Le nettoyage mécanique des plages, un véritable désastre écologique

Pour garder leurs plages propres, les communes littorales françaises ont pour habitude d’effectuer un nettoyage mécanique. Mais ce type de nettoyage favorise la dégradation des plages en menaçant la biodiversité.

Rédigé par Aurélie Giraud, le 14 Jun 2020, à 9 h 55 min

Les plages ont leur propre écosystème. Cependant, de nombreuses communes nettoient les plages avec des engins mécaniques afin qu’elles soient lisses et propres. Une pratique qui nuit gravement à la biodiversité des plages. Une idée serait de simplement laisser vivre cet écosystème.

La biodiversité des plages menacée par le nettoyage mécanique

La plage est en constante évolution : débris d’algues marines, branches, feuilles, restes d’animaux marins, coquillages se retrouvent sur le littoral. Pour garder une plage propre, les communes françaises ont pris l’habitude de faire un nettoyage mécanique, efficace et rapide mais qui malheureusement a des conséquences néfastes sur l’environnement.
Des cribleuses sont utilisées pour nettoyer les plages ou les criques difficiles d’accès des mégots, débris et détritus abandonnés. Cette machine permet de ramasser le sable et de le tamiser. Mais ce n’est pas tout, les communes utilisent également des tracteurs, des râtisseuses et des lisseuses pour offrir une plage agréable pour les touristes.

nettoyage mécanique des plages

Par souci d’offrir une plage ‘propre’ et confortable aux touristes, les plages sont souvent nettoyées de manière mécanique et systématique © Douglas Cliff

Les communes littorales françaises ont commencé à nettoyer mécaniquement les plages avec les épisodes des marées noires des années 1990. Comme l’indique Florian Geoffroy, directeur de Rivages de France dans Reporterre : « Après le naufrage de l’Erika et du Prestige, les départements ont doté les communes du littoral atlantique de machines pour nettoyer les nappes de mazout »(1).

Le nettoyage mécanique transforme les plages

D’autres problèmes, que l’appauvrissement de la biodiversité, sont causés par le nettoyage mécanique des plages. Les dunes reculent et le littoral est moins protégé face à l’élévation du niveau de la mer accélérant l’érosion. « Le criblage déstructure le sol et rend le sable beaucoup plus volatile, ce qui fragilise le trait de côte », explique Florian Geoffroy. De plus, plus aucune plante ne pousse.

L’accumulation par la mer de débris naturels et les plantes maritimes constituent une barrière naturelle contre le vent. De même, les dunes sont un bouclier naturel contre les tempêtes mais aussi l’élévation du niveau de la mer. Florian Geoffroy explique naturellement ces pratiques : « Les maires souhaitent offrir une plage de carte postale aux touristes. Depuis des années, les gens se sont habitués à des plages de sable lisse ; en maintenant les algues, les maires craignent que certaines personnes puissent faire remonter des avis négatifs sur leur gestion des plages ».

Lire aussi : Des plages fermées cet été pour protéger faune et flore

Laisser les plages vivre

Une nouvelle approche consiste à faire comprendre à tout un chacun que la plage est un milieu vivant. Depuis 4 ans, une partie de la Grande plage de Carnac n’est plus nettoyée mécaniquement. Cette zone test permet d’évaluer les conséquences du nettoyage mécanique sur l’espace littoral.
Ainsi, sur cette partie, le sable est irrégulier, des morceaux de coquillages et d’huîtres se retrouvent sur le sable. On y retrouve aussi des liserons des dunes, des buissons de roquette de mer et des roseaux des sables.

nettoyage mécanique des plages

Le nettoyage mécanique systématique provoque un appauvrissement de la richesse biologique et un déséquilibre du stock sédimentaire… Pas comme ici sur l’île de Ré © BlancheVrly

D’autres communes comme Concarneau ont choisi de modifier leurs pratiques afin de préserver les plages. Alors que l’Association de nettoyage au service de l’environnement et du littoral (Ansel) a menacé en 2018 de ne plus nettoyer les plages si la mairie ne stoppait pas les activités de nettoyage mécanique, tout a changé. Les engins mécaniques ne sont désormais utilisés que lorsque cela est justifié en cas de présence d’algues vertes par exemple.

De nouvelles opérations de nettoyage pour éviter la propagation du Covid-19 sur les plages !

Alors que de nombreuses voies s’étaient déjà élevées contre la désinfection des rues à la javel (ou autres produits virucides) dans certaines villes avec la crise sanitaire du Covid-19, certaines localités du littoral n’hésitent pas à faire de même sur les plages, comme à Cannes ou à Nice(2).
Le Haut conseil de la santé publique a pourtant publié un avis défavorable concernant les pratiques de désinfection de l’espace public d’autant que l’efficacité de ses mesures contre le virus n’est pas prouvée. Leur impact sur l’environnement est quant à lui certain !

Sur les plages surveillées à forts enjeux touristiques et à faibles enjeux écologiques telles les plages « urbaines » , un nettoyage mécanique adapté  peut être préconisé. Partout ailleurs, la réduction du nettoyage mécanique devrait permettre aux plages de retrouver peu à peu leur biodiversité. Les communes pourrait opter pour un nettoyage manuel (régulier ou ponctuel) voire pas de nettoyage du tout lors des périodes de nidifications.

Illustration bannière : Femme en vacances se prélassant sur une plage très ‘propre’ – © Oleg Elkov
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