Cruselita, des bijoux haut de gamme qui ont du sens

Rédigé par Consoglobe, le 10 Dec 2009, à 11 h 14 min

“Bijoux éthiques”, “bijoux équitables”, “bijoux écolo”… on en entend de plus en plus parler, sans pour autant toujours savoir ce qu’il y a vraiment derrière. Comment reconnaître un bijoux véritablement issu d’une démarche éthique globale ? Les valeurs du commerce équitable ne sont-elles pas quelque peu galvaudées ?

Des questions légitimes auxquelles a bien voulu répondre Emeric Creuse, un des 2 créateurs de la marque de bijoux et accessoires éthiques issus de l’art africain : Cruselita.

Developpement durable articleEmeric Creuse et Karine Rodriguez, fondateurs de Cruselita

consoGlobe : comment reconnaître un véritable bijou éthique dans la mesure où ce terme est employé à tout va, sans législation il me semble ?
Emeric Creuse : Effectivement, à ma connaissance il n’y pas de législation statuant sur ce qu’est un « bijou éthique ». En même temps ce n’est pas vraiment une surprise car au sens large l’éthique – étymologiquement la « science morale » – se donne communément comme but d’indiquer comment les êtres humains doivent se comporter, agir et être, entre eux et envers ce qui les entoure en répondant à la question « comment agir au mieux ? ». La notion d’éthique revêt différentes formes selon l’objet, par exemple la bioéthique, l’éthique des affaires … et la mode éthique !
En conséquence je crois que bien qu’établies sur des valeurs communes il y a différentes approches et démarches pertinentes qui aboutissent à un bijou éthique.

A quand remontent les premières collections de bijoux Cruselita ?

Nos premières collections ont été présentées en septembre 2006. Les créateurs de la marque Karine Rodriguez et moi-même, respectivement fondatrice du premier concept store équitable « l’arbre du voyageur » et fondateur de Fuzion, société créatrice de filières équitables artisanales avec des groupements d’artisans en Afrique, avions envie de dépasser cette démarche sociale en introduisant une réflexion et une action sur les impacts environnementaux de nos activités. Le « corner Cruselita » était né, avec des bijoux créatifs fabriqués équitablement à la main et dans le respect de l’environnement.

Developpement durable articleBijoux Cruselita en coton crocheté et corne de Zébu

Existe-t-il des certifications garantissant que leur production respecte les principes du commerce équitable ?
Oui : du coté des producteurs il existe des organisations au niveau local et international qui ont mis en place des cahiers des charges précis. On peut citer par exemple WFTO* dont certains groupes de producteurs avec qui nous travaillons sont membres. Au niveau des distributeurs et des marques au Nord il existe aussi des structures et des associations équivalentes. En France, la Plateforme pour le commerce équitable (PFCE) est la plus connue. Nous avons participé à plusieurs workshop sur la certification de l’artisanat avec différentes structures, organisations et associations dont la PFCE, Ecocert, ou Minga mais le constat à ce jour est qu’au niveau de l’artisanat, la diversité et la multiplicité des contextes d’un groupe de producteurs à l’autre rendent très difficiles la normalisation de la production de bijoux « éthiques ».

Qu’en est-il actuellement de votre côté ? Quelles garanties en matière de commerce équitable nous apportez-vous ?
A Madagascar il existe très peu de groupes d’artisans certifiés et nous sommes intégrateurs de nos filières. Les artisans extrêmement défavorisés avec lesquels nous travaillons n’ont ni connaissance ni accès à ce type de structure. Ils n’ont même aucune idée de ce qu’est le commerce équitable ! Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une vision occidentale. Aujourd’hui ils savent concrètement ce que cela signifie car ils ont constaté les changements dans leur vie. Nous choisissons un groupe d’artisans pour son savoir-faire, sa capacité à progresser et travaillons selon les critères équitables en fonction de leurs besoins. Cruselita a choisi de créer et d’inventer avec eux des collections de bijoux et des gammes d’accessoires haut de gamme qui soient en adéquation avec la demande du marché occidental. Ce positionnement nous permet de nous affranchir dans une certaine mesure de la problématique du prix et de la concurrence. Et à fortiori bien rémunérer les producteurs n’est plus du tout un souci. En contre partie nous sommes particulièrement exigeants en terme de méthodologie de travail et de contrôle qualité. Nous participons ainsi à la professionnalisation des artisans et à la structuration du milieu local.

Developpement durable article Bijoux Cruselita en corne de Zébu

Nous avons toujours été en contact direct et étroit avec les groupements d’artisans avec qui nous travaillons. Par exemple l’atelier qui produit nos bijoux en corne est celui qui produisait déjà en 2003 les couverts à salade et l’art de la table proposé par Fuzion. A chacune de nos rencontres nous pouvons constater les améliorations de niveau de vie grâce à notre collaboration. Notre démarche est sans cesse en progression.
Par ailleurs, Cruselita est membre fondateur de l’association Acteurs de la Mode éthique (AME) **. Pour devenir membre il y a des critères développement durable à respecter et un audit croisé est réalisé. Lors de nos réunions, nous échangeons entre autres sur les bonnes pratiques transférables, nous partageons nos expériences et faisons intervenir différents acteurs externes qui enrichissent et questionnent nos démarches éthiques.

Les distributeurs étrangers sont-ils plus exigeants au niveau des certifications de vos bijoux ?
Une partie importante de notre chiffre d’affaire est réalisé à l’export essentiellement en Europe et au Japon. Lorsque nous présentons nos collections sur les salons professionnels, dans la majorité des cas c’est avant tout le produit qui va déclencher l’acte d’achat. Que nos productions soient éthiques est un plus.

Et envisagez-vous dans les mois à venir d’entrer dans une démarche de labellisation privée type Max Havelaar ?
Oui pourquoi pas. Mais pour le moment pour l’artisanat il n’y a pas grand chose de concret. Se poserait aussi la question du financement de cette labellisation…

Developpement durable articlePhoto : Olivier Chauvignat

Qui sont les artisans avec qui vous travaillez ?
Même si nous travaillons et avons travaillé avec des groupes d’artisans au Niger, au Rwanda au Burkina Faso, prenons l’exemple de Madagascar. Il faut savoir que plus de 20 % de la population malgache vit de l’artisanat et que ce secteur représente entre 15 et 20 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Le secteur artisanal est très informel et socialement l’artisan peu ou mal reconnu. Ainsi la grande majorité des artisans n’ont pas de statut juridique et au-delà des problèmes de fonctionnement qui en découlent et le manque de soutien de l’Etat se pose la question cruciale de leur reconnaissance au sein de leur société et de leur culture. La plupart des artisans vivent au jour le jour et leur futur se résume au lendemain. Cruselita a choisi de travailler avec ces groupes particulièrement défavorisés mais au savoir-faire étonnant.

Developpement durable articleBijoux Cruselita, collection Récup’

La première rencontre avec les artisans s’est faite dans la rue ou sur un marché artisanal où ils vendaient leur production. Ensuite la structuration de la filière et la mise en oeuvre du partenariat sont longues. Mettre en adéquation le fonctionnement et la mentalité de groupes sociaux qui vivent au quotidien et les contraintes commerciales et la qualité des produits exigés par les marchés occidentaux n’est pas simple. La confiance vient au fil de l’eau mais en général nous sommes toujours aussi surpris de constater l’enthousiasme et la volonté de s’améliorer des artisans. De notre coté nous respectons dans nos procédures les contraintes culturelles locales. Nous professionnalisons ces groupes en les formant à la gestion, au calcul du prix juste d’un produit, à la lecture de nos fiches techniques aux achats de matières premières, aux logiciels informatiques de base et à l’utilisation d’internet, au respect des délais de livraison et au contrôle qualité, à la facturation, etc.

Et comment sont-ils rémunérés ? Travaillent-ils uniquement pour vous ?
En général nous calculons ensemble le prix du produit qui permet à l’artisan de rémunérer correctement son travail. En effet il faut savoir que souvent les artisans ne savent pas calculer le prix d’un produit car ils ne valorisent pas ou trop peu suffisamment leur main d’oeuvre. Un autre point étonnant chez les artisans à Madagascar c’est qu’au début le prix annoncé au détail est souvent moins élevé que le prix de gros ! Nous avons ainsi mis en place la notion de « panier moyen journalier » indexé sur le cout réel de la vie et régulièrement réactualisé. Le principe est d’estimer le besoin financier qu’à un foyer de 4 personnes pour se nourrir normalement. Un artisan qui travaille une journée doit être capable avec notre rémunération de répondre à ce besoin, de financer la scolarisation de ses enfants et de pouvoir épargner. Ensuite quand la structuration juridique (coopérative, association, structure familiale, entreprises …) et organisationnelle (gestion comptable, compte en banque…) sont suffisamment avancées nous mettons en place des systèmes de mutuelles santé et de microcrédit.

Developpement durable articlePhoto : Olivier Chauvignat

Par exemple, l’atelier de corne emploie une vingtaine de personnes et nos achats représentent entre 30 et 40 % de son chiffre d’affaire annuelle. Pour la collection récup’ nous subvenons au besoin d’une trentaine de familles aujourd’hui structurée en association : nos commandes sont redistribuées à ces familles.

 Lire la suite de l’interview d’Emeric Creuse

* WFTO (World Fair Trade Organization) est un réseau mondial de commerce équitable, qui agit comme une plateforme et regroupe 350 structures dans 70 pays (producteurs, ONG, distributeurs…) Pour en savoir plus : www.wfto.com.
** Collectif créé en 2006 qui fédère aujourd’hui 10 marques : Veja, Ideo, Ethos, Tudo Bom, Althéane, Numanu, Envao, Peau-Ethique, Kolam et Cruselita.

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