L’inclusive Business, quand l’entreprise s’attaque à la pauvreté

L'inclusive Business, quand l'entreprise s'attaque à la pauvreté

Dans le lent mais profond virage que nous prenons vers un nouveau modèle économique, certaines innovations sociales ont une importance particulière. L’inclusive business en est une. Cette notion, proche mais néanmoins distincte de la “valeur partagée”, est à la fois très ambitieuse et enthousiasmante car il ne s’agit rien de moins que de s’attaquer à la pauvreté dans le monde, par le jeu de l’entreprise et de l’entrepreneuriat.

L’inclusive Business, inclure les plus démunis

livre-BoPNouveau terme arrivé dans le lexique de la nouvelle économie, l’inclusive Business consiste à inclure les personnes les plus démunies dans le processus économique en tant que producteurs, distributeurs, revendeurs ou consommateurs.

Il s’agit donc de produire et vendre des articles adaptés aux communautés les plus pauvres, tout en les incluant dans la chaîne de valeur de l’entreprise. Les projets d’inclusive business visent bien sûr la rentabilité économique tout en répondant à des besoins sociaux qui concernent la majorité de la population mondiale – rien que cela ! – puisque cela concerne les 4,5 milliards d’humains qui font partie de la Base économique de la pyramide (the base of the economic pyramid (BOP)).

La pyramide pauvre : impératif éthique, vaste marché

Pyramide-des-revenus-BoPLe Word Ressource Institute considère qu’un revenu de 3.000 dollars/an (en parité de pouvoir d’achat) est le minimum en-dessous duquel une personne fait partie de la « base de la pyramide » et quantifie ce marché à  5.000 milliards de dollars.

Selon le MITI japonais, les personnes gagnant moins de USD 3,000 en valeur parité de pouvoir d’achat 2002 représentait 4 milliards de personnes et environ 70 % de la population mondiale. Entre 3 et 20 k$, il y avait 1,4 milliard de personnes et seulement 175 millions avec des revenus supérieur à 20.000 dollars par an.

Lutter contre la pauvreté

L’approche du BoP et de l’inclusive business a donc un fondement éthique ambitieux puisqu’il s’agit de lutter contre la pauvreté partout où elle est en utilisant une approche économique et en s’appuyant sur les entreprises et sur le sens entrepreneurial des populations.

Derrière la pauvreté se cache les deux faces d’une même pièce : d’un coté des besoins insatisfaits considérables de la part d’une population qui aujourd”hui sous-consomme et de l’autre coté, une demande potentielle tout aussi considérable pour les entreprises [1].

Pour faire court, le postual de l’inclusive business est le suivant : BoP = potentiel économique et implication éthique. C’est un peu comme dans l’industrie minière : on trouve de la richesse dans les profondeurs (de la pyramide).

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Si la RSE a pour objectif de protéger l’environnement des actions de l’entreprise, la valeur partagée va plus loin : elle incite l’entreprise à créer de la valeur économique en créant de la valeur sociétale.

inclusive businessC’est que derrière la pauvreté se cache les deux faces d’une même pièce : d’un coté des besoins insatisfait considérables de la part d’une population qui aujourd’hui sous-consomme et de l’autre coté, une demande potentielle tout aussi considérable pour les entreprises [2]. Pour faire court, le postual de l’inclusive business est le suivant : BoP = potentiel économique et implication éthique. C’est un peu comme dans l’industrie minière : on trouve de la richesse dans les profondeurs (de la pyramide).

L’inclusive business se repose sur la liberté d’action des acteurs économiques (les citoyens, les ONG, les entreprises, les commerçants) pour créer de la richesse en éradiquant la pauvreté. Ce que Bill Gates a appelé un « capitalisme créatif » permet donc d’étendre le marché à des domaines qu’il ne couvre pas ou imparfaitement en s’appuyant à la fois sur un moteur éthique (des valeurs) et un moteur économique (l’entrepreneuriat), deux leviers de développement qui fonctionnent conjointement.

L’inclusive Business à HEC

HECL’inclusive business c’est bien du business et non de la philanthropie et d’ailleurs la plus prestigieuse des écoles de commerce française, HEC, l’a mise à son menu : la Chaire Social Business/Entreprise et Pauvreté lancée en co-création avec 3 entreprises partenaires Danone, Renault et Schneider.

La chaire Social Business s’est rapprochée d’Ashoka, réseau mondial d’entrepreneurs sociaux, et d’Hystra, entreprise de conseil spécialisée dans les projets d’économie inclusive, pour lancer un programme de formation continue en 2014.

« L’objectif premier du programme Entreprise Inclusive et Création de Valeur d’HEC Paris Executive Education est de permettre à des dirigeants, qu’ils opèrent dans des marchés matures ou dans des pays émergeants, de développer de nouveaux business models  innovants et inclusifs, et des stratégies cherchant à répondre aux besoins sociaux grandissant tout en visant la rentabilité économique. » L’Essec de son coté a créé l’IIES, Institut de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat Social.

Il existe plusieurs idées reçues sur l’inclusive business :

Il ne s’agirait que de vendre à des pauvres

L’Inclusive business, ce n’est pas seulement vendre de grands volumes de produits en petites unités à des clients pauvres. Il est vrai que les populations pauvres représentent une demande très importante et un réel pouvoir d’achat mais ils constituent également un large gisement de main d’oeuvre, de capacité à entreprendre que des sociétés comme Ikea cherchent à utiliser dans leurs effectifs. De nombreuses sociétés se sont rendu compte qu’il ne suffit donc pas de cibler certains marchés pauvres, mais plutôt d’ouvrir et de structurer ces marchés en en faisant disparaître les contraintes.

Il faut inventer des processus permettant de produire des produits moins cher, adapter les produits à des besoins spécifiques, trouver des canaux de distribution différents et mieux adaptés, etc.

  • La chaîne d’approvisionnement  — des grands sociétés ont constaté que s’associer avec des plus petits fournisseurs les a aidé a être plus souples tout en réduisant leurs coûts.
  • Les ressources humaines  — employer des personnes là où on fait des affaires aide à stabiliser son marché. De plus, les salariés locaux connaissent mieux les besoins des prospects e sont mieux à même de savoir comment il faut adapter l’offre..
  • Canaux de distribution— souvent les marchés pauvres ont des infrastructures médiocres ce qui fait qu’il faut de la flexibilité pour y accéder en touchant tout le monde

Voici comment IFC, une branche de la Banque mondiale dont la vocation est l’éradication de la pauvreté[3] représente sa démarche :

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 La notion d’inclusive business a été formalisée pour la première fois en 2008 dans un programme de développement des Nations Unies (PDF) appelé « Creating Value for All ».