Le sable, une ressource en voie de disparition

Le sable, omniprésent dans notre quotidien, est victime du pillage d’une industrie colossale, toujours plus vorace qui épuise cette ressource à grande vitesse. Éviter la pénurie devient un enjeu environnemental et économique à l’échelle planétaire.

Rédigé par Annabelle Kiéma, le 28 Aug 2020, à 7 h 57 min

Le sable, une ressource victime de trafics

Qui dit surexploitation du sable dit raréfaction et donc prix qui augmentent. Cette surenchère a donné naissance à une mafia du sable, qui sévit particulièrement en Asie.

La mafia du sable

Le continent asiatique vit un rythme de construction vertigineux. La demande en sable y est tellement forte qu’elle a engendré un énorme trafic.
Ainsi en Inde, la mafia du sable est extrêmement puissante. C’est elle qui contrôle tout le secteur de la construction. Chaque année, 2 milliards de tonnes de sable sont exploités illégalement dans le pays pour alimenter le boom de la construction immobilière soit plus de cinq fois la consommation de la France.

Les extraction de sable ont un impact sur la pêche, réduisant les zones de pêches, mais le danger vient surtout du fait que l’on ne connaît point tous les effets à long terme (le sable met des milliers d’années pour se former !) © Dmitry Kalinovsky

Singapour qui poursuit sa frénésie importerait illégalement du sable des pays voisins comme le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie et bien sûr l’Indonésie. Ceux-ci, conscients de l’impact catastrophique de l’exploitation du sable de leurs plages ont officiellement stoppé les échanges. Pourtant, Singapour continue son trafic au travers de dealers et de sociétés fictives, avec la complicité de l’État.

Bien sûr, ce phénomène ne s’arrête pas aux frontières asiatiques. Le problème est mondial : les mafias viennent voler du sable partout. Le pillage du sable touche tous les pays du monde, sur tous les continents.

Au Maroc par exemple, la demande de construction explose. Le pays est devenu l’Eldorado des retraités et est depuis longtemps une destination privilégiée des vacanciers. Et il faut bien loger tout ce petit monde. Aujourd’hui, on estime que la mafia contrôle 45 % du sable des plages marocaines et sénégalaises. De plus, ce sable est bien souvent mal lavé. Il n’est donc pas débarrassé du sodium présent dans l’eau de mer, ce qui rend les constructions vulnérables à la corrosion.

Dans la famille des pays qui risquent le plus de voir disparaitre leurs plages, on compte aussi : le Cap-Vert, le Kenya, la Nouvelle-Zélande et la Jamaïque…

Protéger le sable

L’exploitation des ressources fait l’objet d’actions, d’ordre politique ou privé. On le voit pour l’eau par exemple, même si le chemin est encore long. En revanche, la question du sable n’est jamais à l’ordre du jour chez les plus hautes instances. Pourtant, il est plus qu’urgent de changer nos méthodes de construction afin de nous passer du sable.

 

D’autant plus que des alternatives existent déjà : la paille, la terre, le bois, les matériaux recyclés (dont le béton),  les cendres d’incinération… On a même découvert que le verre, pouvait être à nouveau transformé en sable. Cette piste serait plus qu’intéressante à exploiter pour la construction, d’autant plus qu’¼ du verre jeté n’est jamais recyclé.

Lors de la sortie du rapport Sable et développement durable (Sand and sustainability : Finding new solutions for environmental governance of global sand resources) en mai 2019, Joyce Msuya, Directrice exécutive par intérim de l’ONU Environnement a déclaré : « Nous dépensons notre ‘budget’ de sable plus rapidement que nous ne pouvons le produire de façon responsable. En améliorant la gouvernance des ressources mondiales en sable, nous pouvons mieux gérer cette ressource essentielle de manière durable et démontrer que l’infrastructure et la nature peuvent aller de pair »(1).

Article mis à jour et republié

Illustration bannière : sablier dans le sable – © underworld
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Je fais partie de ce qu’on appelle désormais les « slasheurs » : je suis rédactrice / sophrologue / et j’enseigne le français comme langue...