Béguinage et maison Babayaga : l’habitat participatif pour seniors

Rédigé par Paul Boucher, le 6 Mar 2016, à 14 h 45 min

Les « béguinages » (begijnhof en néerlandais) étaient, au Moyen Âge, des lieux où vivaient les Béguines, des femmes, souvent célibataires ou veuves, appartenant à une communauté religieuse laïque sous une règle monastique. De nos jours, ils retrouvent une seconde jeunesse comme lieux de vie participatifs alternatifs pour personnes âgées.

Béguinages autrefois : femmes célibataires et communauté religieuse

Nombreux en Flandre et aux Pays-Bas, les béguinages sont généralement constitués d’une ou deux rangées de petites maisons reliées par des coursives et regroupées autour d’une église, le tout réuni autour d’une cour agrémentée d’un jardin. Certains existent encore aujourd’hui et sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

© CC, Josep Renalias

© CC, Josep Renalias

Béguinage moderne : habitat participatif et solidaire

L’idée d’un lieu de retraite et de protection spécifiquement adapté aux femmes et à leurs enfants a séduit de nombreuses personnes et associations depuis une vingtaine d’années. Dès 1998, en Allemagne, s’est créée la ferme de Lieselotte, où s’associent librement des femmes de tous âges et conditions dans le but de vivre en communauté, de s’entraider et de se ressourcer.

D’autres ont vu dans le béguinage une solution particulièrement bien adaptée au problème du vieillissement de la population européenne. Ainsi, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France, de nombreuses maisons de retraite bâties sur le principe du béguinage ont ouvert leurs portes depuis quelques années.

Certaines d’entre elles ont clairement opté pour une orientation religieuse, comme le béguinage de Perpignan d’autres sont strictement laïques. Mais toutes partagent les principes de l’habitat participatif et solidaire. Certains prennent carrément un tournant radical, comme le mouvement des maisons de Babayaga, dont le nom évoque la sorcière des légendes russes.

© CC, Lerichard

© CC, Lerichard

La Maison des Babayagas : autogérée, citoyenne et écologique

La Maison des Babayagas, c’est un rêve de vieilles dames : la maison de la sorcière des contes russes est devenue une résidence autogérée pour femmes âgées à faibles revenus. Ainsi en 2012 s’est ouverte à Montreuil (93) la première maison de retraite autogérée, citoyenne, écologique pour « changer l’imaginaire social de la représentation des vieux », selon Thérèse Clerc, 85 ans, fondatrice du mouvement.

Ici, chaque résidente habite un appartement et partage des espaces communs. Il n’y a pas de personnel soignant permanent ni d’équipement médical, mais une mutualisation et une entraide sur les questions de santé. Le projet repose aussi sur l’envie de reconstruire des solidarités de voisinage.

« On fera des repas de quartier, la maison sera le point de chute de l’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), on organisera des soirées débats, qui auront une dimension forcément politique, pour faire changer le regard des gens sur des questions comme la place des femmes, la natalité… », explique Thérèse Clerc.

Le béguinage : une solution pour une population qui vieillit

Tout le monde ne voudra, ni ne pourra vivre selon ces principes qui paraîtront radicaux à certains, mais dans les années à venir, beaucoup de personnes souhaiteront trouver une alternative aux traditionnelles maisons de retraite. L’idée n’a pas donc échappé aux municipalités, aux sociétés HLM et aux communautés religieuses ou associations laïques que le béguinage pouvait constituer une réponse originale au problème du vieillissement de la population européenne.

Leuven-Groot-Begijnhof-2Et puis, il ne manque pas de bâtiments collectifs – casernes, couvents, séminaires – qui pourraient ainsi trouver une nouvelle jeunesse. D’une pierre, deux, voire trois coups : loger les anciens à prix raisonnable, donner du sens à leur vie, tout en faisant revivre le patrimoine. On peut s’attendre à ce que l’idée fasse des émules…

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

17 commentaires Donnez votre avis
  1. bravo pour toutes ses idees que je partages.j habite dans le pays de Retz
    R
    etz loire atlantique veuve et senior proprietaire de ma maison que je voudrais partager avec bon bricoleur ou (euse)trop d entretien pour moi seule

  2. bonjour à vous tous, pour ma part d’ici 2 à 3 ans, je serai en retraite ou sur le point de l’être.. qui sera petite et je ne pourrai pas investir.. rester locataire est la seule solution.. je voudrais rejoindre une colacation dans une grande maison dans ma région (bretagne) ou en moyenne montagne.. mais je ne sais vers qui me tourner.. il me semble que les modèles d’habitats participatifs sont pour les personnes ayant des moyens d’investir
    les personnes propriétaires que je connais sont très frileuses quand je leur parle de colocation..

    • Bonjour,
      Avez vous trouvé une colocation? si oui, est ce un endroit communautaire ?
      Bonne soirée

  3. je n’aurais pas ce souci de ce coté là : maladie incurable je serais mort à 38 ans aujourd’hui j ‘en ai 25 🙂

  4. Bonjour,
    Ce genre de projet me plait beaucoup ; je lis avec attention tous les articles dans ce sens. Pour résumer, quelqu’un connait il un projet dans l’hérault, ou la partie sud de la france pour nous faire la Vie Belle, nous les Séniors ?
    Bel après midi !

  5. Je n’ai pas le sentiment d’être une sorcière, arrêtons les clichés , Jeanne D’arc était jeune elle fût brûlée car condamnée pour sorcellerie, à cause de son non conformisme à la société de l’époque.
    Pourquoi de vielles dames très respectables même et surtout très fantaisistes seraient-elles désignées comme sorcières?
    J’ai acheté il y a six mois une belle maison dans le pays d’Othe et touts mes amis hommes et femmes souhaiteraient venir y séjourner à leur retraite pour quelques temps.
    J’ai 65 ans, des travaux, en cours sur cette maison, je ne peux pas répondre à tout le monde et organiser un ” familistère du 3ème et 4eme âge”.
    La demande est réelle , amies et amis me disent nous viendrons chez toi!

    En dehors des invitations amicales ,je ne pourrai pas répondre à tout le monde, ce que je regrette!

    Si quelqu’un est intéressé par le sujet, qu’il me contacte, une réflexion a plusieurs est toujours plus intéressante

  6. Bonjour
    J’avais donné ce matin 2 adresses de sites internet pour répondre à Sylvana mais Je ne sais pourquoi ils ont disparu. Cherchez dans un moteur de recherche avec les expressions habitatparticipatif et habitatgroupé

  7. Je suis tout à fait pour l’habitat participatif. Mais qui contacter pour créer un projet de location ? Les mairies , les organismes sociaux ? Je me sens toute petite … Il y a de plus en plus de personnes vivant seules et âgées et malheureusement qui ne peuvent accéder à la propriété… ou s’offrir une maison de retraite ! Qu’allons nous devenir ? Je suis sûre que c’est une solution d’avenir. Il va falloir plusieurs années pour évoluer dans ce sens

    • Si vous souhaitez lancer un projet de création de maison de retraite de type béguinage, mieux vaut être plusieurs, dont au moins un architecte et un constructeur. Renseignez-vous sur internet pour voir les projets déjà en cours. Contactez votre mairie, office d’HLM, voire évêché pour voir si le projet les intéresse. Armez-vous de courage et de patience: le moindre projet de ce type prend 5 à 10 ans de préparation, financement, paperasse, construction, etc. Bon courage. C’est un bon projet d’avenir en effet.

    • J’ai contacté dans un premier temps (il y a deux ans) le Président du Conseil Général de l’Aude. J’ai eu un contact cette année de la part du Service Santé de la Région Languedoc Roussillon pour une présentation du dossier que j’ai constitué. J’habite un village très agréable, Bram dans l’Aude qui a 75 % d’habitants retraités. Tout naturellement, je souhaite faire profiter les autres de ce que je recherche pour moi, a savoir un habitat participatif protégé, en un mot un béguinage.

  8. Merci pour cet article que je trouve intéressant mais avez-vous rencontré ce genre de babayaga en France ?

    • Je crois bien que Montreuil (93) est en France!

  9. je trouve cette idée particulièrement intéressante mais à aucun moment dans article, me semble t’il on ne parle des hommes (qui eux aussi ont le droit de vieillir). Seraient-ils potentiellement à exclure de telles structures? Il me semble qu’il y aurait une petite précision à apporter à ce sujet.

    • Il est vrai qu’historiquement les béguinages étaient réservés aux femmes. Aujourd’hui ils sont surtout mixtes, bien que certains restent consacrés aux femmes en difficulté. D’autres sont pour des retraités ou intergénérationnels.

    • La première Maison des Babayagas est à Montreuil. Et la deuxième est à Toulouse – où les hommes sont admis.Espérons qu’il y en aura d’autres … maisons des Babayagas, bien sûr.

  10. Bonjour
    Je souscris complètement à l’habitat participatif, je fais partie d’un projet à Caen. Mais nous tentons de préserver le plus possible une mixité intergénérationnelle, pour éviter le risque de ghettoïsation et faire fonctionner l’entraide entre jeunes et moins jeunes sur le plan pratique (courses, compétences) et culturel. Ce n’est pas facile car les jeunes foyers ont en général moins de moyens financiers pour accéder à la propriété, même si comme dans notre cas il y a un volet social au projet.
    La meilleure solution consiste sans doute dans la création d’une coopérative d’habitant pour que tous soient locataires de la coopérative et que disparaisse le fossé entre propriétaires et locataires.

    • Aujourd’hui l’habitat coopérative est en plein développement. Le béguinage est un des aspects de ce mouvement. C’est effectivement passionnant. On voit la société en train de changer à partir de la base, ce que les Américains appellent un “grass roots movement”. Tant mieux.

Moi aussi je donne mon avis