Climat : le rapport « The Lancet Countdown » montre déjà ses effets sur notre santé

Ce n’est plus une menace lointaine : le rapport Europe 2026 du Lancet Countdown montre que le dérèglement climatique aggrave déjà les décès liés à la chaleur, les risques infectieux et les inégalités sanitaires sur le continent.

Rédigé par , le 23 Apr 2026, à 9 h 50 min
Climat : le rapport « The Lancet Countdown » montre déjà ses effets sur notre santé
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Le défi climatique n’est plus une simple courbe à la hausse sur un graphique, mais une réalité qui touche déjà directement notre quotidien. Le rapport Europe 2026 de l’initiative Lancet Countdown, publié le 22 avril 2026, montre à quel point le dérèglement climatique agit désormais comme une menace sanitaire directe pour les Européens. Réalisé par 65 chercheurs issus de 46 institutions académiques et onusiennes, ce travail suit 43 indicateurs et alerte sur une aggravation rapide des risques pour la santé, tandis que la réponse politique reste encore trop timide.

Des menaces croissantes

Le constat dressé par les scientifiques est particulièrement préoccupant. En 2024, la chaleur aurait causé environ 62.000 décès en Europe, et 99,6 % des régions surveillées enregistrent une hausse des décès attribuables à la chaleur. Dans le même temps, les alertes sanitaires liées aux épisodes de chaleur extrême ont bondi de 318 % entre 2015-2024 et la période 1991-2000. La chaleur n’est donc plus un risque ponctuel ou lointain : elle devient une pression sanitaire structurelle, qui frappe d’abord les nourrissons, les personnes âgées, les malades chroniques et les travailleurs exposés en extérieur.

Au-delà de la chaleur directe, l’Europe fait face à une menace infectieuse croissante. Le réchauffement favorise l’installation de vecteurs comme le moustique tigre et accroît les conditions favorables à la transmission de maladies comme la dengue, le chikungunya ou Zika. Le rapport estime que le risque moyen d’épidémies de dengue a augmenté de 297 % en Europe sur 2015-2024 par rapport à la période de référence 1981-2010. Dans le même temps, la hausse des températures modifie aussi l’exposition aux bactéries marines : la part des littoraux propices aux infections à Vibrio a progressé de 32 % en France et en Italie sur la même décennie récente par rapport à 1980-2010.

Le dérèglement climatique agit aussi plus discrètement, mais tout aussi concrètement, sur la vie quotidienne. Le rapport indique que la saison des pollens dure désormais une à deux semaines de plus qu’au cours des années 1990, ce qui allonge l’exposition des personnes allergiques. En parallèle, les sécheresses et vagues de chaleur aggravent l’insécurité alimentaire. En 2023, plus d’un million de personnes supplémentaires ont été concernées par une insécurité alimentaire liée à ces phénomènes extrêmes par rapport aux décennies précédentes.

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Des inégalités qui se creusent

Le rapport insiste aussi sur l’aggravation des fractures sociales face à la crise climatique. Les ménages modestes sont les plus vulnérables : ils ont 10 % de probabilité en plus d’être confrontés à l’insécurité alimentaire liée aux événements climatiques extrêmes. Les régions économiquement défavorisées cumulent aussi davantage de risques d’incendies et un accès plus limité aux espaces verts, pourtant essentiels pour amortir les effets de la chaleur et préserver la santé mentale comme physique. Le changement climatique ne crée donc pas seulement de nouveaux dangers : il renforce aussi les inégalités déjà existantes.

Une dépendance aux énergies fossiles qui aggrave la crise

Les chercheurs pointent clairement la responsabilité persistante des énergies fossiles dans cette dégradation sanitaire. Malgré les engagements européens de décarbonation, les subventions publiques aux combustibles fossiles ont atteint 444 milliards d’euros en 2023, notamment pour amortir la flambée des prix de l’énergie après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce soutien massif a permis de protéger temporairement les ménages, mais il a aussi prolongé une dépendance énergétique qui nourrit à la fois pollution de l’air, vulnérabilité économique et risques pour la santé.

Le rapport note que cette dépendance reste profondément ancrée dans les transports, le chauffage et plus largement dans l’organisation énergétique du continent. Résultat : les Européens continuent de subir les effets d’un modèle qui expose à la fois aux chocs de prix et à une pollution atmosphérique nocive. Les auteurs appellent donc à replacer la santé au coeur des décisions énergétiques et climatiques, plutôt que de traiter ces sujets comme des dossiers séparés.

Des raisons d’espérer, malgré l’urgence

Malgré ce tableau sombre, les scientifiques soulignent aussi plusieurs évolutions encourageantes. Le recul du charbon en Europe et la montée en puissance des renouvelables montrent qu’une autre trajectoire est possible. En 2024, l’investissement dans les énergies propres a dépassé de 461 % celui dirigé vers les énergies fossiles, avec 427 milliards d’euros contre 76 milliards. Cette transition commence déjà à produire des effets sanitaires mesurables.

Dans l’Union européenne, les décès liés à la pollution de l’air imputable à la production d’électricité ont chuté de 84 % depuis 2000, et ceux liés au transport de 58 %. Autrement dit, la transition énergétique ne se contente pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre : elle sauve aussi des vies, ici et maintenant. Le rapport rappelle ainsi que l’action climatique peut être l’une des plus grandes opportunités sanitaires du siècle, à condition d’accélérer vraiment.

Le message final de cette troisième édition est limpide : la marge de manoeuvre se réduit. Sans sortie plus rapide de la dépendance aux énergies fossiles, sans villes mieux adaptées à la chaleur, sans systèmes de santé mieux préparés et sans protection renforcée des populations vulnérables, le coût humain du dérèglement climatique continuera de grimper. En Europe, la crise climatique n’est plus une menace abstraite. Elle est déjà devenue une question de santé publique.

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