'actualité de l'écologie, je sillonne Toulouse à la recherche de pratiques alternatives.

4 commentaires Donnez votre avis
  1. Bonjour
    Je ne vois pas pourquoi privilégier les circuits courts et la traçabilité serait plus onéreux. Réunir des produits locaux bio et non bio au même endroit, pourquoi pas mais à condition que la différence d’étiquetage soit bien visible.
    Les produits bio sont un peu plus chers, c’est vrai mais je connais des produits locaux non bio qui sont chers aussi, en profitant de l’effet d’aubaine.
    Quand on achète du bio, on paye aussi le prix de la protection de l’environnement, ce que ne facture pas le conventionnel puisqu’il n’est pas protecteur ou si peu, et que les dommages à l’environnement et donc à notre santé sont supportés tôt ou tard par la collectivité.
    Ces remarques mises à part, toute initiative de coopérative en circuits courts est la bienvenue. Les solutions ne porront venir que des actions de gens responsables et autonomes.
    Voyez le film “Demain” de Cyril Dion et Mélanie Laurent, où un permaculteur démontre qu’on peut obtenir des rendements extraordinaires avec une vraie agronomie sans engrais ni pesticides et vendre à un prix abordable pour tous, en France, pas si loin de Paris

    • J’ajoute que pour les producteurs conventionnels, le fait de côtoyer des bio dans ce genre de coopérative peut les amener à réfléchir tranquillement à leur mode de production.
      Il n’est pas question de les accuser de tous les maux, mais aujourd’hui les dégâts à l’environnement et par conséquent à notre santé causés par les intrants engrais et pesticides sont tels qu’il est grand temps de changer de direction.

  2. j espere que ce genre d initiatives se generalisera un peu plus dans la ensemble de notre pays

    • Lyon, Paris, Bordeaux, Biarritz… et les initiatives se multiplient

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