L’ONG Super Novae au coeur du redémarrage agricole à Mayotte

Rédigé par , le 23 Apr 2026, à 8 h 42 min
L’ONG Super Novae au coeur du redémarrage agricole à Mayotte
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D’abord mobilisée dans l’urgence médicale, l’ONG française Super Novae joue désormais un rôle central dans la reconstruction agricole de Mayotte après le cyclone Chido. Dotée d’un fonds de 2 millions d’euros débloqué par GBH, elle pilote un plan centré sur l’accès à l’eau et l’irrigation. Un appel à projets a déjà retenu 80 exploitations ; 30 % des installations, réalisées par des entreprises locales, sont déjà opérationnelles. L’objectif est triple : renforcer la résilience agricole, accélérer le retour des produits locaux sur les étals, améliorer l’autonomie alimentaire.

Avril 2026. La saison humide s’achève. Dans le nord de Mayotte, près de Vahibé, la cuve de récupération d’eau de pluie récemment installée est pleine. L’éleveur qui en bénéficie se dit confiant : ces réserves devraient lui permettre de traverser la saison sèche.

Après Chido, l’agriculture mahoraise déjà en reprise

À Mayotte, les stigmates du cyclone Chido, qui a ravagé l’île en décembre 2024, restent visibles. Mais les signes de reconstruction s’accumulent, notamment dans le secteur agricole. La quasi-totalité des 4 300 exploitations a maintenu son activité, portée par le volontarisme et la solidarité des agriculteurs mahorais. Les cultures de plein champ ont largement repris.

Pour se relever, le secteur bénéficie d’un soutien logistique et financier des pouvoirs publics – État, Union européenne, Conseil départemental – et d’associations et de coopératives. Spécialisée dans « la résilience économique des pays et contextes fragiles » – Libye, Yémen, Soudan, Venezuela ou Gaza -, l’ONG française Super Novae inscrit son action à Mayotte dans le temps long.

Super Novae et GBH : de l’urgence médicale à la relance agricole

À Mayotte, l’ONG pilote un fonds de 2 millions d’euros débloqué au lendemain du cyclone par le Groupe Bernard Hayot (GBH), dont la moitié est consacrée aux agriculteurs. Implanté sur l’île depuis 2020, GBH est présent dans la distribution – trois supermarchés Carrefour et 23 magasins de proximité Douka Bé – et dans l’automobile.

Les deux partenaires ont d’abord répondu à l’urgence médicale, en déployant un hôpital de campagne et des cliniques mobiles dans les zones isolées, où les soins étaient gratuits. Ils ont ensuite engagé un plan de soutien à la reprise et à la résilience du secteur agricole.

Des échanges avec la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF), l’Association interprofessionnelle de Mayotte (AIM), le Conseil départemental et la Chambre d’agriculture ont fait émerger une priorité : l’accès à l’eau.

Faire face au stress hydrique

Le 6 juillet 2025, Super Novae lance un appel à projets centré sur la récupération de l’eau, son stockage et l’irrigation, pour aider les agriculteurs à affronter le stress hydrique de la saison sèche. Le dispositif ne demande aucun apport financier : le fonds GBH finance intégralement les équipements, réalisés par des entreprises mahoraises. Le plan soutient ainsi l’activité du secteur local de la construction.

Sur 300 candidatures, 80 projets ont déjà été retenus. En avril 2026, Alexandre Chatillon, directeur de Super Novae, et Michel Lapeyre, directeur général Océan Indien et Afrique de GBH, ont visité les exploitations soutenues. Près de 30 % des installations y sont déjà en service. « Sur une parcelle de type jardin mahorais, un faré en bambou a été construit par l’entreprise Lilo Bambou pour abriter des bassines de stockage d’eau. L’installation est complétée par un système de pompage solaire et d’irrigation », explique Antoine Chatillon.

Le plafond d’investissement est fixé à 20 000 euros pour toucher le plus grand nombre d’agriculteurs. « Même si ces exploitations sont petites, parfois informelles, l’aide apportée leur permet d’augmenter leur productivité et donc d’obtenir des revenus supplémentaires, peut-être d’aller plus loin dans leur intégration au système agricole local. L’objectif final est de créer un effet de levier pour ces producteurs », précise Michel Lapeyre.

Former, insérer, entreprendre

Au-delà de cet appel à projets, GBH soutient également la filière noix de coco, particulièrement meurtrie par le cyclone. Au lendemain de la catastrophe, la majorité des cocotiers de l’île étaient « au sol ». Pour aider à reconstituer ce pilier de l’agriculture mahoraise, le groupe a financé l’importation de 40 000 noix depuis l’Inde.

GBH a également noué un partenariat avec le lycée agricole de Coconi. Il prévoit la construction d’une serre pédagogique et le développement de formations à la cocoteraie et à l’apiculture. À Bandrélé, l’association Mlézi Maoré coordonne un chantier d’insertion agricole pour les jeunes, avec le soutien financier du groupe. Michel Lapeyre anticipe déjà la suite. « Dans une nouvelle phase, nous souhaitons soutenir l’entrepreneuriat agricole en permettant à des jeunes de se lancer et de consolider leurs activités, toujours dans l’objectif d’améliorer la souveraineté alimentaire du territoire ».

Modernisation agricole : un cap à relancer

Ces actions contribuent à la reconstruction d’un territoire blessé mais résilient. Avant Chido, l’autonomie alimentaire de Mayotte en fruits et légumes approchait 80 %, portée notamment par le modèle du jardin mahorais. Disparus des étals pendant de longs mois, ces produits font leur retour depuis quelques semaines.

La situation reste plus fragile pour les filières animales, historiquement moins développées, mais les éleveurs locaux s’emploient à reconstituer des cheptels souvent décimés. Avec le soutien des pouvoirs publics et d’acteurs comme Super Novae, l’agriculture mahoraise devrait poursuivre sa structuration et sa modernisation, engagées depuis le début des années 2000. Plutôt qu’un coup d’arrêt, le cyclone Chido pourrait ainsi n’avoir été qu’un ralentissement.

 




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