Les artivistes, ces artistes qui veulent sauver le climat par le street-art

Les artivistes est un atelier de création d’espaces artistiques et citoyens pour parler de l’environnement et de la société. Initiative originale et qui fait ses preuves pour faire participer les citoyens à la lutte contre le réchauffement climatique.

Rédigé par Stephen Boucher, le 12 Feb 2017, à 7 h 30 min
Les artivistes, ces artistes qui veulent sauver le climat par le street-art

Davia Dosias-Perla et Lionel Scotto d’Apollonia sont les fondateurs des Artivistes, une association qui se propose d’impliquer les citoyens au niveau local dans la lutte contre les changements climatiques, autour de projets artistiques.

Constatant d’une part que beaucoup de citoyens souhaitent être davantage acteurs de la transition, et que, d’autre part, les nouvelles politiques énergétiques nécessitent l’implication de la société civile pour être acceptées et mises en oeuvre, les Artivistes aident les acteurs locaux à créer du lien entre les deux, par l’art.

Rue du Climat : l’art descend dans la rue pour interpeller

Un ruban de fresques réparties sur un parcours d’un kilomètre dans le quartier historique, populaire et étudiant des beaux-arts à Montpellier, des oeuvres monumentales d’une quinzaine de mètres de haut : peu avant la COP21, les Artivistes ont mis en place une exposition éphémère et spectaculaire autour du climat avec des artistes de rue.

La forte mobilisation citoyenne autour de ce parcours a montré, selon Lionel Scotto, qu’« il était possible de mobiliser les citoyens à partir du street art, d’analyser leur capacité d’appropriation de la question, et d’accompagner les politiques ».

L’objectif était en effet que les passants soient interpellés par les oeuvres en train de se créer, qu’ils viennent exprimer leur curiosité auprès de chaque artiste, devenant ainsi chacun animateur de rue. Les passants, explique Lionel Scotto, étaient ensuite invités à participer à des ateliers participatifs, du type trottoir citoyen ou arbre à palabres pour discuter de la façon dont ils se représentent le changement climatique.

artivistes

© artiste Artivistes-atelier StDsgn

Art éphémère, donc effet superficiel ?

Non, explique Lionel Scotto : « le secteur associatif et professionnel et les écoles du quartier ont été mobilisés en amont pour que le jour J il y ait une effervescence et que ça ne soit pas qu’un happening artistique, mais qu’il y ait des traces. Résultat : cela a excellemment bien fonctionné en termes de mobilisation citoyenne, au point que les citoyens se sont appropriés les oeuvres. Ils en parlaient dans les cafés, dans les écoles, alors qu’elles ont un caractère éphémère, ce sont des collages. »

Ce franc succès est aujourd’hui la base d’une coopération avec la ville de Montpellier et d’autres municipalités pour utiliser cet outil de mobilisation par le street art. Et aller plus loin, car, explique Lionel Scotto, il reste à « intégrer cette mobilisation citoyenne dans les politiques locales ». Pas évident comment intégrer le citoyen aux décisions face au « mille-feuille administratif, les plans locaux d’urbanisme se mélangent, ce n’est pas clair qui applique la loi, les élus du Conseil général ne travaillent pas forcément de pair avec ceux de la mairie, de la direction générale des services techniques ».

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© Davia-Dosias Perla – Artivistes-atelier

L’art pour donner du sens

Lionel Scotto analyse par ailleurs que « c’est la fulgurance esthétique qui permet l’interpellation. L’oeuvre monumentale à l’angle de leur rue, où chacun est passé 1 000 fois, il y a quelque qui interpelle. Lier le milieu de vie avec l’art en général interpelle. »

Les effets sont ressentis par les passants qui ont, le plus souvent, une image négative du street art, associé au tag, à la dégradation, et pour les artistes plasticiens eux-mêmes qui trouvent ainsi un champ d’expression moins limité et anonyme. Du fait que les arts visuels ne bénéficient pas du statut d’intermittent, souligne Lionel Scotoo, « la plupart des artistes ont un travail à côté, ils sont souvent travailleurs le jour et artistes la nuit, tout en gardant leur implication citoyenne ». Les associer à des démarches citoyennes de ce type n’est donc pas difficile : « il n’y a à qu’à appuyer sur un bouton pour qu’ils s’expriment », indique Lionel Scotto.

Artivistes récidivistes pour délibération démocratique

Les expériences des Artivistes voient aujourd’hui leur prolongement dans l’Atelier climatique citoyen, parrainé par le paléo-climatologue Jean Jouzel et financé par le Ministère de l’environnement et à l’échelle locale. Un autre quartier populaire à Montpellier verra donc apparaître sur ses murs de nouvelles oeuvres monumentales pour parler du changement climatique et de la pollution au printemps 2017.

Dans le cadre d’un autre projet à venir, bénéficiant du soutien de l’Ademe seront co-construits avec les citoyens des indicateurs d’évaluation des politiques de changement climatique, sur le territoire de Montpellier.

D’autres projets artistiques touchent à la biodiversité. Une charte citoyenne sur biodiversité et l’art de vivre ensemble a ainsi émergé d’ateliers citoyens participatifs et créatifs organisés en novembre 2016 dans les chemins du zoo du Lunaret avec des street artistes en pleine réalisation.

Pour suivre les activités des Artivistes, consultez le site internet de l’initiative, ou sa page Facebook.

À chaque fois, explique Lionel Scotto, « quand on invite un artiste, on lui laisse le champ totalement libre. Les artistes ne sont pas là pour être dans la dénonciation, mais pour construire une pensée en collaboration avec les citoyens ». Les objectifs de l’Atelier Climatique Citoyen sont :

  • d’amener le citoyen à s’approprier son espace urbain,
  • de susciter le débat et l’échange,
  • d’interroger les consciences individuelles et collectives,
  • de replacer le citoyen comme acteur dans la prise de décision,
  • de faire ressentir à l’habitant sa légitimité, sa place dans les réflexions concernant son territoire.

Les Artivistes vont à l’avenir interpeller, en partenariat avec la Mairie de Paris, très en pointe sur les questions climatiques, l’ensemble des communes à l’échelle mondiale et proposer de décliner dans chaque capitale un moment « Artiviste » d’interpellation par l’art et partager les outils nécessaires pour ces initiatives.

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Photo de bannière © Audric Bronx
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