Explosions de méthane : risque d’emballement du réchauffement climatique

Rédigé par Camille Peschet, le 7 Jul 2015, à 14 h 15 min

Été 2015, une équipe de chercheurs russes localise plusieurs cratères de 80 mètres de diamètre dans la région de Yamal, en Sibérie. Ces cratères seraient le résultat direct du réchauffement climatique, la hausse des températures entraînant un dégel inhabituel du permafrost, ou pergélisol, ce sol sensé rester gelé en permanence, et libérant le méthane emprisonné jusque là dans la glace. Le risque d’un emballement du phénomène du réchauffement climatique est réel.

Des explosions de méthane dans le nord de la Russie

Les trous constatés par les chercheurs russes seraient le résultat d’explosions souterraines de gaz, dont le méthane. Pour l’équipe de chercheurs, cette découverte ne serait que le début de découvertes semblables à venir.

Les conséquences pour cette région du globe sont majeures, tant pour la sécurité des personnes dont les habitations menacent de s’écrouler si ce phénomène se poursuit, que pour la vie économique locale, si les voies de transports ne sont plus accessibles. Les éleveurs de rennes voient déjà leurs routes de transhumance disparaître avec la fonte du permafrost et des hivers trop doux qui ne permettent pas qu’une croûte de glace suffisamment solide se forme pour permettre le passage des rennes.

Des maisons s'écroulent du fait de la fonte du permafrost méthane

Maisons s’écroulent avec la fonte du permafrost © Pi-Lens / Shutterstock.com – maisons permafrost

Au-delà des conséquences régionales, un risque d’emballement du climat

Le méthane est un gaz à effet de serre puissant, 25 fois plus important que le CO2, et les activités humaines ont comme conséquence une augmentation de la quantité de ce gaz dans l’atmosphère.

Or, cette libération de méthane fait peser une incertitude forte sur l’accélération du réchauffement climatique, par des boucles de rétroaction dites positives, car se renforçant mutuellement. Pour dire les choses plus simplement : nous entrons dans un cercle vicieux, c’est-à-dire d’amplification du phénomène observé par la répétition de l’action.

Dans le cas présent, le réchauffement climatique entraîne la fonte du pergélisol avec comme conséquence la libération du méthane qui à son tour accélère le rythme du réchauffement climatique, accélérant d’autant plus la fonte du permafrost et la libération massive du méthane, etc.

Méthane permafrost

Trous de fonte de permafrost dans le nord du Canada, près du Groenland. Permafrost thaw ponds in Hudson Bay Canada near Greenland” de S.Jurvetson. License sous CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Le pergélisol désigne la partie d’un sol gelé en permanence, au moins pendant deux ans, et de ce fait imperméable. Ses formations, sa persistance ou disparition, et son épaisseur sont très étroitement liées aux changements climatiques.

Un risque encore mal mesuré

Le méthane, tout comme le CO2, est présent naturellement sur notre planète. Mais, à l’inverse du CO2, son cycle et ses interactions avec les différents éléments de notre planète (le sous-sol, la biomasse, l’atmosphère) sont encore mal compris, mais tout à fait inquiétants

Il est en effet certain que les activités humaines entraînent un déséquilibre de ce cycle naturel en libérant une quantité de méthane en surplus. La quantité de méthane dans l’atmosphère a augmenté de plus de 150 % depuis la révolution industrielle.

Methane permafrost

Les cratères dans le pergélisol dus aux explosions de gaz, dont le méthane.

Pour mieux évaluer les interactions entre le méthane et les autres éléments de la planète et son impact sur le réchauffement, l’Académie des Technologies a fait le point sur les connaissances actuelles(2) car si  le GIEC a intégré les émissions de méthane dans son dernier rapport les boucles de rétroactions possibles ne sont à ce jour pas prises en compte dans les différents scénarios.

Les rétractions associées au dégel du pergélisol pourraient intervenir sur l’échelle du siècle. Si la fonte du pergélisol est relativement certaine au-dessus d’un seuil de réchauffement climatique dont tout laisse à penser qu’il risque d’être atteint, sa vitesse et la quantité de carbone qui sera émise, en particulier sous forme de méthane, restent très difficiles à évaluer.
Académie des Technologies, janvier 2015

Jusqu’à 70 % de permafrost pourrait disparaître, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme

Selon les scientifiques, les zones de sol gelé couvrent environ 25 % des terres de l’hémisphère Nord, allant de Amérique du Nord en passant par la Sibérie. D’ici à la fin du siècle, les zones couvertes par le pergélisol devraient diminuer de 30 à 70 %, selon le volume des émissions de gaz à effet de serre provoquées par les activités humaines. Si la communauté internationale parvient à se fixer des objectifs permettant de limiter la hausse du réchauffement à 2°C, les chercheurs prédisent dans les scénarios optimistes une perte de 30 % du permafrost. Mais cette proportion pourrait grimper à 70 % dans les scénarios les plus pessimistes.

Dans la prestigieuse revue scientifique Nature, en avril de cette année(3), le bilan dressé par les scientifiques est pour le moins alarmant et souligne le risque d’emballement.

Selon Susan Natali, chercheuse du Woods Hole Research Center et coauteur des travaux publiés par Nature : « Il y a 1.500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre gelé et emprisonné dans le permafrost. Le volume de CO2 accumulé depuis plusieurs milliers d’années dans les terres du permafrost est environ deux fois plus important que celui présent dans l’atmosphère (…) Selon nos estimations, 130 à 160 gigatonnes de gaz à effet de serre pourraient être libérées dans l’atmosphère d’ici à 2100 » du fait de ce dégel.

Lire page suivante : Les différentes sources de méthane ; les solutions

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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. La première chose à faire c’est déjà de récupérer au maximum le méthane en créant des unités de méthanisation comme il se fait actuellement se qui permet de récupérer de l’énergie et limiter les gaz à effet de serre, en France nous n’avons que trop attendu pour le faire, l’agriculture entre-autre l’élevage pourrait être autonome en énergie avec des unités de méthanisation, également avec nos déchets car lorsque l’on sait que la plus grande décharge France qui est à Marseille produit du méthane pendant 14 années, qui pourrait être récupéré, c’est scandaleux et criminel de le laisser partir dans la nature et il y en a bien d’autre, alors que l’on nous rabâche les oreilles avec le CO²(25 fois moins polluant que le méthane, sans pou autant banaliser le CO²) des voitures, mais c’est plus facile à taxer, comme d’habitude l’automobiliste est et sera toujours la vache à lait.

  2. Veux t’on réellement arrêter toutes ces émissions de gaz , car la reponse a ce problème est très simple trop simple .

  3. je trouve navrant et tellement inutile que vous parliez du probleme de pollution liée au méthane, sans même parler de la cause et donner une solution concrètes pour stopper ce fléau .. allez, je vous aide: C est l industrie des produits d origine animale (chair, lait, beurre, etc) qui engendre la grande majorité de méthane émit dand le monde … Solution = vegetalisme !

    C est bien de critiquer mais expliquer pourquoi et comment y remédier c est mieux !!!!

    • Le danger lié au Méthane est essentiellement celui qui tient aux émanation issues des gisements d’hydrate de méthane stocké au fond des océans. Le réchauffement des océans libère le gaz quand celui ci passe au dessus des + 5 °C. On par le millions de tonnes dans une nappe…
      Pour éviter la catastrophe, il faut empêcher la montée en temp des océans donc réduire le co²… La boucle est bouclée.

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