Emmanuel Macron annonce une Chambre du Futur : une avancée pour les générations futures ?

Devant les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles, lundi 3 juillet, Emmanuel Macron a annoncé son souhait d’établir une “Chambre du Futur”, une assemblée destinée à veiller au long terme dans les politiques de l’État, notamment pour des enjeux tels que la protection du climat. Une excellente idée, mais dont la mise en oeuvre requiert certaines garanties pour réussir.

Rédigé par Stephen Boucher, le 4 Jul 2017, à 7 h 40 min

Lever le nez du guidon, telle est l’ambition de cette “Chambre du Futur” annoncée par le Président français hier, pour reprendre une image familière des adeptes du Tour de France : on ne gouverne bien que comme un cycliste, pas seulement en évitant les nids de poule immédiatement devant soi, mais surtout en voyant loin pour bien prendre les prochains virages. Mais l’histoire des tentatives de chambre législative du long terme montre qu’une pincée de réflexion prospective ne suffit pas forcément à mieux gouverner.

Cette Chambre du Futur remplacerait le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) dans sa forme actuelle. Le CESE – 233 représentants de la société civile se réunissant deux fois par mois pour remettre des avis sur les projets de loi – a perdu sa vocation de créer “un trait d’union, fait de dialogue constructif et de propositions suivies d’effets“, estime le président de la République. Pour que cette troisième chambre législative fasse vraiment entrer les générations futures dans les débats législatifs et influence les décisions du gouvernement, il faut faire en sorte qu’elle puisse forcer parlementaires et ministres à prendre les effets de leurs politiques sur le long terme en considération, et donc faire plus que remettre des avis consultatifs, comme le faisait le CESE.

La Chambre du Futur pourrait nous aider à sortir du court termisme

On reproche souvent à nos dirigeants de ne pas suffisamment s’attacher aux enjeux de long-terme, ni de voir plus loin que le bout de leur mandat électoral. Changement climatique, gestion des ressources naturelles minérales, énergétiques ou des écosystèmes… Trop souvent les enjeux affectant les générations futures sont négligés au profit des solutions rapides, des “quick fixes“, comme on les nomme en anglais, des expédients négligeant les conséquences à terme.

L’idée de compléter le travail des représentants du peuple par des moyens d’anticipation n’est pas nouvelle ni française. C’est ainsi que, dès 1973, la Suède créait un secrétariat d’État pour les études sur le futur, et qu’en 1993 la Finlande mettait sur pied une Commission pour le futur au sein de son parlement. Les députés y siégeant consultent citoyens et experts sur des sujets d’avenir, permettant par exemple d’identifier les domaines d’innovation technologique sur lequel le pays souhaite s’investir.

La Chambre du Futur, pas que pour les enjeux environnementaux

Plus récemment, la Suède a même nommé une “Ministre du Futur”, dont la mission, explique-t-elle, était “d’identifier par quelles mesures opérer la transition vers un monde sans énergies fossiles, comment faire face au chômage et promouvoir l’égalité entre les personnes face à la robotisation, de la digitalisation et du nouveau cadre géopolitique“, comme l’explique l’ex-Ministre, Kristina Persson, dans le Petit manuel de créativité politique. Cette approche a toutefois dérangé, obligeant les ministres à travailler ensemble, et au-delà des priorités immédiates, montrant la difficulté de l’exercice. La ministre a d’ailleurs été remerciée en 2016.

C’est d’ailleurs là l’un des enjeux essentiels derrière le défi de l’anticipation : non seulement permettre la gestion d’enjeux dont les effets se déploient sur le long terme – typiquement les questions environnementales – mais aussi de travailler différemment, en abordant ces sujets de manière globale, systémique. La Chambre du Futur évoquée par Emmanuel Macron, si elle est encore floue dans sa forme, pourrait donc avoir un potentiel disruptif dans la manière de gouverner le pays. À condition de s’en donner les moyens.

Chambre du Futur : la patte de la Fondation de Nicolas Hulot

Derrière la Chambre du Futur, on notera une idée promue depuis plusieurs années par la Fondation pour l’Homme et la Nature, fondée par Nicolas Hulot, et défendue par le philosophe Dominique Bourg en son sein. La FNH se félicite donc de cette annonce, tout en demandant au président Macron de préciser son annonce.

Emmanuel Macron chambre du futur

Emmanuel Macron a annoncé le remplacement du CESE par une “Chambre du Futur” aux contours à préciser, lundi 3 juillet 2017 face aux parlementaires français

Floran Augagneur, conseiller scientifique de la FNH, insiste notamment : “La Chambre du futur ne doit se résumer à favoriser le dialogue entre société civile et gouvernement. Ce que nous souhaitons c’est bien une véritable assemblée du long terme ayant le pouvoir d’imposer, dans la fabrication de la loi, la prise en compte des évolutions climatiques et écologiques“.

La FNH souligne par ailleurs les trois facteurs-clés de succès qu’elle a identifiés dans ses travaux de réflexion sur le sujet. Selon la fondation, la Chambre du Futur, pour imprimer sa marque sur les lois, doit disposer des pouvoirs suivants :

  1. Un pouvoir d’initiative spéciale sur les grands projets liés aux questions de long terme.
  2. Un droit de veto suspensif lui permettant de contraindre le Parlement à réexaminer un projet de loi quand elle estime que les intérêts du long terme sont compromis.
  3. Une composition offrant des perspectives renouvelées sur les enjeux politiques en discussion. La FNH recommande ainsi que la Chambre du futur soit composée “de deux collèges tirés au sort : un collège de scientifiques et de personnes reconnues pour leurs compétences environnementales et un collège de citoyens“.

La FNH espère par ailleurs que sera adjoint à cette Chambre du Futur une cellule d’experts qui offre une veille sur l’état des connaissances relatives aux ressources, à la biosphère et ses mécanismes régulateurs sur le plan international, ainsi que des réflexions sur les grands enjeux du futur.

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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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