Trottinettes non assurées : quand l’économie de quelques euros coûte cher à tous
Pour les conducteurs de trottinettes responsables d’accidents graves, les conséquences de l’absence d’assurance peuvent être dévastatrices.

La trottinette électrique incarne la promesse d’une mobilité urbaine décarbonée. Pourtant, derrière cette image verte se cache une réalité financière lourde : 132 millions d’euros d’indemnisations annuelles payées par le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO), alimenté par les primes d’assurance automobile de tous les Français. La raison ? Deux tiers des 3 millions de trottinettes en circulation ne sont pas assurées, malgré l’obligation légale en vigueur depuis 2019.
Les trottinettes électriques : solution écologique ou problème de responsabilité collective ?
Depuis leur classification comme Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM) en 2019, les trottinettes électriques sont soumises à l’obligation d’assurance responsabilité civile. Cette mesure visait à encadrer un mode de transport en pleine expansion, censé réduire l’empreinte carbone des déplacements urbains. Sept ans plus tard, le bilan est paradoxal. Le parc français atteint 3 millions d’unités, mais 66,7 % d’entre elles circulent sans aucune couverture assurantielle, selon les données publiées par le FGAO en juin 2026(1). La promesse environnementale se heurte à une défaillance massive de responsabilité individuelle. Pour en savoir plus sur le cadre légal de ces nouveaux véhicules, vous pouvez consulter notre point complet sur la réglementation des EDPM en ville.
Cette non-assurance transforme un outil de mobilité durable en vecteur d’inégalités. Pendant que les automobilistes subissent contrôles techniques, immatriculations et vérifications systématiques, les utilisateurs de trottinettes échappent à tout encadrement effectif. L’absence de système d’immatriculation centralisé rend les contrôles impossibles, créant un sentiment d’impunité. Les 268 000 procès-verbaux dressés en 2025 pour non-assurance, en hausse de 76 %, ne suffisent pas à inverser la tendance. L’amende forfaitaire de 750 euros, pouvant atteindre 3 750 euros en cas de récidive, reste largement inappliquée faute de moyens de détection.
132 millions d’euros de coûts transférés à la collectivité
Créé en 1951, le FGAO indemnise les victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés ou non identifiés. Son financement repose sur une contribution prélevée sur les primes d’assurance automobile de tous les Français. Initialement conçu pour les véhicules à moteur classiques, ce fonds se retrouve désormais sollicité massivement par les accidents impliquant des EDPM. En 2024, le FGAO a versé 132 millions d’euros aux victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés, tous véhicules confondus. Les trottinettes représentent une part croissante de cette enveloppe, avec 8,3 % des accidents corporels pris en charge, surpassant désormais les motos et scooters.
La mutualisation des risques, principe fondateur de l’assurance, atteint ici ses limites. Les automobilistes, qui respectent leurs obligations légales et paient leurs primes, financent indirectement les conséquences des accidents causés par des utilisateurs de trottinettes qui s’affranchissent de toute couverture. Depuis 2018, les versements du FGAO ont augmenté de 25 %(2), une hausse directement corrélée à l’explosion du nombre de trottinettes en circulation.
Pour les conducteurs de trottinettes responsables d’accidents graves, les conséquences peuvent être dévastatrices. Célandine Rigoulot, avocate spécialisée, témoigne : « On peut se retrouver avec une dette de toute une vie. Des gens se retrouvent avec leur salaire ponctionné dans une vie précaire. » Les remboursements s’étalent sur plusieurs décennies, avec des prélèvements mensuels qui plongent certains foyers dans la précarité. Une assurance EDPM coûte pourtant entre 5 et 15 euros par mois. Le coût de la non-assurance dépasse infiniment celui de la prévoyance.
L’augmentation des accidents liés aux trottinettes : 8 % de blessées de plus en 2024
En 2024, le FGAO a indemnisé 818 victimes blessées par des trottinettes non assurées, soit une augmentation de 8 % par rapport à l’année précédente. Derrière ces chiffres se cachent des traumatismes crâniens, des fractures, des handicaps permanents. Les piétons et cyclistes, usagers vulnérables de l’espace public, paient le prix fort d’une mobilité durable mal encadrée. Les trottinettes, malgré leur image inoffensive, peuvent atteindre des vitesses dangereuses. Certains modèles débridés circulent jusqu’à 70 km/h, soit trois fois la limite légale de 25 km/h, transformant ces engins en projectiles urbains.
Le débridage des trottinettes aggrave le problème. Des tutoriels en ligne permettent de désactiver les limiteurs de vitesse en quelques minutes, transformant un engin bridé à 25 km/h en véhicule capable de dépasser 70 km/h. Sur les pistes cyclables, les trottoirs ou les voies partagées, ces vitesses créent des situations à haut risque. Les piétons, habitués à des vitesses modérées, n’ont pas le temps de réagir. Les collisions deviennent plus violentes, les blessures mais aussi l’impact sur le partage de la rue se complexifient. La transition écologique, censée améliorer la quality de vie urbaine, génère ici de nouveaux dangers.
Pour aller plus loin
La trottinette électrique est-elle vraiment écologique ? Le vrai du faux
- https://www.sudouest.fr/societe/securite-routiere/securite-routiere-deux-trottinettes-electriques-sur-trois-ne-sont-pas-assurees-malgre-l-obligation-legale-29710449.php
- https://www.moneyvox.fr/assurance/actualites/109475/les-trottinettes-electriques-non-assurees-davantage-impliquees-dans-des-accidents-selon-le-fgao
A lire absolument



























