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L'eau virtuelle, entre paix et conflit

04/2009

Le concept d' "eau virtuelle" a fait son apparition dans les années 1990 pour évaluer l'eau employée pour la production de nourriture et de toutes sortes de biens. En effet, même si l'eau n'est plus présente dans les produits, elle a tout de même été utilisée.

L'eau virtuelle s'exprime généralement en litres d'eau par kilo. Si le bœuf est l'un des produits contenant le plus d'eau virtuelle (15 487 l/kg), d'autres viandes sont moins consommatrices : un kilo de porc par exemple contient 4856 litres d'eau virtuelle, et le poulet 3918. Le fromage, quant à lui "pèse" 4914 litres d'eau au kilo. 

  • 15% environ de l’eau utilisée dans le monde est exportée sous forme d’eau virtuelle.

La consommation par personne de l’eau virtuelle contenue dans notre alimentation varie selon le type de régime alimentaire. Ainsi, un régime de survie nécessite 1m3 d’eau par jour, contre 2,6m3/jour pour un régime végétarien et plus de 5m3 pour un régime carné de type américain...

Quelques exemples de produits:

  • 10 litres= 1 feuille de papier A4
  • 30 litres= 1 tasse de thé
  • 50 litres= 1 orange
  • 140 litres= 1 tasse de café
  • 200 litres= 1 œuf
  • 1000 litres= 1 litre de lait
  • 1500 litres= 1 kg de sucre de canne
  • 2700 litres= 1 tee-shirt en coton

Ces chiffres sont surprenants, surtout dans un contexte où la crise alimentaire sévit dans les pays les plus pauvres.

Sachant que le contrôle de l'or bleu est lié à de nombreux conflits armés, la géopolitique de l'eau n'a rien à envier à celle de l'or noir. En effet, les besoins toujours croissants en eau font de son accès un enjeu économique et politique.

La vallée du Jourdain, par exemple, est une des zones hydro-conflictuelles du Moyen-Orient constatées par François Boëdec, enseignant à la Faculté des Sciences sociales et économiques (FASSE) de l’Institut catholique de Paris.

Une deuxième source de conflit concerne les vallées du Tigre et de l'Euphrate (Turquie-Syrie-Irak) et une troisième le bassin du Nil (Egypte-Ethiopie-Soudan).

  • le plateau tibétain est une impressionnante réserve hydraulique. Le Fleuve jaune, le Yang Tsé, le Mékong, l'Indus et le Brahmapoutre y prennent leur source.

Trois milliards de personnes et l'équilibre écologique de leur milieu dépendent de ce réservoir d'eau. Ils dépendent du pouvoir politique chinois. Or, Pékin envisage d'ici 2020 de réaliser 15% de sa consommation énergétique grâce aux énergies renouvelables dont l'hydro-électricité...
 
Contrôler les régimes alimentaires, en particulier dans les pays développés, contribuerait à utiliser les ressources disponibles de manière plus judicieuse.

Avec le commerce des cultures vivrières ou de toute autre marchandise, il existe un flux virtuel de l’eau entre les pays producteurs et exportateurs et les pays qui consomment et importent ces marchandises.

Un pays confronté à des pénuries d’eau va plutôt importer des marchandises dont la production requiert beaucoup d’eau au lieu de produire ces marchandises à l’intérieur de ses frontières.

L’opération se traduit par de véritables économies d’eau, elle permet au pays non seulement d'atténuer la pression sur ses ressources en eau, mais également d’épargner ses ressources disponibles en vue de les utiliser à d’autres fins.

Par ailleurs, sur le plan international, le commerce de l’eau virtuelle a des implications géopolitiques : il provoque des dépendances entres les pays. Le commerce de l’eau virtuelle peut être considéré, donc, soit comme un stimulant en faveur de la coopération et de la paix, soit comme la raison d'un conflit potentiel...

Objectifs de l'eau virtuelle

Les objectifs sont doubles : fournir aux gouvernements des informations et des outils pour leur permettre:

  • d'opter pour l’utilisation de l’eau virtuelle comme moyen performant pour parvenir à économiser davantage l’eau, et de faire de ce procédé une partie intégrante des politiques régionales et nationales des gouvernements en matière d’eau, de nourriture et d’environnement;
  • d’instaurer des mécanismes pour soutenir les pays concernés par des pénuries d’eau chroniques afin de trouver les moyens (à travers l’utilisation de leurs ressources humaines et naturelles) d’accéder aux devises étrangères et aux marchés internationaux pour assurer leur propre sécurité alimentaire.

A la suite de la rencontre organisée lors du précédent Forum mondial de l’eau de Kyoto, qui avait interpelé plus de 200 participants, un débat en ligne sur l’eau virtuelle et l’application possible de ce concept avait été organisé en 2003.

  • Selon le Conseil mondial de l’eau, qui a établi un rapport, les grandes zones exportatrices d’eau virtuelle sont l’Amérique et l’Océanie.

Des questions restent soulevées :

  • Le commerce de l’eau virtuelle permet-il d'améliorer la disponibilité des ressources en eau et, par ailleurs, la sécurité alimentaire au niveau local, les moyens de subsistance, l’environnement et l’économie locale ? Dans quelles conditions faut-il favoriser le commerce de l’eau virtuelle ?
  • Dans les pays tributaires de ce commerce, l’eau virtuelle entraînera-t-elle des effets pervers en renforçant les tensions et les conflits plutôt qu’en les réduisant ? Quelles structures de gouvernance faudrait-il instaurer pour permettre un commerce équitable de l’eau virtuelle?
  • Comment les concepts d’eau virtuelle et d’empreinte sur l’eau peuvent-elles contribuer à déclencher une prise de conscience sur les ressources en eau et quel est l’impact des régimes alimentaires sur ces ressources?

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Article rédigé par Elwina, avril 2009

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