Le poivre moulu donne un mauvais goût à la planète

L’industrialisation croissante du marché du poivre pousse à la fois à abuser d’engrais pour doper la production, et à en réduire les qualités gustatives, notamment quand il est moulu.

Rédigé par Paul Malo, le 29 Feb 2020, à 8 h 00 min

Avec une production en constante augmentation, le poivre noir n’est pas toujours ce que vous pensez…

Poivre moulu : 7 kg d’engrais chimiques par plante

C’est la rançon du succès : on consomme de plus en plus de poivre noir à travers la planète. Mais en vendre plus suppose également d’en produire sans cesse plus. Conséquence directe : le poivre est entré dans une phase d’industrialisation qui non seulement standardise son goût, mais surtout contribue de plus en plus à polluer notre planète.

En effet, ce que l’on sait moins, en achetant du poivre, c’est qu’il faut utiliser près de 7 kg d’engrais chimiques pour chaque plante. Les producteurs agricoles vietnamiens utilisent en effet de plus en plus d’engrais chimiques afin de parvenir à augmenter leurs productions tout en vendant au prix le plus bas. Une telle quantité d’engrais représente quatre fois plus que la quantité recommandée dans l’Hexagone.

Un poivre moulu peu poivré

poivre moulu

Le poivre moulu ne contient pas que du poivre – © Oliver Hoffmann

Ce marché mondialisé du poivre low cost ne voit pas ses conséquences négatives s’arrêter là. En effet, en sus des conséquences environnementales dues au fait de sous payer la production tout en poussant les volumes, le goût ne s’y retrouve pas non plus. Surtout quand il s’agit de poivre moulu, le plus couramment vendu en grande distribution, car le moins cher et le plus simple d’emploi.

En toute ingénuité, on pourrait penser que ce poivre moulu est, tout simplement, du poivre… Mais ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut. En réalité, mieux vaut même éviter d’en acheter : il s’agit de ce que l’on surnomme du « poivre épuisé, » constitué notamment des résidus de la graine après extraction de son huile essentielle. Il faut dire, en termes de prix de revient, qu’un sac de poivre en grains donne une dizaine de sacs de poivre en poudre. Cherchez l’erreur…

Consommer moins de poivre, mais meilleur

poivre moulu

Consommer mieux, poivre éthique – © Bozhena Melnyk

Cela a-t-il du coup des conséquences sur les qualités gustatives du poivre consommé ? Certainement, car ce poivre épuisé peut contenir au passage nombre de substances pourtant interdites au sein de l’Union Européenne. On peut ainsi y repérer des pesticides, entre thiamethoxam et imidaclopride (contribuant à l’extinction des abeilles) ou  carbendazime (servant à éliminer les champignons). Moralité : mieux vaut éviter de surconsommer du poivre, et plus encore du poivre en poudre…

La meilleure des pistes si vraiment vous voulez consommer du poivre : quitte à payer plus cher, vous offrir du poivre éthique. Celui de Kampot, où le poivre blanc est récolté à la main selon des méthodes traditionnelles séculaires, est même désormais protégé par une IGP. Ainsi protégé, comme le thé Darjeeling indien, il ne peut venir que de cette province du sud du Cambodge.

Illustration bannière : Le poivre moulu n’est pas écologique – © Oliver Hoffmann
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