Greenpeace : ‘L’industrie agro-chimique est devenue idéologique’

Rédigé par Stephen Boucher, le 10 Jun 2015, à 6 h 00 min
Greenpeace : ‘L’industrie agro-chimique est devenue idéologique’
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consoGlobe – Donc, ce dont vous accusez Monsanto, c’est de diffuser de la propagande ?

MC – Oui, ils ont vraiment commencé à adopter un niveau de propagande très virulent et basé sur l’absence de données. « Nourrir la planète » ? Mais il y a 40 % de nourriture qui est gaspillée. Si on fait face au gaspillage alimentaire, on a résolu le problème ! Avec la production actuelle de céréales, on peut nourrir 4 milliards de personnes, si on ne le donnait pas aux animaux.

A Greenpeace, on ne dit pas qu’il faut être forcément végétarien. Moi je mange de la viande bio. Une fois chaque 10 jours. Mes enfants aussi. Je dépense moins d’argent et suis en meilleure santé que celui qui mange de la viande tous les jours. Il ne s’agit donc pas de dire qu’il faut alimenter 4 milliards de personnes avec les céréales.

A Greenpeace, on ne dit pas qu’il faut être forcément végétarien. Moi je mange de la viande bio.

 

Mais dire qu’il faut produire un tiers de céréales de plus pour nourrir les animaux, c’est fou. Les impacts environnementaux sont très importants : voyez aux Etats-Unis ou au Brésil avec les fermes industrielles de 10 à 12, voire 15 milles animaux au même endroit, qui produisent de l’ammoniaque, du méthane. Et malgré ça, les agriculteurs gagnent 2 à 3 cents par litre de lait, c’est aussi un problème social. Et les consommateurs paient au final quand même la viande cher, avec des impacts sur leur santé, c’est clairement documenté, les coûts médicaux sont importants.

Il y a tellement de sujets qu’il faudrait aborder de manière sérieuse, avec des impacts énormes sur la manière de produire et de consommer la nourriture. Et nous à la fin on parle d’une petite quantité de technologies qui sont très favorables pour ceux qui les produisent, c’est-à-dire 5 à 6 entreprises dans le monde. Et qui produisent quoi ? Les 5 premières années, les agriculteurs vont effectivement voir leur vie simplifiée. Mais après ? Les plantes développent une résistance aux herbicides. Même les producteurs d’OGMs le reconnaissent.

Aujourd’hui l’idéologie est du côté de l’industrie agrochimique. Je le constate clairement chez Monsanto et les associations qui les représentent : Europabio, European Seed Association, European Crop Protection Association, CEFIC [NLDR – fédération européenne des industries chimiques], BusinessEurope [NLDR – le MEDEF européen], European Crop Care Association (fédération des producteurs de pesticides). Tous ces lobbies ont leurs propres représentants à Bruxelles, Monsanto a donc 10, 15 associations européennes qui les représentent. C’est très vaste. Et après ils ont leurs agences de relations publiques, type Burson Marsteller. Ensuite viennent les bloggers « scientifiques », comme Mark Lynas, qui, sans pudeur, se prétend « journaliste indépendant », alors qu’il est maintenant payé par la Cornell University.

 Aujourd’hui l’idéologie est du côté de l’industrie agrochimique… Parmi les grandes compagnies, c’est clairement Monsanto qui utilise aujourd’hui les mots les plus rudes, les plus forts, en utilisant une technique de communication plus souple, plus « verte ».

 

Parmi les grandes compagnies, c’est clairement Monsanto qui utilise aujourd’hui les mots les plus rudes, les plus forts, en utilisant une technique de communication plus souple, plus « verte ». Ils parlent d’écologie, de sauver les abeilles, alors que 79 % de ce qu’ils gagnent vient des pesticides ! Les entreprises du secteurs sont fortes en la matière. Je parlais à un vendeur de vin près de Turin récemment qui me disait : « je suis aidé par une compagnie qui fait du bio, Syngenta ». C’est fou, c’est le premier producteur de pesticides au monde, et ils ont réussi à se faire passer pour bio !

consoGlobe – Monsanto fait valoir que les agriculteurs – aux Etats-Unis, au Canada… – qui utilisent leurs semences sont très satisfaits et reviennent d’eux-mêmes les acheter. Si les plantes adventices développent une résistance aux herbicides, pourquoi les agriculteurs continueraient-ils d’utiliser les semences OGMs si cela ne leur apportait effectivement pas des bénéfices ?

MC – Quand on parle d’OGM, on parle de quoi ? On parle de plantes qui résistent aux herbicides, ce sont les deux tiers des semences, et de plantes qui produisent leurs propres toxines, c’est l’autre tiers des ventes. En gros, c’est ça, après 20 années de recherche et développement. Il y a d’autres plantes produites avec d’autres technologies, qui résistent à la salinisation des sols, aux inondations, mais on n’en parle pas. Le succès des OGMs vient de son adéquation avec un système d’agriculture industrielle.

Qui produit les OGMs ? Les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, l’Argentine. C’est une production de type industriel. La moyenne des surfaces cultivées aux Etats-Unis est de 180 hectares par exploitation, en Argentine encore plus. En Europe la moyenne est de 12 hectares. Dans les pays en voie de développement, c’est 1 ou 2 hectares.

Si vous êtes un « agro-businessman » avec 100 ou 200 hectares, vous pouvez jouer sur les économies d’échelle. Donc là vous pouvez acheter des semences plus chères, avec un package semences, plus herbicides, plus machines plus chères, et vous arriverez à la fin de l’année à dégager une petite marge supplémentaire. Mais si vous ne voulez pas une monoculture industrielle, il faut changer de système. Il faut essayer de changer l’agriculture.Il y a des limites dans l’approvisionnement des engrais chimiques et dans la quantité qu’un sol peut accepter.

Le Golfe du Mexique entier est mort d’eutrophisation à cause des engrais chimiques. Il n’y a presque plus de poissons, du fait que les rivières des cinq États qui bordent le Golfe du Mexique y déversent leurs eaux. Et en France, dans deux mois, vous allez voir, on va reparler des algues vertes en Bretagne ! Il faut changer de modèle d’agriculture.

Marco Contiero, Directeur des Politiques agricoles européennes pour Greenpeace. Il est l’auteur de plusieurs rapports et briefings sur les politiques agricoles. Il coordonne le travail de Greenpeace au niveau européen et apporte des conseils légaux et politiques sur les questions agricoles. Il détient un Master en droit environnemental européen de l’Université d’Amsterdam et un Master en droit du commerce international de l’université de Padoue. Avant de coordonner les campagnes agricoles, Marco Contiero a coordonné pendant deux ans le travail politique de Greenpeace sur l’adoption de la réglementation REACH relative aux produits chimiques. Précédemment, Marco a travaillé pour le Bureau Européen de l’Environnement en tant que conseiller légal, après avoir exercé le droit à Padoue.

Illustration bannière : Rainbow Warrior Greenpeace ChameleonsEye / Shutterstock.com
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Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à la Fondation européenne pour le Climat (European Climate Foundation), où il était responsable des...

5 commentaires Donnez votre avis
  1. De toute façon, avec Greepeace ou avec n’importe quel autre combattant pour la santé de l’être humain, ne pourront absolument rien faire…… même nos gouvt, qui vivent à crédit et qui sont endettés jusqu’aux cheveux, plient le dos devant tous ces empoisonneurs qui EUX, en faisant des milliers de milliards en empoisonnent le monde entier continuent à faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent !!!! c’est à NOUS, consommateurs, de commencer à n’acheter que des choses qui ne contiennent aucun OGM, qui ne contiennent pas d’huile de palme, qui ne contiennent pas de gluten, etc. etc. ainsi que tous ces pesticides, fongicides, herbicides, et j’en passe qui arrivent jusque dans nos assiettes…….. et tant que nous ne cesserons pas d’acheter toutes ces cochonneries et que TOUS les agriculteurs, céréaliers, éleveurs ne cesseront pas d’empoisonner la terre, l’eau, l’air et tout le reste, on ira vraiment à l’encontre de la fin du genre humain dans très peu de temps !!!

    • Personnellement je dirais que l’industrie agro-chimique est devenue complètement cinglée !!!!!!

  2. Cet article a au moins le mérite de présenter toute l’idéologie de greenpeace….
    Et elle montre que greenpeace n’a toujours rien compris à l’agriculture, à la biologie (ce qui n’est pas étonnant, ils n’ont aucun spécialistes dans ces domaines).
    Une seule phrase pour illustrer cela :
    MC dit : … »On parle de plantes qui résistent aux herbicides, ce sont les deux tiers des semences, et de plantes qui produisent leurs propres toxines »
    1) ceux qui savent parlent non pas de résistances aux herbicides mais de tolérance…. erreur de compréhension même du concept de base pour les herbicides
    2) tous les organismes vivants produisent leurs propres toxines (y compris l’homme) vis à vis de tel ou tel prédateur. C’est donc encore un concept biologique non compris, mal assimilé. Ce qui est fait, c’est, une fois de plus, de copier la nature… c’est d’ajouter une toxine que la plante ne possède pas déjà dans sa panoplie.

    Sur le glyphosate, on pourrait dire mille choses… mais MC révèle là encore, avec cet exemple, le schéma de pensée qui est fourré dans la tête des gens à l’insu de leur plein gré. OK, le glyphosate est classé 2A par le CIRC, c’est à dire qu’il est suspecté d’être un cancérogène probable (au passage, si on faisait le même genre de test avec n’importe quelle molécule en concentration importante -pratiquement à l’état pur-, on est sûr d’arriver aux mêmes conclusions (même avec du sucre ou du sel de cuisine) mais la suite du discours passe de risque probable à risque avéré…. et hop, tout le monde est berné !
    On peut dire sans se tromper que la seule activité humaine dont le risque est toujours = 0 concerne les OGM !
    Depuis près de 20 années de cultures sur des surfaces conséquentes, il est impossible de leur attribuer un seul dommage. (dans le même temps, le nombre d’accidents et de décès liés à l’agriculture biologique est considérable, rien qu’une cinquantaine pour l’affaire appelée des « concombres » allemands en 2011).
    MC se garde bien également de préciser que Stephen Tindall, responsable de greenpeace UK vient d’en démissionner car il a (enfin) compris que les OGM ne sont que des variétés comme toutes les autres et donc pas plus dangereuses (a priori) que toutes les autres (et de fait, elles le sont moins compte tenu de l’évaluation qui ne est faite). Mark Lynas est cité également, le José Bové de l’UK, qui a démissionné également de son mouvement après avoir étudié sérieusement les bases scientifiques biologiques (lacunes graves de greenpeace et autres ONG antis, discours idéologique permanent) a compris l’utilité des PGM et le fait que l’agriculture mondiale ne pourra se passer des biotechnologies (dont font partie les OGM !).
    Il faudrait que greenpeace et les ONG diverses écoloverdâtres finissent par comprendre ce qu’est l’écologie, la vraie, des concepts élémentaires de biologie et comprennent que l’homme sera toujours obligé de créer de nouvelles variétés !
    Il faudrait que greenpeace arrive à comprendre et réaliser que les PGM ont un meilleur quotient d’impact environnemental que les variétés conventionnelles y compris celles cultivées selon le mode bio !
    Il faudrait que greenpeace arrive à comprendre que de plus en plus de pays adoptent les PGM alors qu’ils y étaient hostiles (y compris l’UK). La Chine s’y lance à fond … plus de 50 plantes alimentaires sont GM.
    La transgénèse n’est qu’un outil supplémentaire dans la panoplie du sélectionneur pour obtenir de nouvelles variétés. Cette technique appliquée à l’amélioration des plantes ne provoque pas ipso facto quelque chose de dangereux comme semble le croire greenpeace et l’inculque à ses disciples ! Bien d’autres techniques (NBT dont la biologie de synthèse) sont en cours d’utilisation pour créer de nouvelles variétés et pour l’instant, pour chacune d’entre elles on n’a certes pas le recul que l’on a maintenant avec la transgénèse !
    Bref, greenpeace est un mouvement anti-progrès et soutient l’obscurantisme grandissant en France notamment, tuant toute innovation dont nous aurions tant besoin, préférant appliquer un principe de précaution mal compris et qui, pour eux, consiste à ne rien faire !

  3. Et pour quelques dollars de plus…. Ils sont prêts à saborder la planète, la santé des populations, l’avenir de la vie sur terre! Il est temps de mettre fin à ces pratiques que l’on sait maintenant dévastatrices et qui ont déjà envahi presque toute la planète. Il faut du courage a ceux qui sont en première ligne, pour dénoncer cela et changer les législations, mais ce sera très long, trop long!

  4. Un grand merci pour cet article qui est clair et bien traité !
    Continuons tous ensemble pour la planète et le vivant qui le peuple !

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