Edito – Climat : à quoi bon les négociations annuelles internationales ?

Alors que la COP23 bat son plein, mais que les mauvaises nouvelles pour le climat de la planète continuent d’arriver jour après jour, on est en droit de se demander : les négociations internationales servent-elles à quelque chose ?

Rédigé par Stephen Boucher, le 13 Nov 2017, à 18 h 30 min

La « COP » – pour « conférence des parties » en anglais – est la grand messe annuelle des gouvernements du monde entier pour répondre au défi du changement climatique. Vous vous souviendrez peut-être de celle de Copenhague en 2009, quand, malgré l’élan imprimé par Barack Obama et l’Union européenne, un accord international n’avait pu être conclu. Vous vous souviendrez certainement de la COP21, quand l’accord dit « de Paris » avait été obtenu, définissant l’objectif souhaité de limiter le réchauffement climatique mondial à +1,5°C à +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

Aujourd’hui, cette négociation entre donc dans sa vingt-troisième année. Rien que ça… On est en droit de se demander si réunir des milliers de diplomates, activistes et journalistes chaque année dans une ville différente du monde depuis 23 ans vaut son pesant de carbone. Eh bien oui, et voici pourquoi.

Les mauvaises nouvelles s’amoncellent

Voici ce que les COP ne peuvent pas faire : arrêter le changement climatique d’un coup de baguette magique. Et d’ailleurs, chaque année, et même chaque jour qui passe, donne la preuve, non pas de l’impuissance des gouvernements mondiaux, mais de la nécessité d’agir encore plus vite.

Le prestigieux Massachusetts Institute of Technology vient d’ailleurs de nous dire que les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse, augmentant de 2 % en 2016, après trois années stables. Elles pourraient baisser en 2017, mais seulement du fait de l’effort modérateur du phénomène climatique El Niño. L’essentiel de cette augmentation provient de la Chine et de l’Inde, dont les émissions ont augmenté respectivement de 3,5 % et 2 % en 2016.(1)

Dans la même veine, 15.000 chercheurs du monde entier ont signé cette semaine le plus grand appel jamais réuni par la communauté scientifique pour nous dire qu’il fallait agir vite pour sauver l’humanité et la biodiversité face à un phénomène de « destruction massive ».

 

Le premier appel de ce type de scientifiques, en 1992, n’avait reçu le soutien que de 10 fois moins de personnes. Cet appel en célèbre les 25 ans et nous rappelle l’urgence d’agir.(2)

La COP21 n’a pas encore eu de résultats, le secteur de l’assurance s’inquiète

Entre temps, la COP23 en est encore à essayer de mettre en oeuvre ce qui a été décidé en 2015 à la COP21. Les négociateurs réunis à Bonn cette semaine discuteront de certains points abordés à Paris il y a deux ans. Pire, les États-Unis se sont depuis retirés de l’accord.

Ceci amène l’industrie de l’assurance à prévenir qu’elle ne pourra pas couvrir les dommages liés aux catastrophes causées par le réchauffement du climat. Après l’une des pires saisons en termes d’ouragans dans l’histoire de l’Atlantique, les plus grands assureurs du monde affirment que l’industrie doit agir de concert si elle veut survivre au changement climatique, sans compter sur les gouvernements.

En effet, s’assurer contre les catastrophes naturelles pourrait atteindre des niveaux de coût inabordables pour les ménages et les entreprises, alors que les dommages potentiels sont si imprévisibles qu’il peut être impossible de les modéliser. Cela représente un risque inacceptable pour les assureurs.

« Dans le futur, on peut faire face à une situation où les gens ne peuvent plus se permettre d’acheter une assurance catastrophe – c’est ce que nous voulons éviter », déclare Ernst Rauch, responsable du Corporate Climate Centre de Munich Re, le plus grand réassureur du monde, qui a subi une perte de 1,4 milliard d’euros (1,63 milliard de dollars) après le passage des ouragans Harvey, Irma et Maria.

Après le passage de l’ouragan Harvey © DIIMSA Researcher

Les gouvernements sont incontournables pour sauver la mise

Face à la lenteur des négociations internationales, certains comptent avant tout sur l’action locale, des villes et des citoyens notamment. Mais c’est sans compter les enjeux internationaux qui ne peuvent être réglés que par un accord international :

  • Les émissions du secteur du transport aérien, du transport maritime nécessitent la coopération internationale bien sûr.
  • Des engagements fermes pour soutenir la recherche et le soutien international sont indispensables. Les nations riches se sont déjà engagées à fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions à mesure qu’ils se développent.
  • L’accord de Paris énonçait des principes, mais pas les détails. La réunion de Bonn est donc vitale dans la construction des règles qui permettront à l’accord de Paris de fonctionner.
  • Ce sont les gouvernements – donc les contributeurs à l’impôt que nous sommes – qui paieront la facture des catastrophes que les assurances ne peuvent couvrir.

Le retrait des États-Unis – qui ne sera effectif qu’en 2020, de quoi laisser le temps à un autre Président d’être élu et de revenir sur cette décision – a eu l’effet inverse à celui escompté : les autres États du monde entier se sont serrés les coudes pour sauver l’accord de Paris. Les États-Unis semblent aujourd’hui tout à fait isolés à Bonn.

Quant aux émissions de gaz à effet de serre générées par 20.000 personnes se déplaçant sur place, elles ne sont qu’une fraction infinitésimale des émissions mondiales. De plus, elles seront compensées volontairement. On peut penser à bien d’autres sources d’émissions bien plus inutiles.

Vous n’avez donc pas finir de voir s’égrener les COP, et les progrès continueront d’être lents, c’est inhérent à une négociation impliquant 10.000 négociateurs du monde entier. Le succès à Bonn ne sera au mieux qu’un progrès lent, voire l’absence de recul. Mais c’est néanmoins nécessaire, car sans coordination internationale, on n’irait pas assez loin. Les COP sont importantes, car elles donnent la direction pour les politiques des Etats, des autres acteurs, ainsi que des investisseurs.

Illustration bannière : Notre planète © Sergey Nivens
Références :
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Ne pas en parler sera le meilleur moyen d’enterrer définitivement le sujet.
    En parler chaque année est l’occasion de relancer l’urgence de la situation et d’engager le monde à y trouver remède ou contrepartie.

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