Pourquoi ne change-t-on pas le monde ? Première étude du gâchis de talents français

Pour la première fois, une étude a essayé de mesurer la gâchis d’engagement dans la société française. Car le constat est clair : les Français ont envie de s’engager pour aider leur pays, mais ne savent pas où ni comment projeter leur énergie.

Rédigé par Stephen Boucher, le 15 Jul 2017, à 7 h 40 min
Pourquoi ne change-t-on pas le monde ? Première étude du gâchis de talents français
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74 : c’est “l’indice du gâchis de talents en France” selon cette étude originale de Ticket for Change, une association qui propose des programmes de formation à l’entrepreneuriat et au leadership positif, et Occurence, un cabinet d’étude indépendant. C’est-à-dire que l’envie de s’engager utilement (ce que les auteurs de l’étude nomment le “talent”) n’est réalisée que pour 36 Français sur 100 qui veulent s’engager. Et sur 100 Français, seuls 20 ont concrètement déjà agi par rapport aux enjeux qui les indignent.

« Nous voyons dans notre pays un immense vivier de talents… trop souvent non exploité« , explique l’étude(2), « Le problème qui nous anime, c’est donc celui du gâchis de talents, de potentiels. Mais nous voyons derrière ce gâchis une incroyable opportunité, un vivier à activer« .

Un véritable vivier de talents en France

Jean-Paul Delevoye, ancien président du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), commentait ces résultats à l’occasion de la sortie de cette étude ainsi : « Notre pays a bâti tout son système de pouvoir pour que sur le plan de l’éducation on soit dans l’obéissance et le conformisme. Il faut sortir de cet état d’esprit : nous avons besoin d’une révolution culturelle. Car l’innovation, c’est la contestation. Or, nous n’acceptons pas la contestation en France« . Son conseil : « Libérez vous, rêvez, contestez, foncez !« 

Les sujets qui préoccupent les Français sont avant tout la santé (pour 64 %), la sécurité (53 %) et l’emploi (49 %). Et parmi les 94 % de Français qui ont envie de s’engager, dont un tiers qui disent déjà avoir des idées pour s’engager, 32 % le souhaitent sur les questions d’environnement, 32 % de santé, 26 % de sécurité et 26 % sur les droits humains. L’environnement est le domaine dans lequel les engagements sont le plus concrètement réalisés.

Les freins à l’engagement

Mais les freins relevés sont multiples : manque de financement, de temps principalement, mais aussi besoin de confiance en soi et d’opportunité. Près des deux tiers des Français affirment ainsi qu’ils souhaiteraient travailler dans une entreprise sociale et solidaire. Un Français sur huit (12 %) serait même apparemment prêt à créer une entreprise sociale et solidaire. Mais moins de 2 % ont sauté le pas. De même, 3 Français sur 5 (61 %) seraient prêt à travailler dans ce même type de structure, alors que seuls 7 % le font déjà.

Selon Maria Nowak, Présidente fondatrice de l’Adie, association pour le droit à l’initiative économique, « Les deux freins majeurs, lorsqu’il s’agit, par exemple, de la création d’entreprise par les chômeurs, sont le manque de confiance de l’État et de la société dans ceux que l’économie de marché a laissé au bord de la route, et la complexité des réglementations qui décourage l’initiative« .

Les freins à l’engagement © Étude ‘le gâchis de talents’

Pour Frédéric Bardeau, fondateur de simplon.co, une école d’informatique au modèle social original, « le système français d’éducation et d’excellence est endogame, il broie les talents ‘différents’ et est classé comme l’un des plus inégalitaires du monde« . Pour y remédier, il faut selon lui « se concentrer sur l’égalité des chances et la création d’environnements de confiance et de catalyse pour que les gens ‘différents’ (ayant quitté le système scolaire, issus des quartiers, les femmes dans la tech tech, etc), puissent révéler leur potentiel…« 

Maxime de Rostolan, fondateur des Fermes d’Avenir, donne quant à lui le conseil suivant aux Français(es) qui hésitent à passer à l’action : « Ne pas avoir peur. Donner sa chance à l’ouverture aux autres, à d’autres choses, être friand de rencontres, même chez tes concurrents, et surtout chez eux ! Être exigeant avec soi-même parce que c’est comme ça qu’on te respectera. Avoir une éthique et s’y tenir« .

La France, un pays plus en mouvement qu’on ne le penserait ?

Derrière cette mobilisation insuffisante de l’énergie citoyenne française se cache un pays dynamique, relèvent les auteurs de l’étude, qui notent qu’un Français sur cinq est déjà passé à l’action, en général plutôt dans le cadre personnel. Bien au-delà du simple geste citoyen de recyclage, les exemples sont divers : accueillir à domicile à titre gratuit d’une famille étrangère, aider une personne handicapée à faire du sport, proposer des sujets de recherche au travail pour protéger l’environnement, ou encore apporter du soutien scolaire dans un cadre associatif.

Globalement, on constate que peu de personnes ne se sentent pas concernées, impuissantes, incompétentes, ou estimant qu’il est uniquement du ressort du gouvernement d’agir.

Ticket for Change est une association d’intérêt général créée en 2014 et qui propose différents programmes de formation à l’entrepreneuriat et au leadership positif : pré-incubateur de start-ups sociales, cours en ligne gratuit (MOOC), ateliers, conférences… L’association revendique 41.000 participants de 160 pays au MOOC « Devenir entrepreneur du changement » co-créé avec HEC Paris : 380 projets d’entrepreneuriat à impact positif émergés, 88 start-ups sociales accompagnées dans la durée.

Illustration bannière : – © Nina Rys
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Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à la Fondation européenne pour le Climat (European Climate Foundation), où il était responsable des...

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