Marineland : un rapport d’expertise alarmant sur l’état des bassins des orques

Le rapport d’expertise sur l’état des bassins du parc Marineland d’Antibes a fait l’effet d’un électrochoc. Mandaté par la justice, ce document dresse un constat sévère sur des infrastructures vieillissantes et fragilisées, tout en relançant le débat sur le devenir des orques encore présentes.

Rédigé par , le 17 Feb 2026, à 11 h 03 min
Marineland : un rapport d’expertise alarmant sur l’état des bassins des orques
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Cette expertise intervient alors que Marineland est fermé au public depuis plus d’un an. Elle apporte des éléments techniques précis sur l’état des bassins et pose, en filigrane, la question de la capacité du site à accueillir durablement des cétacés. Au coeur du dossier, deux orques, Wikie et Keijo, symboles d’un parc longtemps vitrine du divertissement marin, mais aujourd’hui au centre d’un débat environnemental et éthique majeur.

Marineland : la dégradation des bassins est jugée critique

Le rapport d’expertise consacré à Marineland est sans ambiguïté sur l’état des bassins des orques. Les cinq structures, construites au début des années 2000, présentent une « dégradation structurelle avancée », selon les termes mêmes des vétérinaires mandatés par le tribunal administratif de Nice. Les experts décrivent des fissures, une fragilisation du béton et des mouvements du sous-sol qui compromettent la stabilité à long terme des installations. Ainsi, malgré une maintenance régulière, la solidité globale des bassins n’est plus garantie, ce qui fait peser un risque sérieux sur la sécurité des animaux.

Dans ce contexte, Marineland apparaît confronté à une limite technique difficilement contournable. La poursuite du maintien des orques sur place nécessiterait des travaux lourds, complexes et coûteux, sans certitude de résultat durable, peut-on lire dans ce rapport. Selon les experts, les infrastructures actuelles ne sont plus adaptées à un hébergement prolongé, ce qui rend la situation d’autant plus urgente. Cette analyse rejoint les alertes déjà formulées par plusieurs associations, mais elle leur donne cette fois une base scientifique et judiciaire incontestable.

Les vétérinaires précisent toutefois que l’état sanitaire des deux orques reste compatible avec un transfert ou, à court terme, un maintien transitoire. Wikie, âgée de 24 ans, et Keijo, 12 ans, ne présentent pas de pathologies majeures incompatibles avec un déplacement. Cependant, le rapport insiste sur un point central : en cas de défaillance brutale des bassins, aucun transfert d’urgence ne serait matériellement possible. Les experts évoquent même, dans ce scénario extrême, l’euthanasie comme seule option, faute de solution logistique immédiate, une perspective qui accentue la pression sur les autorités.

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Marineland et le bien-être animal : un modèle remis en cause

Au-delà des aspects purement techniques, le rapport d’expertise interroge le modèle même de Marineland. Les orques sont décrites comme des animaux sociaux vivant normalement en groupes familiaux, composés d’au moins trois individus. Or, la présence de seulement deux orques dans le parc ne permet pas de répondre à ces besoins comportementaux fondamentaux. Cette situation, tolérée par le passé, est désormais jugée incompatible avec les standards contemporains de bien-être animal.

Le contraste est d’autant plus marqué avec les bassins des dauphins, également analysés dans le rapport. Les douze dauphins encore présents évoluent dans des installations jugées en état relativement correct. Cette différence de diagnostic renforce l’idée que Marineland n’est plus en mesure d’assurer des conditions équivalentes pour l’ensemble des cétacés qu’il héberge. Ainsi, le parc se retrouve face à une impasse, dans un contexte réglementaire de plus en plus strict à l’égard des delphinariums. Ces constats ont relancé les débats sur l’avenir du site lui-même. Marineland, longtemps présenté comme un acteur majeur de la sensibilisation du public à la vie marine, voit aujourd’hui son image fragilisée par l’obsolescence de ses infrastructures.

Le devenir de Marineland sous pilotage ministériel

Face à l’urgence révélée par le rapport, l’État a organisé, le 16 février 2026, un premier comité de pilotage consacré à l’avenir des cétacés de Marineland. Autour de la table, représentants des ministères, exploitant du parc, experts scientifiques, associations de protection animale, élus locaux et structures d’accueil potentielles ont examiné les différentes options envisageables. L’objectif affiché est clair : trouver une solution juridiquement solide, scientifiquement crédible et respectueuse du bien-être animal.

Pour les dauphins, une piste apparaît déjà comme la plus avancée. Le transfert vers le ZooParc de Beauval est étudié comme une option techniquement et juridiquement viable. Cette solution bénéficierait d’un cadre réglementaire maîtrisé et d’infrastructures jugées adaptées. En revanche, le dossier des orques reste beaucoup plus complexe, tant sur le plan logistique que politique.

Deux scénarios principaux continuent d’être examinés. Le premier concerne un transfert vers un sanctuaire marin porté par le Whale Sanctuary Project au Canada, un projet soutenu par plusieurs ONG mais encore en développement. Le second scénario repose sur l’accueil des orques par le parc espagnol Loro Parque, déjà doté d’installations pour les orques. Cette option, bien que techniquement opérationnelle, suscite des réticences parmi certaines associations, qui redoutent un simple déplacement du problème.

Lors du comité de pilotage, le gouvernement a insisté sur la nécessité d’agir « avec responsabilité et méthode », en prenant le temps d’évaluer chaque solution. Toutefois, le calendrier est serré. Une décision définitive sur l’avenir des orques de Marineland doit être arrêtée d’ici fin mars 2026. Cette échéance, imposée par l’état des bassins, illustre la tension entre l’urgence technique et la complexité des choix à opérer. Dans ce dossier emblématique, Marineland est ainsi devenu le symbole d’une transition délicate, où se croisent impératifs environnementaux, contraintes juridiques et attentes sociétales.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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