Billes de plastique ou ‘nurdles’ : une bombe à retardement pour les océans

C’est une pollution sournoise mais bien réelle, les ‘nurdles’, ces petits granulés de plastique sont une catastrophe pour les océans.

Rédigé par Stéphanie Haerts, le 11 Dec 2021, à 11 h 06 min
Billes de plastique ou ‘nurdles’ : une bombe à retardement pour les océans
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À première vue, on ne les remarque pas mais des milliards de billes de plastique polluent désormais les océans du monde entier. Ces granulés nommés « nurdles » représentent une pollution plastique dans les océans du monde, nuisibles aussi pour les animaux marins.

Les nurdles, de petites billes de plastique destructrices

Si le plastique a bien des avantages, il est également un fléau pour notre planète. Après leur utilisation, on dénombre pas moins de 8,8 millions de tonnes de déchets plastiques dans l’océan chaque année, dont environ 250.000 tonnes de nurdles. D’après une étude publiée en janvier 2016 par le Forum Économique Mondial, cela équivaut à déverser un camion poubelle toutes les minutes dans la mer.

Les nurdles sont un des micro-déchets les plus présents dans l’océan, après la poussière de pneu. Ces billes de quelques millimètres seulement sont à la base de la fabrication de tout produit en plastique.
Qu’elles soient en polypropylène, en polystyrène ou en polyéthylène, leur impact est le même. En mai dernier, un conteneur marchand nommé le X-Press Pearl sombrait dans l’Océan Indien, au large du Sri Lanka, après avoir pris feu, emmenant avec lui 1.680 tonnes de billes de plastiques et 350 tonnes de fioul. Pour l’ONU, l’Organisation des nations unies, les 87 conteneurs de billes en plastique sont un désastre bien pire que la fuite de produits chimiques et de carburants.

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Les nurdles se retrouvent dans les océans autour de la Terre – © StanislauV

Ces tonnes de nurdles vont voyager sur toute la côte, peut-être parvenir jusqu’en Indonésie voire en Somalie. La plupart des nurdles vont finir par échouer sur les plages et d’autres rester dans l’océan indien.

Malheureusement, près de 10.000 conteneurs de ce type sont perdus chaque année en mer.

Les nurdles, un danger pour les animaux marins

Ces billes sont néfastes pour l’environnement et la biodiversité marine mais aussi les êtres humains habitant ces régions qui pêchent le poisson pour se nourrir. C’est pourquoi des ONG ont décidé d’alerter sur les dangers des nurdles afin qu’ils soient reconnus comme matière dangereuse par l’Organisation maritime internationale comme cela est déjà le cas du diesel, du kérosène et du pétrole.

Pire encore, les billes en plastique s’étant probablement mélangées avec d’autres produits chimiques lors du naufrage du X-Press Pearl, sont probablement devenues très nocives et ont pu contaminer les animaux marins s’inquiète l’ONU.
Tom Gammage, de l’Agence d’investigation environnementale, une ONG visant à lutter contre les crimes environnementaux, a commenté : « Beaucoup de produits chimiques toxiques sont hydrophobes et vont donc s’accrocher à la surface des microplastiques ».

Dès lors qu’elles sont ingérées par les poissons et autres animaux marins, les microbilles qui ressemblent à s’y méprendre à des oeufs de poisson, peuvent leur causer des ulcères voire la mort. Comme le mentionne l’Agence d’investigation environnementale, les poissons, les cétacés ou encore les oiseaux confondent bien souvent ces billes avec de la nourriture.

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Le nettoyage d’une plage dans le Pamunugama au Sri-Lanka, après le naufrage du X-Press Pearl – © Ruwan Walpola / Shutterstock

Lire aussi : Plastiques, pétrole : les océans agonisent sous les déchets

Il est désormais courant de retrouver ces infimes morceaux de plastique dans l’estomac de ces animaux et notamment dans ceux morts après le naufrage au Sri Lanka. Dans The Guardian, Hemantha Withanage, membre du Centre pour la justice environnementale du Sri Lanka, indique que « Plusieurs animaux parmi les 470 tortues, 46 dauphins et 8 baleines échouées avaient des billes dans leurs corps. Et 20.000 familles ont été contraintes d’arrêter de pêcher ».

Ces billes sont également porteuses de bactéries comme l’escherichia coli ou vibrio, comme l’avait démontré une étude de chercheurs de l’Université de Stirling datant de 2019.

Quels pays polluent le plus avec les billes de plastique ?

Le plastique s’est immiscé dans nos vies où que l’on soit sur le globe mais certains pays en consomment davantage que d’autres. Notamment les États-Unis, le plus grand pollueur en la matière avec 42 millions de tonnes de déchets plastiques en 2016 selon un rapport américain demandé par le Congrès et publié ce mercredi 8 décembre 2021.
Ce dernier souhaite réfléchir à une stratégie pour réduire la pollution de plastique dans ce pays qui représente moins de 5 % de la population mondiale. Cependant, les États-Unis jettent deux fois plus de plastique que la Chine mais aussi plus que tous les pays de l’Union européenne réunis.

Si l’on regarde maintenant les niveaux de pollution de plastique par individu, un Américain produit à lui seul 130 kilos de déchets plastiques chaque année. Viennent ensuite les Britanniques avec 98 kilos par personne. De son côté, un Français génère en moyenne 43 kilos de déchets plastiques par an.

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Les nurdles, un danger pour toute la chaîne alimentaire – © Oleksandr Leniuk

Et l’Hexagone n’est pas épargné par ses microbilles. Sur les plages du Finistère, des petites billes ont été retrouvées en février 2021. On trouve également cette pollution aux granulés plastiques en Méditerranée. Les nurdles ont aussi été repérés en septembre cette année à Calais. De nombreux autres pays sont touchés.
Si rien n’est fait, on comptera 53 millions de tonnes de plastique dans les océans d’ici à 2030.

Pour en savoir plus et aider le gouvernement du Sri-Lanka a classé les nurdles comme substances dangereuse, rendez-vous ici (en anglais)

Illustration bannière :- © Loretta Sze
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