Bretagne : du cadmium un poison trop fréquent dans les légumes

Le cadmium, un métal lourd présent dans les engrais phosphatés, est absorbé par les légumes et est détectable dans le corps humain, révèle une enquête de l’émission Vert de Rage sur France 5.

Rédigé par Anton Kunin, le 14 Sep 2020, à 13 h 00 min

Si vous avez longtemps mangé des légumes cultivés en utilisant des engrais phosphatés, il est fort probable que, dans votre corps, il reste des traces de cadmium, un métal lourd présent dans ces engrais.

Cadmium : les teneurs recommandées dépassées

Manger des légumes cultivés en utilisant des engrais, est-ce inoffensif ? Non, répondent le Dr. Joël Poupon du laboratoire de toxicologie biologique de l’hôpital Lariboisière (Paris) et Marie Duigou, étudiante à l’Université de Bretagne occidentale, qui ont mené l’enquête avec le journaliste Martin Boudot. Ses résultats ont été présentés dans l’émission Vert de Rage, diffusée sur France 5 le 12 septembre 2020.


Pour mener à bien cette expérience, 57 Bretons volontaires âgés de 47 à 75 ans ont déposé des échantillons de leur urine. Des échantillons de pommes de terre et d’engrais ont également été analysés. L’analyse, réalisée par le Dr. Joël Poupon, montre que 12 des 57 personnes ayant prêté leur urine avaient une teneur en cadmium supérieure à 20 mg/kg (soit le taux maximum recommandé en France par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), mais toujours inférieure aux 60 mg/kg autorisés par l’Union européenne). Quant aux pommes de terre bretonnes, les teneurs des échantillons étudiés dépassent de 39 % en moyenne celles des autres régions. Dans les engrais phosphatés eux-mêmes enfin, 3 spécialités sur 9 avaient une teneur en cadmium supérieure à la limite européenne.

L’exposition au cadmium a de graves conséquences pour la santé

Ces révélations sont inquiétantes dans la mesure où le cadmium est reconnu cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Lors d’une exposition prolongée, il entraîne des atteintes rénales et une fragilité osseuse. Et l’exposition au cadmium débute même avant la naissance de l’enfant ! Une étude réalisée par le professeur Isabella Annesi-Maesano de l’Inserm, qui vient d’être publiée, révèle que vers l’âge de 8 ans, les enfants dont la teneur en cadmium dans le sang du cordon ombilical était supérieure à 0,7 microgramme par litre (μg/L) avaient un sur-risque de 24 % de développer un asthme et un sur-risque de 44 % de développer une allergie alimentaire, comparé aux enfants chez qui la teneur en cadmium était inférieure à 0,3 μg/L.

Présent dans les sols, il pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines et entre ainsi dans la chaîne alimentaire. Rappelons que la présence de cadmium dans les sols est essentiellement due aux activités industrielles et agricoles, plus exactement aux engrais phosphatés. Les étapes de la production de ces engrais ne comprennent en effet pas de purification en vue de filtrer les résidus des métaux lourds (dont le cadmium).

Illustration bannière : L’analyse des engrais, des pommes de terre en Bretagne © branislavpudar
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Il serait intéressant de savoir si le fait d’éplucher les pommes de terre réduit les risques…

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