L’Académie nationale de médecine soutient la pétition pour un Nutri-score obligatoire

Une pétition soutenue par l’Académie de médecine et 78 structures de santé réclame de rendre le Nutri-score obligatoire en France. Malgré plus de 58.000 signatures, cette ambition se heurte au droit européen qui interdit aux États d’imposer unilatéralement un étiquetage nutritionnel.

Rédigé par , le 27 May 2026, à 11 h 11 min
L’Académie nationale de médecine soutient la pétition pour un Nutri-score obligatoire
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Alors que plusieurs pays européens continuent de privilégier des systèmes d’étiquetage alternatifs ou défendent les intérêts de leur industrie agroalimentaire, la France se retrouve dans une impasse réglementaire. Faute d’accord à l’échelle de l’Union européenne, le Nutri-score reste dépendant du bon vouloir des fabricants, malgré une pression croissante des acteurs de santé publique et des associations de consommateurs.

Une mobilisation scientifique d’ampleur pour défendre la santé publique

Le Nutri-score pourrait-il enfin figurer sur tous les emballages alimentaires français ? C’est l’ambition d’une pétition lancée par les concepteurs de cet étiquetage nutritionnel, qui a déjà recueilli plus de 58.000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale. Portée par les scientifiques Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Emmanuelle Kesse et Chantal Julia, cette initiative bénéficie du soutien de l’Académie nationale de médecine et de 78 autres structures de santé. Pourtant, aussi massive soit-elle, cette mobilisation se heurte à un obstacle juridique de taille : le cadre réglementaire européen interdit aux États membres d’imposer unilatéralement un système d’étiquetage nutritionnel.

Dans un contexte d’augmentation continue du surpoids et de l’obésité, les promoteurs de la pétition estiment que « l’État français a le devoir de prendre toutes mesures visant à préserver et promouvoir la santé publique ». Ils voient dans le Nutri-score un outil « efficace pour améliorer l’état nutritionnel de la population, contribuant à réduire le risque de maladies chroniques ».

La démarche rassemble un soutien remarquable au sein du monde médical. Parmi les 45 sociétés savantes signataires figurent la Société française de nutrition, la Société francophone du diabète et la Société française du cancer. Les 33 associations citoyennes incluent l’UFC-Que Choisir, 60 Millions de consommateurs, la Ligue contre le cancer et Foodwatch. Cette coalition inédite plaide pour rendre l’étiquetage obligatoire avec une unité de ton rare dans le paysage scientifique français.

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Les limites du système volontaire actuel

Depuis sa mise en place en 2017, le Nutri-score fonctionne sur la base du volontariat, laissant aux industriels toute latitude pour apposer — ou non — cette notation sur leurs produits. Ce principe présente des lacunes que les signataires de la pétition ne manquent pas de dénoncer. De nombreuses multinationales — Coca-Cola, Mars, Mondelez ou Ferrero — refusent catégoriquement d’afficher le Nutri-score. La raison en est transparente : leurs produits seraient quasi exclusivement classés D ou E, les notes les plus défavorables de l’échelle nutritionnelle.

La révision du mode de calcul en 2024 n’a fait qu’accentuer cette tendance. Le nouveau système pénalise davantage les produits sucrés, ultra-transformés ou contenant des additifs tels que les édulcorants artificiels. Des marques qui affichaient pourtant le logo, à l’instar de Kellogg’s, ont choisi de le retirer à la suite de cette évolution.

L’obstacle juridique européen : un verrou réglementaire

Même si la pétition atteignait les 500.000 signatures nécessaires pour déclencher un débat parlementaire — et en dépit du soutien de huit groupes politiques sur onze à l’Assemblée nationale — l’exécutif français ne pourrait pas imposer unilatéralement le Nutri-score. En effet, le cadre légal actuel constitue un frein que la volonté politique nationale ne saurait seule lever.

Le règlement européen 1169/2011, qui régit l’étiquetage des denrées alimentaires, en est la pierre d’achoppement. Ce texte autorise certes chaque État membre à adopter un logo nutritionnel national, comme la France l’a fait avec le Nutri-score. Mais il leur interdit formellement d’en rendre l’affichage obligatoire sans harmonisation préalable au niveau communautaire. Cette limitation est le fruit d’âpres négociations entre législateurs européens et lobbies de l’industrie agroalimentaire. Plusieurs tentatives de créer un système d’étiquetage nutritionnel contraignant à l’échelle du continent ont échoué, notamment dans le cadre de la stratégie « De la ferme à la table » portée par la Commission européenne en 2021.

Derrière la polémique, des enjeux de santé publique

Au-delà des considérations juridiques, cette mobilisation révèle des préoccupations sanitaires profondes. L’étiquetage nutritionnel constitue l’un des leviers essentiels de la prévention des maladies chroniques liées à l’alimentation — obésité, diabète de type 2, pathologies cardiovasculaires —, qui représentent aujourd’hui un défi majeur pour les systèmes de santé européens.

Les professionnels de santé font valoir que cette situation « constitue une perte de chance pour les citoyens français ». L’absence d’obligation prive en effet les consommateurs d’une information homogène sur la qualité nutritionnelle des produits, et singulièrement de ceux aux profils les plus défavorables.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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