Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le Tétras-lyre

Le Tétras-lyre, plus petit que son cousin le « grand tétras » avec lequel il ne faut pas le confondre, est un Galliforme bien de chez nous. Présent dans tout le nord de l’Eurasie en allant de la Grande Bretagne à la Sibérie et jusqu’à la Chine, il est temps d’en apprendre plus sur cet animal bien présent sur le territoire.

Rédigé par Julien Hoffmann, le 10 Sep 2020, à 18 h 50 min

Principalement présent dans les départements alpins, le Tétras-lyre (Lyrurus tetrix) est une espèce emblématique de ces écosystèmes autant que de leur fragilité. Découvrons ensemble ce magnifique oiseau méconnu de beaucoup, alors même qu’il doit à présent faire face à de multiples dangers.

Généralités sur le Tétras-lyre

Le Tétras-lyre, aussi appelé petit tétra ou petit coq de Bruyère, fréquente des milieux parfois étonnants tels que les hêtraies sapinières, hêtraies à ifs ou chênaies pubescentes, essentiellement pour l’hiver et pendant leur période de reproduction.
À cette période ils cherchent des places avec un bon couvert au sol (20 à 50 cm), où se trouvent fétuques rouges, myrtilles, géraniums, pourquoi pas un peu de fenouil alpin, le tout saupoudré d’aulne pour faire bonne mesure !

tetras lyre

Quand les coqs se combattent pour l’accès aux poules © Erni

Espèce polygame, les poules (femelles) peuvent se reproduire dès l’âge d’un an alors que les mâles n’atteignent leur maturité sexuelle qu’à l’âge de se reproduire vers 2 ou 3 ans.

Principalement actif en début et en fin de journée, le Tétras-lyre possède une espérance de vie de 10 ans ce qui n’est pas rien pour un Galliforme.

Particularités du Tétras-lyre

Les jeunes poussins de Tétras-lyre se nourrissent quasiment exclusivement d’arthropodes durant un peu plus de deux semaines après leur naissance.
De là ils basculeront sur un régime alimentaire à peu de chose près exclusivement basé sur les végétaux. Fruits, baies et fleurs seront de leur menu en période estivale puis ce sont baies et fruits secs qui prennent le relais pour l’automne.
Au printemps les aiguilles de mélèzes s’ajoutent dans l’assiette avec de nombreuses poussent de plantes herbacées en tous genres.

Mais en hiver, son régime alimentaire est assez exceptionnel : ce volatile a la capacité physiologique, grâce à sa flore intestinale, de digérer les bourgeons de conifères ou de rhododendrons mais aussi les rameaux de genévriers !

Statut actuel de l’espèce

Classé en Annexe 3 de la convention de Berne et en Annexe 1 et 2 de la directive oiseaux de l’Union Européenne, sa chasse est cependant autorisée dans plusieurs pays dont la France (dans 7 des 9 départements de présence).

Les menaces qui planent sur le Tétras-lyre

Dans les années 90, on en recensait sur 653 communes dans 8 départements alpins ainsi que dans les Ardennes. À présent, les effectifs sont estimés entre 16.800 spécimens adultes sur tout le territoire. La population ardennaise semble très proche de l’extinction si ce n’est pas déjà le cas.

Hormis la population relictuelle ardennaise, il semblerait que la population de Tétras-lyre alpins à diminué de 8 % au global passant donc de 18.200 adultes à 16.800.
Le plus inquiétant réside dans le fait que la diminution de l’effectif global semble intervenir sur la plus grosse population de Tétras-lyre qui, elle, a perdu 12 % de ses effectifs. Heureusement, les plus petites populations de l’arc alpin restent quant à elles relativement stables.

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Un regard convaincu qui nous fait mieux comprendre la violence des combats de coqs © Karel Stepan

Dérangements dus à l’activité touristique

Au-delà de la seule perte d’habitat due à la création de nombreuses infrastructures touristiques, le Tétras-lyre doit aussi faire face au problème de collisions avec les câbles de remontées mécaniques.

Le dérangement des zones de reproduction est aussi une source de problèmes pour les Tétras-lyre qui, une fois effrayés par des skieurs, randonneurs à raquettes ou autres surfeurs, dépensent énormément d’énergie pour fuir… Certains ne s’en remettent pas suffisamment bien pour survivre durant le reste de la saison. À la montagne, soyez responsables et retenez les écogestes importants.

En été ce seront les chiens qui, non tenus en laisse par des maîtres qui veulent leur donner un peu de « nature », vont causer des dégâts irréversibles pour quelques minutes de courses.

La chasse

Entre 6 et 8 % des effectifs totaux sont prélevés par les chasseurs chaque année. Il semblerait que cela ne cause pas de problème particulier aux effectifs de l’espèce… mais pourrait cependant s’avérer fort pesant, notamment lors des mauvaises années de reproduction.

La déprise agricole

De siècle en siècle, l’activité agricole a façonné les paysages, obligeant les espèces à s’y adapter ou à disparaître. Il en va de même pour les activités agricoles de montagne qui ont désormais changé de typologie, passant du bovin à l’ovin tout en diminuant en nombre et en taille.

Des milliers d’hectares de montagnes ont ainsi été « abandonnées » à la nature alors même que c’était ces mêmes activités qui garantissaient l’ouverture du milieu, élément clef pour assurer la présence du Tétras-lyre.

Les risques de maladies

En règle générale, le Tétras-lyre n’est pas particulièrement sujet aux maladies mais deux facteurs différents peuvent changer dramatiquement la donne.

Le premier réside dans les petites populations qui ne sont pas connectées à d’autres pools d’effectifs et qui sont donc d’autant plus fragiles face aux maladies.

Le second et certainement le plus important, est celui des relâchés d’animaux pour la chasse. Issus d’élevages, pour ce que l’on en sait où les règles d’hygiènes sont souvent lamentables, les animaux tels que les perdrix ou les faisans sont alors porteurs de maladies mortelles pour les Tétras-lyres. Si le problème et le risque sont connus et portent préjudice à bien d’autres espèces, peu de travaux sont menés sur le sujet…

Comment aider le Tétras-lyre

Comme pour toute la biodiversité, ordinaire ou non, participer à son observation, transmettre ses connaissances notamment aux jeunes publics et soutenir les associations de protection de la faune sauvage et tous les organismes qui oeuvrent à la préservation des écosystèmes sont des gestes essentiels.

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Partout où se trouvent les Tétras-lyres, on peut voir des coqs perchés © MM.Wildlifephotos

Le Tétras-lyre et sa protection ont besoin de plus d’informations et de soutiens notamment des gens de terrain afin de mieux saisir les dynamiques de population mais aussi toutes les menaces qui pèsent sur lui.
Les « conflits » hommes/Tétras-lyres doivent également être mis sur le devant de la scène afin que les activités sportives et de loisirs impactent moins sur cette espèce.

Il existe bien des associations qui luttent pour la sauvegarde du Tétras-lyre comme l’ASPAS par exemple, n’hésitez pas à les contacter.

Pour ce qui est des seules observations, l’Observatoire des Galliformes de Montagne (sera toujours ravi d’avoir vos retours de terrain ! Ce sera peut-être aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ces animaux sommes tout assez étonnants.

Illustration bannière : Mâles Tétras-lyre en train de parader © Mark Caunt
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