Médicaments : leur durée de conservation bientôt prolongée ?
Et si certaines boîtes de médicaments pouvaient rester utilisables un ou deux ans de plus, sans concession sur leur qualité ni leur sécurité ? C’est l’idée avancée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : 73 spécialitées devraient être concernées.

En allongeant la durée de conservation de dizaines de traitements courants, l’ANSM espère éviter des destructions inutiles et mieux préserver les stocks disponibles.
En bref
- L’ANSM accompagne 14 laboratoires pour réexaminer la durée de conservation de 73 médicaments.
- Pour 47 spécialités, la durée envisagée pourrait atteindre quatre ans ou davantage.
- Cette prolongation devra être validée médicament par médicament, à partir de données de stabilité.
- Les patients doivent toujours respecter la date inscrite sur la boîte.
- Les médicaments périmés ou inutilisés doivent être rapportés en pharmacie.
Médicaments : l’ANSM vise des durées de conservation plus longues
Le 26 août 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a annoncé la participation de 14 laboratoires pharmaceutiques à son projet « Longue vie aux médicaments ». Au total, 73 médicaments sont concernés par cette phase. On y trouve notamment des spécialités à base de paracétamol, de lévothyroxine, de mélatonine, de lithium ou encore plusieurs antibiotiques. L’initiative ne signifie toutefois pas que les patients peuvent désormais ignorer la date imprimée sur leurs boîtes. Il s’agit d’un processus réglementaire et scientifique : les industriels devront démontrer, données de stabilité à l’appui, que chaque médicament concerné conserve suffisamment longtemps les caractéristiques nécessaires à son utilisation, puis obtenir la modification de son autorisation de mise sur le marché.
Aujourd’hui, la majorité des médicaments autorisés en France disposent d’une durée de conservation de deux à trois ans, et moins de 10 % atteignent cinq ans, observe l’ANSM. Cette durée ne correspond pas à une estimation approximative : elle est déterminée à partir d’études de stabilité menées selon des référentiels normalisés, afin de garantir que le produit reste conforme pendant toute la période annoncée.
L’agence considère cependant que certaines autorisations pourraient être réévaluées lorsqu’un laboratoire dispose des données nécessaires. « Par exemple, 47 des 73 médicaments devraient atteindre une durée de conservation de 4 ans ou plus », indique l’ANSM. Il s’agit bien de durées envisagées, et non d’un changement déjà généralisé aux boîtes actuellement détenues par les patients.
La liste officielle donne une idée concrète de l’ampleur des prolongations étudiées.
- Pour DAFALGANTABS 1 000 mg
- EFFERALGAN 500 mg, tous deux à base de paracétamol, la durée indiquée passe de 36 mois actuellement à 60 mois dans le scénario envisagé.
- Zolpidem commercialisé par Biogaran
- Almus passerait, lui, de 48 à 60 mois.
Les écarts diffèrent selon les molécules. Le Téralithe LP à base de lithium est inscrit à 24 mois aujourd’hui et à 36 mois en durée envisagée, selon la même liste de l’ANSM. Plusieurs dosages de Xurta, à base de lisdexamfétamine, pourraient passer de 24 à 48 mois. Pour les différentes présentations de Tcaps à base de lévothyroxine, la durée évoluerait de 18 à 24 mois. Les spécialités Actiskenan à base de morphine visent pour leur part 48 mois contre 36 aujourd’hui, tandis que Baclocur pourrait atteindre 60 mois au lieu de 48.
Date de péremption : ce que l’ANSM ne change pas encore
L’ANSM n’efface cependant pas les dates existantes d’un trait de plume. La date de péremption est liée aux conditions de l’autorisation de mise sur le marché. Pour la faire évoluer, le laboratoire doit produire des éléments montrant que la qualité et les propriétés du produit sont conservées pendant la période supplémentaire revendiquée. L’autorité compétente peut alors examiner une modification de l’AMM. Le projet français doit accompagner les industriels qui s’engagent dans cette démarche au cours des cinq prochaines années.
Cette distinction évite un contresens particulièrement sensible en matière de santé. Une durée théorique susceptible d’être prolongée demain ne garantit pas qu’un médicament déjà arrivé à expiration aujourd’hui puisse être utilisé. Les conditions de stockage, le conditionnement, les données de stabilité propres à la spécialité et les décisions réglementaires continuent de s’appliquer. Les laboratoires sélectionnés seront accompagnés par l’ANSM dans leurs demandes de modification d’AMM.

L’ANSM souhaite prolonger la durée de conservation de 73 médicaments.
Médicaments : l’ANSM cible gaspillage, pénuries et empreinte carbone
Derrière cette révision des dates se trouve d’abord une question de volume. Plus de 8.200 tonnes de médicaments non consommés ont été collectées en France en 2025 pour être incinérées et valorisées. Tous ces produits n’étaient pas nécessairement périmés : les collectes comprennent également des traitements devenus inutiles pour leurs détenteurs.
À lire aussi – Médicaments jetés : des milliards gaspillés chaque année
L’étude PERIMED apporte un éclairage supplémentaire sur ce phénomène. En 2024, 7.675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées en pharmacie. L’étude a porté sur 32.840 unités représentant 1.125 spécialités différentes. Environ quatre produits sur dix analysés n’étaient pas encore périmés au moment de leur retour, et près de 70 % des unités étudiées étaient soumises à prescription médicale obligatoire.
La seule prolongation des durées de conservation ne supprimera donc pas le gaspillage médicamenteux. Les causes sont multiples : conditionnements parfois supérieurs au besoin réel, arrêt prématuré d’un traitement, effets indésirables, mauvaise observance ou évolution de l’état de santé. Néanmoins, PERIMED met aussi en évidence le rôle de durées parfois courtes pour certains produits usuels, notamment le paracétamol, l’ibuprofène ou des antidiarrhéiques.
L’enjeu est également financier. Le coût des médicaments finalement non utilisés pris en charge par l’Assurance Maladie est évalué par projection à 517 millions d’euros par an. Sur ce montant, 278 millions d’euros correspondraient à des médicaments qui n’étaient pas encore périmés au moment considéré, précise le même média. La Tribune reprend également l’estimation globale de 517 millions d’euros.
Le levier est enfin environnemental. Le système de soins français pèse plus de 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, soit près de 50 millions de tonnes équivalent CO2. Les médicaments et les dispositifs médicaux représentent 55 % de cette empreinte, indique encore l’agence. Éviter de fabriquer un produit qui sera finalement détruit sans avoir été utilisé permet donc d’agir à plusieurs niveaux : matières premières, énergie, emballage, transport, stockage puis traitement du déchet.
Date de péremption : comment les laboratoires devront faire évoluer les AMM
Le mécanisme choisi par l’ANSM repose sur le volontariat des industriels. Quatorze laboratoires ont répondu à l’appel à candidatures, pour 73 médicaments. La sélection couvre des profils très différents, de traitements largement utilisés en ville à des produits hospitaliers. Le document officiel cite notamment UPSA, Biogaran et Almus, AstraZeneca, Viatris Santé, IBSA Pharma, Ethypharm, Fresenius Kabi France ou encore Grünenthal.
L’objectif n’est pas nécessairement de porter chaque médicament à cinq ans. Les durées seront examinées au cas par cas. Certaines spécialités ne gagneraient que six ou douze mois, tandis que d’autres pourraient voir leur période de conservation doubler. Le diclofénac LP de Viatris figure par exemple dans le document officiel avec une durée actuelle de 36 mois et une durée envisagée de 60 mois. Inexium 40 mg injectable passerait de 24 à 36 mois et Versatis 700 mg de 36 à 48 mois.
Pour les pharmacies et les établissements de santé, l’intérêt potentiel réside dans une rotation moins contrainte des stocks. Une boîte qui conserve plus longtemps son statut de produit utilisable est moins susceptible d’être retirée pour seule cause d’expiration avant d’avoir été délivrée. L’ANSM associe explicitement ce levier à une meilleure disponibilité des traitements et à une réduction du risque de pénurie tout au long du circuit du médicament, sans présenter pour autant l’allongement des durées comme une réponse unique aux tensions d’approvisionnement.
L’ANSM associe ce levier à une meilleure disponibilité des traitements et à une réduction du risque de pénurie de médicaments.
Pour les patients, aucune nouvelle conduite ne découle donc immédiatement de cette annonce. Tant qu’une nouvelle durée n’a pas été validée et portée sur le médicament concerné, l’indication figurant sur son conditionnement demeure celle à respecter. Les traitements périmés ou devenus inutiles doivent continuer à être rapportés en pharmacie plutôt qu’être conservés en vue d’un éventuel changement réglementaire ultérieur.
Les traitements périmés ou devenus inutiles doivent continuer à être rapportés en pharmacie. Retrouvez également les bons gestes pour trier les médicaments périmés ou non utilisés.
A lire absolument




























