Monnaie locale : où en sont les monnaies citoyennes ?

Rédigé par Morgane Bouterre, le 14 Aug 2015, à 18 h 38 min

Depuis la nuit des temps, l’homme n’a eu de cesse d’échanger, de troquer, de partager. C’est pour matérialiser cette économie que la monnaie fut créée. Au départ, celle-ci avait pour unique but l’échange de biens de valeurs équivalentes.

L’émergence du système capitaliste et des marchés financiers a toutefois entraîné l’émergence d’échanges spéculatifs d’actions et d’obligations. La fonction d’échange à proprement dite a ainsi diminué dans la création de valeur. Mais cette tendance commence à se renverser. Pour revenir à sa fonction première de création de richesse, de partage et d’échange, de nombreuses formes de monnaie locale voient le jour en France, comme à Toulouse récemment avec le Sol-Violette. Retour sur un succès.

Les monnaies locales sont des monnaies citoyennes

Se réapproprier la valeur des choses, voilà le but premier des monnaies locales, dites aussi « monnaies locales complémentaires ». En effet, au-delà de soutenir le développement d’une économie de proximité et de soutenir les petits commerces, l’instauration d’une monnaie locale reste une véritable initiative citoyenne riche de rencontre et d’échange.

Basée sur une ville, un territoire ou encore une région entière, passant de main en main, l’objectif de chaque monnaie locale est bel et bien de créer de la richesse et de remettre le partage au coeur du système de transaction.

La solidarité et l’idée d’appartenance à un réseau de personnes sont au coeur du projet de chaque monnaie locale. En effet, toute utilisation à des fins spéculatives est proscrite.

Ainsi, une trentaine de monnaie locales circulent en France et cette tendance se développe de manière fulgurante. Toutes ont un nom poétique : La Claque béarnaise, La Commune, Le Lac, Le Zébu solidaire, La Muse, Le Pyrène…

Arrêt d’image sur l’une des toutes dernières : le Sol-Violette, la monnaie locale de la région toulousaine.

Le Sol-Violette : le « produit intérieur doux » de la région toulousaine

C’est au coeur d’une petite épicerie toulousaine, que nous avons découvert ses premières facettes. Ici, les habitués n’utilisent pas leurs euros conventionnels, mais de jolies tickets colorés. Le Sol-Violette, monnaie locale créée en 2012, a réussi à conquérir un peu plus de 2.000 adhérents à sa cause.

Il s’agit d’un projet selon ses concepteurs « de réappropriation citoyenne de la monnaie » : véritable monnaie citoyenne, pilotée par et pour les citoyens, elle rend à l’économie sa dimension sociale et solidaire. Les membres du mouvement Sol proposent de lutter contre ce qu’ils appellent le « fétichisme monétaire » et « les dérèglements de la société de marché grâce à la mise en place de nouveaux systèmes d’échanges fondés sur la coopération »(1).

« Tisser du lien », c’est d’ailleurs exactement ce que cherche à créer la gérante de notre épicerie qui nous affirme que la fidélité des clients se fait davantage ressentir lorsque l’échange se fait de manière respectueuse et solidaire.

Au-delà de créer de la richesse, le Sol contribue à la création d’emploi dans la région et se veut être un projet de démocratie participative. En effet, chaque membre à un droit de décision sur les projets du Sol Violette.

Être à la fois auteur et acteur de sa monnaie d’échange, vocation du Sol Violette

L’agglomération toulousaine compte, à ce jour, plus de 200 prestataires acceptant l’utilisation du Sol Violette. De l’épicerie locale au théâtre et du kinésithérapeute aux petits artisans, tous les secteurs sont représentés. Un sol équivaut à un euro.

Complémentaire à l’euro, puisque compensant sa rareté dans l’économie réelle, les solistes, comme se nomment eux-mêmes les adhérents au Sol Violette, nous confient se sentir en sécurité en échangeant avec le Sol.

Et nous rappellent en faisant circuler cette micro monnaie locale complémentaire, que la monnaie est un moyen d’échange et non une fin, comme le souligne Régine Metz, utilisatrice : « L’argent est un moyen. Ça ne devrait jamais être une fin comme dans nos sociétés. Avec le Sol, je fais un acte politique. Je me dis ‘essayons de vivre dans une société plus juste, plus équitable où les rapports sociaux sont solidaires’ ».

Monnaie locale : une aubaine pour la fraude fiscale ?

Pour faciliter l’utilisation des monnaies locales complémentaires, chacune est équivalente en valeur à l’euro. Quant aux utilisateurs, ils retirent leurs billets ou coupons dans des comptoirs d’échanges agréés et les utilisent ensuite chez les commerçants et artisans partenaires. Leur rôle reste donc bien complémentaire, et ne vise pas à remplacer l’euro. Elles ne peuvent pas être épargnées et ne peuvent servir qu’aux échanges locaux.

monnaire locale

Derrière ces idéaux se cachent des enjeux très pratiques tels que la possibilité de la fraude, ou encore le passage au numérique pour éviter celle-ci, car, si à ce jour il existe des billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 euros, l’utilisation sur carte du Sol-Violette n’a pour l’instant fait l’objet que d’une expérimentation limitée. Cette numérisation nécessitera également des moyens conséquents pour être sûre.

L’enjeu aussi pour ces utopies locales devenues réalité est la récupération politique par les autorités locales qui y voient un enjeu de promotion territoriale. Pour que les monnaies citoyennes restent citoyennes.

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Adepte de la communication Web et des réseaux sociaux, je suis en constante recherche d’alternatives responsables et durables à notre modèle de société...

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