Réseaux sociaux : le Sénat recule sur l’interdiction totale des moins de 15 ans

Le Sénat a adopté un texte clé sur les réseaux sociaux, visant à limiter leur accès aux jeunes de moins de 15 ans. Une décision qui redéfinit profondément les usages numériques des mineurs, entre interdiction ciblée, contrôle parental renforcé et nouvelles obligations pour les plateformes.

Rédigé par , le 1 Apr 2026, à 10 h 21 min
Réseaux sociaux : le Sénat recule sur l’interdiction totale des moins de 15 ans
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Le 31 mars 2026, le Sénat a franchi une nouvelle étape dans l’encadrement des réseaux sociaux en France. En adoptant une version modifiée de la proposition de loi visant à protéger les mineurs, les sénateurs ont choisi une approche plus nuancée que celle votée quelques semaines plus tôt à l’Assemblée nationale.

Réseaux sociaux : un vote du Sénat qui change l’interdiction pour les jeunes

Contrairement à la version initiale du texte adoptée fin janvier à l’Assemblée nationale, qui prévoyait une interdiction générale des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, le Sénat a profondément remanié la mesure. Désormais, le principe repose sur une distinction entre plateformes.

Certaines applications, considérées comme particulièrement nocives, seront purement interdites aux moins de 15 ans. D’autres resteront accessibles, mais uniquement avec l’accord explicite d’au moins un parent. Cette approche différenciée vise à éviter les écueils juridiques d’une interdiction totale. Comme l’a expliqué Catherine Morin-Desailly, sénatrice, « une interdiction générale et indifférenciée est trop large et attentatoire aux libertés publiques », selon Reuters. La commission de la culture du Sénat a d’ailleurs averti qu’« une interdiction générale et absolue ferait courir un risque d’inconstitutionnalité ».

Dans les faits, une liste précise des réseaux sociaux interdits sera établie par arrêté ministériel, après avis de l’Arcom. Ce mécanisme introduit une certaine souplesse, permettant d’adapter la régulation à l’évolution rapide des plateformes.

Réseaux sociaux : ce qui va concrètement changer pour les mineurs et les parents

Pour les familles, les conséquences seront immédiates. Les mineurs de moins de 15 ans ne pourront plus accéder librement à certains réseaux sociaux. Pour d’autres, l’accès sera conditionné à une validation parentale formelle. Cet accord parental pourra encadrer précisément l’usage, en fixant par exemple la durée quotidienne d’utilisation, les plages horaires autorisées ou encore la nature des contenus accessibles. Ce contrôle pourra être retiré à tout moment.

En parallèle, certaines plateformes échappent à ces restrictions. Les encyclopédies collaboratives, les services éducatifs ou encore les plateformes de logiciels libres ne sont pas concernés, afin de préserver les usages pédagogiques du numérique. Autre changement majeur : les plateformes devront mettre en place des systèmes de vérification d’âge robustes. « L’idée est d’exiger des systèmes de vérification d’âge fiables et protecteurs des données », a précisé la députée Laure Miller, selon Reuters. Enfin, la publicité ciblant les mineurs sera également encadrée. La promotion de réseaux sociaux devra désormais comporter une mention explicite : « produits dangereux pour les moins de quinze ans ».

Une réponse à des usages intensifs

Si le législateur s’empare du sujet, c’est aussi parce que les usages des réseaux sociaux chez les adolescents atteignent des niveaux élevés. Selon les données citées par le Sénat, les 12-17 ans passent en moyenne 1 h 21 par jour sur TikTok. Ce temps d’exposition alimente les inquiétudes liées à la santé mentale, au cyberharcèlement ou encore à la dépendance numérique. « Il est clair que les jeunes accèdent aux smartphones de plus en plus tôt », a souligné Laure Miller.

Le texte s’inscrit également dans un contexte plus large. Une loi adoptée en 2023 imposait déjà l’accord parental pour les moins de 15 ans, mais elle n’a jamais été réellement appliquée, notamment en raison de difficultés liées au droit européen, selon Public Sénat. Le Sénat tente donc de corriger ces limites en proposant un dispositif plus compatible avec les règles de l’Union européenne.

Calendrier des prochaines étapes pour l’interdiction

Le calendrier est déjà fixé. Le texte prévoit une entrée en vigueur dès le 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes, selon le Sénat. Les comptes existants bénéficieront d’un délai supplémentaire de quatre mois pour se conformer aux nouvelles règles.

Mais le processus législatif n’est pas terminé. Une commission mixte paritaire doit désormais réunir députés et sénateurs afin de trouver un compromis entre les deux versions du texte. En parallèle, le gouvernement prévoit de saisir la Commission européenne pour s’assurer de la compatibilité du dispositif avec le droit communautaire.

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