Des polluants éternels jusque dans les eaux de baignade
Le rapport souligne aussi un vide important : il n’existe pas aujourd’hui de cadre européen harmonisé de surveillance ou de gestion des PFAS dans les eaux de baignade.

Les PFAS, souvent appelés “polluants éternels”, ne concernent pas seulement l’eau potable, les sols ou les aliments. Une étude menée par Surfrider Foundation Europe et Eurofins montre qu’ils sont aussi présents dans les eaux de baignade, sur le littoral, dans les lacs et dans les rivières. Le sujet est préoccupant parce que ces substances sont très persistantes, mobiles, difficiles à éliminer et associées à des risques pour l’environnement comme pour la santé humaine.
PFAS : pourquoi ces polluants éternels inquiètent les eaux de baignade
Les PFAS forment une vaste famille de composés chimiques synthétiques utilisés dans de nombreux secteurs industriels et produits de consommation. Leur principal problème est leur persistance : une fois rejetés dans l’environnement, ils se dégradent très lentement. Le rapport rappelle que ces substances se dispersent dans l’eau, les sols et l’air, avec des voies possibles d’exposition par ingestion, inhalation ou contact cutané.
Jusqu’ici, les PFAS étaient surtout discutés à travers l’eau potable ou l’alimentation. L’intérêt de cette étude est d’ouvrir un autre angle : celui des plages, plans d’eau, rivières et zones de loisirs nautiques. Or ces lieux sont fréquentés par des baigneurs, des surfeurs, des kayakistes, des enfants, des promeneurs et des habitants qui les perçoivent souvent comme des espaces naturels relativement protégés.
Le résultat central est simple : les PFAS sont largement présents. Le rapport indique que des PFAS ont été détectés sur l’ensemble des sites étudiés, même si les niveaux varient fortement d’un lieu à l’autre. Ce point est important : une plage “moins polluée” dans le classement ne signifie donc pas une plage sans PFAS, mais une plage où la charge mesurée est plus faible selon les indicateurs retenus.
L’un des résultats les plus frappants concerne le TFA, une molécule de la famille des PFAS. Il est retrouvé dans 100 % des échantillons, avec une moyenne annoncée de 707 ng/L, et des concentrations allant de 180 ng/L à 5 800 ng/L selon les sites. Cela illustre l’ampleur de la contamination diffuse : on n’est pas face à quelques points noirs isolés, mais à une présence généralisée. L’étude s’appuie sur une campagne de prélèvements réalisée entre juin et juillet 2025 : 107 sites ont été testés, dont 80 sites littoraux et 27 sites lacustres ou fluviaux, en France métropolitaine et ultramarine. Au total, 58 PFAS et dérivés ont été recherchés, pour plus de 6 200 résultats analysés.

Les PFAS sont détectés dans des eaux de baignade pourtant perçues comme naturelles et préservées.
Ce que disent les données : PFOS, seuils dépassés et contamination très variable
Pour comprendre les résultats, il faut distinguer deux indicateurs.
Le premier est le PFOS, l’un des PFAS les plus connus et les plus surveillés. Dans le rapport, il est comparé aux normes de qualité environnementale de la Directive-Cadre sur l’Eau : 0,65 ng/L pour les eaux continentales et 0,13 ng/L pour les eaux côtières. Quand ces seuils sont dépassés, le site est considéré comme “non conforme” dans l’étude.
Sur cet indicateur, les dépassements sont nombreux : le rapport indique que les valeurs maximales autorisées pour le PFOS sont dépassées sur 78 % des sites continentaux et 44 % des sites littoraux testés. C’est un signal fort, car le PFOS fait déjà l’objet de restrictions, mais reste malgré tout présent à des niveaux significatifs.
Le second indicateur, plus global, est le ΣPEQ, ou équivalent toxique cumulé. Il additionne les concentrations de plusieurs PFAS en tenant compte de leur toxicité relative. Autrement dit, il cherche à donner une vision plus complète que le seul PFOS. Le rapport explique que chaque concentration est multipliée par un facteur de toxicité relative, puis comparée à une valeur guide de 280 ng/L utilisée par les autorités néerlandaises pour les eaux de surface.
Avec cette méthode, un site dépasse très largement la valeur guide : la Base nautique Bédane, en Seine-Maritime, avec 450,161 ng/L. Ce n’est pas une plage au sens strict, donc elle n’apparaît pas dans le classement des plages ci-dessous, mais c’est le site le plus préoccupant de toute l’étude sur l’indicateur ΣPEQ.
Le rapport souligne aussi un vide important : il n’existe pas aujourd’hui de cadre européen harmonisé de surveillance ou de gestion des PFAS dans les eaux de baignade. Cela signifie que les données produites ici servent autant à alerter qu’à combler un manque de connaissance.
Top 5 des plages les plus et les moins polluées par les PFAS
Pour ce classement, je retiens les sites explicitement nommés “plage” ou “plagette” dans le rapport, et je les classe selon l’indicateur ΣPEQ, plus global que le seul PFOS. Les valeurs sont exprimées en ng/L, soit nanogrammes par litre. Un nanogramme est une quantité extrêmement faible, mais pour des substances persistantes comme les PFAS, la faiblesse apparente des chiffres ne doit pas faire oublier l’enjeu d’accumulation et d’exposition répétée.
Top 5 des plages les plus polluées selon le ΣPEQ
| Rang | Plage / site | Département | ΣPEQ | PFOS | Nb de PFAS |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Plage de la Baraka, lac de Miribel, Neyron | Rhône | 53,820 | 13 | 14 |
| 2 | Plage Ispe-Navarosse, Biscarosse Lac | Landes | 22,515 | 1,8 | 11 |
| 3 | Plage de Bléré | Indre-et-Loire | 19,292 | 2,9 | 13 |
| 4 | Plage du Courant, Mimizan | Landes | 18,876 | 4,1 | 12 |
| 5 | Joinville Plage du banc de sable | Val-de-Marne | 14,144 | 2,3 | 15 |
Les trois premières plages de ce classement sont des sites d’eau douce ou assimilés, où les niveaux ΣPEQ sont parmi les plus élevés : Plage de la Baraka, Ispe-Navarosse et Plage de Bléré figurent dans le tableau des sites d’eaux douces. La Plage du Courant à Mimizan apparaît parmi les sites côtiers avec 18,876 ng/L.
Top 5 des plages les moins polluées selon le ΣPEQ
| Rang | Plage / site | Département | ΣPEQ | PFOS | Nb de PFAS |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Plage de la Torche, Plomeur | Finistère | 0,36 | <0,10 | 1 |
| 2 | Plage du Porge | Gironde | 0,38 | <0,10 | 1 |
| 3 | Plage de Salée Bananier, Capesterre-Belle-Eau | Guadeloupe | 0,40 | <0,10 | 1 |
| 4 | Plage des Montiers, Erquy | Côtes-d’Armor | 0,48 | <0,10 | 1 |
| 5 | Plage de Lacanau | Gironde | 0,48 | <0,10 | 2 |
Ces plages font partie des sites les moins chargés selon l’indicateur ΣPEQ. La Torche, les Montiers et plusieurs plages de Bretagne figurent parmi les plus faibles valeurs côtières, tandis que Le Porge et Lacanau affichent aussi des niveaux bas. La plage de Salée Bananier, en Guadeloupe, est également dans les valeurs les plus faibles avec 0,40 ng/L.
Ce classement ne doit pas être lu comme une interdiction de baignade, car le rapport n’établit pas un classement sanitaire officiel des plages. Il met plutôt en évidence une réalité environnementale : les PFAS sont présents partout dans l’échantillon étudié, mais avec des intensités très différentes. Les sites les plus élevés appellent davantage d’investigations, d’identification des sources de pollution et de suivi dans le temps.
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