Le gouvernement rouvre la porte aux passoires thermiques
Le ministère du Logement souhaite autoriser à nouveau la location de 700.000 logements classés « F » et « G » au Diagnostic de performance énergétique (DPE), à condition que le propriétaire bailleur réalise des travaux de rénovation énergétique dans les cinq ans. Le dossier est actuellement entre les mains des sénateurs.

Cette volte-face interroge : la France sacrifie-t-elle ses objectifs climatiques au nom de l’urgence sociale, ou s’agit-il d’un compromis bancal qui ne résout ni la crise du logement ni l’urgence environnementale ?
Réautorisation des « passoires thermiques » : les engagements climatiques de la France pour 2030 remis en question ?
La loi Résilience Climat, votée en 2021, avait marqué un tournant : elle imposait d’interdire progressivement la mise en location des logements les plus énergivores pour contraindre les propriétaires à rénover. Aucun nouveau bail ne peut actuellement être signé pour un logement classé « G » au Diagnostic de performance énergétique (DPE) depuis le 1er janvier 2025, tant que le propriétaire ne réalise les travaux pour le faire sortir de cette catégorie. Pour les logements classés « F », le même type d’interdiction devait entrer en vigueur au 1er janvier 2028. Mais la proposition de loi portée par le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, sur laquelle le Sénat se penche les 7 et 8 juillet 2026, pourrait rebattre les cartes. Il s’agirait de remettre temporairement ces logements sur le marché, à condition que le propriétaire s’engage à réaliser les travaux d’isolation et autres améliorations afin de gagner en efficacité énergétique.
Dans un entretien sur France Info, Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a défendu cette décision comme « un partenariat gagnant-gagnant ». « Il vaut mieux avoir un toit 12 mois de l’année, moins quelques jours de canicule, que pas de toit du tout », a fait valoir le ministre. Cette formule résume la tension entre urgence sociale et urgence climatique, mais elle minimise aussi l’impact sanitaire des fortes chaleurs dans des logements mal isolés.
Les 700.000 logements concernés représentent une masse considérable de bâtiments thermiquement défaillants. Leur maintien sur le marché locatif, même temporaire, pose question face aux engagements climatiques de la France pour 2030. Maintenir ces habitations en location pendant cinq ans supplémentaires retarde d’autant la réduction des émissions de CO2 du secteur résidentiel. En Île-de-France, 24 % des habitants de passoires thermiques quittent leur logement lors des épisodes caniculaires, cherchant refuge ailleurs pour échapper à la fournaise. Autoriser leur location revient à exposer délibérément des milliers de ménages à des conditions de vie dégradées, tant en été qu’en hiver. Les canicules deviennent mortelles, et la France choisit pourtant de légaliser temporairement des habitats inadaptés aux réalités climatiques actuelles.
Rénovation énergétique : urgence climatique vs urgence sociale
Le texte exige des propriétaires qu’ils signent un contrat avec une entreprise de rénovation et versent un acompte. Sur le papier, le dispositif semble contraignant. Dans les faits, rien ne garantit l’achèvement des travaux dans les délais. Les chantiers de rénovation énergétique prennent souvent plus de temps que prévu : pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, dépassements de budget, complexité administrative. Le risque existe que ce délai devienne une nouvelle norme, un assouplissement permanent déguisé en mesure transitoire. Les associations de défense des locataires, réunies au sein de la plateforme Logement pour TouTEs, dénoncent une mesure dont « le but est de protéger la rente des bailleurs en sacrifiant les locataires exposés, sans considération des dégâts humains ».
Il faut bien dire que la situation est tout sauf simple. La France fait face simultanément à une crise du logement et à une urgence climatique. Avec 2,9 millions de ménages en attente de logements sociaux (en hausse de 4 % sur un an), la pression sur le marché locatif atteint des sommets. Retirer 700.000 logements aggraverait mécaniquement la pénurie. Pourtant, maintenir des habitats thermiquement défaillants compromet les objectifs de neutralité carbone et expose les occupants à des risques sanitaires. Le gouvernement promet 2 millions de logements supplémentaires d’ici 2030 et 125.000 logements HLM par an, mais ces engagements restent flous.
La vraie question demeure : pourquoi n’avait-t-on pas anticipé cette situation dès 2021 ? Cinq ans après l’interdiction initiale, aucun plan massif de rénovation n’a été déployé à la hauteur des besoins. Résultat : un compromis bancal qui satisfait temporairement les propriétaires sans résoudre structurellement ni la crise du logement ni l’urgence climatique. Les sénateurs soutiennent largement le texte, qualifié de « décision courageuse » par certains élus. Mais le courage politique consisterait plutôt à financer massivement la rénovation énergétique tout en construisant rapidement des logements neufs et durables, plutôt que de légaliser provisoirement l’indécence thermique.
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