Berbérine : pourquoi ce complément alimentaire ne fait pas maigrir

Présentée comme une alternative naturelle aux médicaments anti-obésité, la berbérine envahit les discours commerciaux et les réseaux sociaux. Pourtant, derrière les promesses de perte de poids rapide, ce complément alimentaire ne repose sur aucune efficacité démontrée comparable aux traitements médicaux validés.

Rédigé par , le 6 Feb 2026, à 11 h 10 min
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Loin de rivaliser avec des molécules comme le Wegovy ou l’Ozempic, la berbérine illustre surtout les dérives d’un marché où l’argument naturel supplante la preuve scientifique.

La berbérine, un complément alimentaire aux promesses largement surestimées pour maigrir

Alors que l’obésité concerne toujours près d’un adulte sur six en France, la berbérine s’impose dans les débats santé comme un supposé traitement amaigrissant. Extraite de certaines plantes et commercialisée comme complément alimentaire, la berbérine est souvent présentée comme une solution pour maigrir sans ordonnance. Pourtant, aucune autorité sanitaire ne reconnaît la berbérine comme un traitement contre l’obésité, malgré un engouement croissant alimenté par des comparaisons trompeuses avec des médicaments comme l’Ozempic ou le Wegovy.

La berbérine est avant tout un complément alimentaire, vendu librement et sans contrôle pharmaceutique équivalent à celui d’un médicament. Pourtant, dans les discours marketing, elle est souvent associée à une perte de poids supposée, ce qui alimente l’idée qu’elle pourrait aider à maigrir durablement. Or, les essais cliniques disponibles montrent que la berbérine n’entraîne au mieux qu’une perte de 2 à 3 kg, un résultat comparable à celui observé dans les groupes placebo. Autrement dit, la berbérine n’apporte aucun bénéfice significatif en matière de perte de poids, malgré une rhétorique commerciale insistante.

De plus, cette efficacité limitée s’explique par son mode d’action biologique. La berbérine agit principalement en activant l’enzyme AMPK, impliquée dans la régulation du métabolisme énergétique et de la glycémie. Si ce mécanisme peut avoir un intérêt métabolique dans certains contextes expérimentaux, il ne provoque ni réduction durable de l’appétit, ni modification profonde des comportements alimentaires. Par conséquent, la berbérine ne répond pas aux mécanismes complexes de l’obésité, qui associent facteurs hormonaux, neurologiques et environnementaux.

Pourquoi la berbérine ne peut pas rivaliser avec l’Ozempic ou le Wegovy

La comparaison entre la berbérine et les traitements anti-obésité comme l’Ozempic ou le Wegovy repose sur une confusion scientifique majeure. Ces médicaments contiennent du sémaglutide, une molécule qui imite l’hormone intestinale GLP-1. Ce mécanisme ralentit la vidange gastrique et agit directement sur les centres cérébraux de la satiété, réduisant l’appétit de manière marquée. À l’inverse, la berbérine n’interagit pas avec ces circuits hormonaux et neurologiques, ce qui limite mécaniquement son impact sur la perte de poids.

Les résultats cliniques confirment cette différence fondamentale. Avec le sémaglutide, les essais montrent des pertes de poids pouvant atteindre environ 15 % de la masse corporelle après un an de traitement. En comparaison, la berbérine plafonne à quelques kg, sans différence notable avec un placebo. Ainsi, présenter la berbérine comme un équivalent naturel de l’Ozempic relève davantage du slogan que de la réalité scientifique. En somme, une telle comparaison apparaît infondée, tant les substances, les dosages et les effets physiologiques diffèrent.

Un faux traitement contre l’obésité aux risques sous-estimés

Au-delà de son inefficacité pour maigrir, la berbérine pose également un problème de sécurité et de régulation. En tant que complément alimentaire, elle n’est pas soumise aux mêmes exigences que les médicaments en matière de qualité, de dosage ou de suivi des effets indésirables. La quantité réelle de berbérine contenue dans les produits commercialisés peut varier fortement d’un fabricant à l’autre, ce qui expose les consommateurs à des prises irrégulières et potentiellement inadaptées. Cette absence de standardisation contraste avec les traitements anti-obésité, prescrits et surveillés médicalement.

Par ailleurs, le succès de la berbérine illustre une tendance plus large à rechercher des solutions rapides et naturelles contre l’obésité, souvent au détriment de l’accompagnement médical. Pourtant, selon les constats relayés par UFC-Que Choisir à la même période, l’obésité est une pathologie chronique qui nécessite une prise en charge globale, associant suivi médical, changements alimentaires et parfois traitement médicamenteux validé. En ce sens, présenter la berbérine comme un traitement miracle détourne les patients de solutions éprouvées et contribue à entretenir une illusion thérapeutique, sans bénéfice réel pour la santé publique.

La berberine, c’est quoi ?

La berbérine est un composé naturel extrait de plusieurs plantes, dont l’épine-vinette, l’hydraste du Canada ou encore le phellodendron. Utilisée depuis longtemps en médecine traditionnelle asiatique, elle est aujourd’hui surtout commercialisée en Europe sous forme de complément alimentaire.

Sur le plan biologique, la berbérine agit principalement sur le métabolisme en activant une enzyme appelée AMPK, impliquée dans la régulation de la glycémie et de l’utilisation de l’énergie par les cellules. C’est cette action métabolique qui a conduit certains acteurs du marché à lui attribuer, parfois abusivement, des effets sur la perte de poids.

l'épine-vinette

L’épine-vinette commune ou le vinettier est une espèce de plantes à fleurs de la famille des berbéridacées.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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