Pollution aux nitrates : une bombe à retardement dans nos sols

Les sols seraient gorgés de nitrates. Pire, les couches rocheuses, situées sous les exploitations agricoles, agiraient comme des éponges et stockeraient en profondeur les substances polluantes. Des scientifiques britanniques évoquent une « bombe à retardement de nitrates ».

Rédigé par MEWJ79, le 19 Nov 2017, à 8 h 00 min

Selon le British Geological Survey, l’organisme britannique de recherche sur les sciences de la Terre, les sols seraient pollués, gorgés de nitrates due à l’utilisation excessive de fertilisants dans l’agriculture depuis des décennies. Et le pire de la pollution aux nitrates serait à venir.

Pollution aux nitrates, bombe à retardement pour l’environnement

Le British Geological Survey (BGS), organisme britannique de recherche sur les sciences de la Terre, alerte sur les taux de nitrates anormalement présents dans les sols. Les souterrains seraient ainsi gavés de fertilisants depuis la révolution agricole des années 1950. Le BGS n’hésite pas à employer le terme de « bombe à retardement de nitrates » sur le site de la BBC. Pour rappel, le nitrate est un composé chimique, présent dans les engrais.

Le souci, c’est qu’à forte concentration, les nitrates provoquent des pollutions environnementales telles que la prolifération d’algues vertes, appauvrissant certains milieux naturels. Et le pire est à venir selon le BGS, car si ces pollutions sont inquiétantes, elles ne seraient que la face émergée de l’iceberg. Les scientifiques britanniques ont en effet révélé que les couches rocheuses, situées sous les exploitations agricoles, juste au-dessus de l’aquifère, agissaient comme des éponges. Elles stockeraient en profondeur les substances polluantes.

pollution aux nitrates

La qualité de l’eau impactée par la pollution aux nitrates pour des années

« L’eau et les polluants voyagent très lentement à travers la roche située sous nos pieds », explique Matthew Ascott, hydrogéologue au BGS. Avec l’érosion due aux sources souterraines, des micro-éléments chargés en nitrates sont charriés vers les rivières. Ainsi, les pollutions aux nitrates, comme celles observées sur les plages de Bretagne, ne seraient pas dues uniquement au ruissellement des exploitations côtières vers les mers et océans, mais proviendraient aussi des terres.

Et le scientifique de poursuivre : « Ce phénomène de stockage, couplé à l’histoire de l’agriculture intensive signifie qu’un grand stock de nitrates s’est formé dans ces roches. Cela va toucher la qualité de l’eau pour des décennies, même si on limite les fertilisants. » L’étude estime qu’au moins 180 millions de tonnes de nitrates seraient stockés dans les sols.

66 % des nitrates présents dans les eaux proviennent des exploitations agricoles

Selon le CNRS, 66 % des nitrates présents dans les eaux proviennent des exploitations agricoles. Les zones principalement touchées sont situées en Europe, en Amérique du Nord et en Chine. L’Union européenne tente évidemment de diminuer cette utilisation imprudente des nitrates, mais les agriculteurs affirment que les engrais sont vitaux pour la productivité agricole.

Et si la solution venait du bio et de l’agriculture écologiquement intensive ? Des chercheurs européens affirment, dans une nouvelle étude publiée par la revue Nature Communications, qu’il est possible de nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains en 2050 avec 100 % d’agriculture biologique.

Deux conditions sont requises : réduire le gaspillage alimentaire et limiter la consommation de produits d’origine animale. Et ce, sans hausse de la superficie de terres agricoles et avec des émissions de gaz à effet de serre réduites. À l’inverse du système actuel, dans lequel les excès de nitrates dus aux engrais polluent l’environnement, le scénario de 100 % bio engendre un déficit en azote, pourtant indispensable à la fertilisation des cultures. Un début de solution pour l’avenir, mais cela ne résout pas le problème soulevé au départ : la pollution actuelle des sols par les nitrates.

Illustration bannière : Pollution d’algues vertes en rivière due aux nitrates © Olha Solodenko
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

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