Décimées par un virus mortel, les étoiles de mer se sont adaptées génétiquement

Depuis plusieurs années, une maladie épidémique mortelle fait des ravages chez plusieurs espèces d’étoiles de mer, plus particulièrement sur la côte ouest de l’Amérique. Heureusement, les chercheurs ont observé une amélioration ces derniers temps et les populations se reconstituent…

Rédigé par Séverine Bascot, le 27 Jun 2018, à 9 h 10 min

On l’appelle le syndrome de dépérissement de l’étoile de mer et il a quasiment anéanti la population d’étoiles de mer le long de la côte Pacifique des États-Unis, de l’Alaska jusqu’au sud de la Californie. Récemment, des scientifiques ont découvert des millions d’étoiles de mer là où l’on n’en trouvait plus une pendant des années.

Un ralentissement du syndrome de dépérissement de l’étoile de mer

Il s’agit de l’une des pires épidémies marines jamais signalée, qui depuis 2013, touche au moins 10 espèces d’étoiles de mer et a provoqué la disparition d’au moins 95 % de la population dans certaines régions. Les scientifiques ont longtemps cherché la cause de  cette maladie qui a laissé des millions d’étoiles de mer mortes, notamment les Pisaster ochraceus.

Une maladie mortelle fulgurante

Au départ de l’infection, des lésions superficielles blanches apparaissent et s’étendent. Le corps de l’animal se ramollit et ses bras rampent dans des directions opposées jusqu’à s’arracher un par un. Malade et sans membres, l’étoile de mer finit par succomber en quelques jours, en se dissolvant complètement en un gel blanc gélatineux.

Observez des étoiles de mer touchées par le syndrome de dépérissement sur la vidéo suivante

Les chercheurs ont conclut qu’il s’agissait du « Sea Star associated Densovirus » déjà actif depuis plus de 70 ans, et qui aurait déjà causé la mort de millions d’échinodermes dans les années 40,  80, puis en 1990. Pour justifier cette hécatombe, les scientifiques ont avancé plusieurs hypothèses :

  • le changement climatique
  • l’acidification des océans
  • le déversement d’un agent pathogène par un bateau
  • le rayonnement des débris de Fukushima

Cette épidémie aurait débuté en 2012 et était bien plus importante que les précédentes.

Enfin, un ralentissement notoire du syndrome

Les étoiles de mer sont des espèces écologiquement importantes : en se nourrissant de moules, elles permettent d’en contrôler les populations qui, si elles croissent trop, peuvent évincer d’autres espèces marémotrices.

Découvrez sur cette vidéo, l’effet dévastateur du syndrome de dépérissement de l’étoile de mer sur l’île Hutt en Colombie-Britannique, Canada

Le 26 décembre dernier, Darryl Deleske, aquariste au Cabrillo Marine Aquarium de San Pedro, où certains bassins d’étoiles de mer ont été contaminés, a déclaré au Orange County Register : « Elles reviennent en force ! La différence est énorme… Il y a quelques années, vous n’en trouveriez pas. J’ai plongé jusqu’au Canada à la recherche d’étoiles de mer, et n’en ai pas trouvé une seule ».(1)

L’évolution génétique et sélection naturelle auraient sauvé les étoiles de mer

Dans une nouvelle étude rapportée sur National Academy of Sciences, des chercheurs affirment qu’il s’agit d’un exemple d’évolution en action : l’espèce semble avoir développé une résistance génétique à un virus qui la décimait. Après le pic de l’épidémie, le nombre de juvéniles survivants parmi les étoiles ocres ou Pisaster ochraceus, l’une des espèces les plus durement touchées par la maladie, a été multiplié par 74(2).

Les scientifiques ont comparé l’ADN des étoiles de mer avant et après l’épidémie et ils ont constaté que les juvéniles qui subsistent dans les écosystèmes côtiers partagent aujourd’hui un gène résistant au virus, suggérant que le virus a catalysé un processus de sélection naturelle.

« Lorsque vous en avez éliminé tout un tas, vous avez déplacé toute la diversité génétique de cette population », a déclaré Chris Mah, chercheur à la Smithsonian Institution et expert en étoiles de mer. « En d’autres termes, rapporté à l’échelle humaine, si on effaçait un énorme partie de l’espèce, on changerait la composition génétique des humains ».

Illustration bannière : Pisaster ochraceus – © SNC Art and More
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