Ferries européens : un impact CO2 équivalent à plus de 6 millions de voitures

Ils transportent chaque année des millions de passagers en Europe. Mais les ferries émettent aussi des millions de tonnes de CO₂… souvent à proximité immédiate des villes portuaires.

Rédigé par , le 4 Mar 2026, à 9 h 38 min
Ferries européens : un impact CO2 équivalent à plus de 6 millions de voitures
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Les ferries, pourtant souvent présentés comme une alternative au transport aérien ou routier, constituent un angle mort majeur des politiques climatiques, alerte l’ONG Transport & Environment dans une nouvelle étude.

Des ferries massivement émetteurs de CO2, de Marseille à Dublin

Les ferries opérant en Europe ont émis 15,3 millions de tonnes de CO2 équivalent en 2023. Cela correspond aux émissions annuelles de 6,6 millions de voitures thermiques, a calculé l’ONG Transport & Environment dans une nouvelle étude. Cette dernière porte sur 1.043 navires de plus de 400 tonneaux de jauge brute, assurant plus de 2,6 millions de traversées par an. Fait marquant : ces navires passent près de 60 % de leur temps à moins de cinq milles nautiques des ports. Autrement dit, une grande partie de leurs émissions se concentre à proximité immédiate des zones urbaines.

Dans plusieurs grandes villes portuaires, l’impact est particulièrement visible. Des ports comme Barcelone, Dublin, Las Palmas, Holyhead ou Le Pirée figurent parmi les plus exposés aux émissions de ces navires. En France, des villes comme Marseille sont directement concernées par cette problématique. Les ferries y assurent des liaisons nationales et internationales, notamment vers la Corse et l’Afrique du Nord, contribuant ainsi au bilan carbone du transport maritime dans l’Hexagone.

Pollution de l’air : des ferries plus nocifs que la flotte automobile locale

Dans son étude, Transport & Environment détaille la composition des émissions : environ 88 % sont constitués de CO2, tandis que 9 % relèvent du carbone noir, un polluant à fort pouvoir réchauffant. Les émissions de soufre (SOx), d’oxyde d’azote (NOx) et de particules fines PM2.5 sont également mises en avant. Elles se chiffrent en milliers de tonnes par an à proximité des ports européens. Dans certains cas, la pollution au soufre générée par les ferries dépasserait celle produite par l’ensemble du parc automobile d’une ville portuaire.

À Dublin, par exemple, les émissions de SOx des ferries seraient plusieurs fois supérieures à celles de toutes les voitures de la ville. Ce constat s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue sur la qualité de l’air. Les navires fonctionnant majoritairement aux carburants fossiles lourds, leurs émissions contribuent à la dégradation de l’air respiré par des millions d’Européens vivant à proximité des ports.

Ferries : une pollution parfois pire que les voitures

Les ferries opérant en Europe ont émis 15,3 millions de tonnes de CO₂ en 2023.
Source : rapport publié en mars 2026 par l’ONG Transport & Environment.

Une flotte vieillissante… mais qui pourrait être électrifiée

Le rapport souligne également l’âge avancé de la flotte. L’âge moyen des ferries européens aura atteint 26 ans en 2026, ont calculé les auteurs de l’étude. Ce vieillissement complique la transition énergétique, car ces navires ont été conçus pour fonctionner avec des motorisations conventionnelles. Certaines routes maritimes concentrent à elles seules une part importante des émissions. La liaison entre Travemünde, en Allemagne, et Helsinki, en Finlande, figure parmi les plus émettrices en CO2 en Europe, selon l’étude publiée début mars 2026.

Par ailleurs, le rapport met en avant une marge de manoeuvre importante. D’après l’ONG, 52 % des ferries européens pourraient être électrifiés de manière rentable d’ici 2035, si les infrastructures portuaires et les investissements nécessaires étaient mis en place. Toutefois, cette transition suppose des adaptations lourdes : modernisation des navires, installation de systèmes de recharge à quai, renforcement des réseaux électriques portuaires et mise en place d’incitations réglementaires. Or, le secteur maritime reste soumis à des contraintes économiques fortes, avec des marges parfois limitées et une concurrence internationale intense.

Ferries et réglementation européenne : un angle mort en mutation

Jusqu’à récemment, le transport maritime bénéficiait d’un cadre réglementaire moins contraignant que celui du transport routier. Cependant, l’intégration progressive du secteur au système européen d’échange de quotas d’émission change la donne. Les ferries, en tant que navires opérant régulièrement dans les eaux européennes, sont désormais de plus en plus concernés par les objectifs climatiques de l’Union européenne. Cela inclut des obligations croissantes en matière de réduction des émissions de CO2 et de surveillance des polluants atmosphériques.

Néanmoins, la proximité des ferries avec les centres urbains rend leur impact particulièrement sensible. Contrairement aux porte-conteneurs opérant en haute mer, ces navires évoluent majoritairement à proximité immédiate des populations, ce qui accentue les enjeux sanitaires liés à la pollution de l’air. L’étude met ainsi en évidence une contradiction : alors que les ferries sont indispensables à la continuité territoriale et au tourisme, leur modèle énergétique reste largement dépendant des combustibles fossiles. De Marseille à Barcelone, en passant par Le Pirée, la question de la décarbonation de la flotte devient un enjeu central des politiques portuaires européennes.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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