Crevettes d’élevage : des yeux arrachés à vif pour produire toujours plus

L’ONG ICAW révèle les pratiques brutales infligées aux crevettes d’élevage vendues en France : arrachage des yeux sans anesthésie et abattage sans étourdissement.

Rédigé par , le 19 Oct 2026, à 10 h 15 min
Crevettes d’élevage : des yeux arrachés à vif pour produire toujours plus
Précédent

Chaque semaine, des millions de Français achètent des crevettes sans se douter des souffrances infligées à ces animaux. Arrachage des yeux, agonie prolongée : l’ONG américaine ICAW a publié un rapport accablant sur les pratiques de l’élevage intensif. En octobre 2026, l’organisation a interpelé directement la grande distribution française, qui consomme entre 6 et 9 milliards de crevettes par an, en tête des consommateurs européens.

Ce que vous ignorez sur les crevettes que vous consommez

Derrière l’apparence anodine des crevettes, deux pratiques qualifiées de cruelles par l’ONG ICAW se cachent. La première, l’épédonculation, consiste à mutiler les femelles pour augmenter leur production d’oeufs. La seconde concerne l’abattage sans étourdissement préalable.

L’épédonculation implique de sectionner un ou deux pédoncules oculaires des crevettes femelles sans anesthésie, afin de perturber leur système hormonal et accroître leur production d’oeufs. Cette méthode est largement utilisée dans les écloseries d’Amérique latine et d’Asie, principales sources des crevettes vendues en France.

Plonger les crevettes vivantes dans de la glace est la méthode standard d’abattage, censée provoquer une mort rapide. Mais, selon l’ICAW, ce procédé est inefficace dans les conditions industrielles, entraînant une agonie prolongée voire une suffocation pure. Aucun protocole d’étourdissement électrique n’est majoritairement en place.

440 milliards de crevettes abattues chaque année

Chaque année, 440 milliards de crevettes sont abattues, ce qui en fait les animaux les plus élevés en captivité, surpassant poissons et poulets. Leur sort reste pourtant largement ignoré dans les débats sur le bien-être animal, bien que depuis 2005, l’Autorité européenne de sécurité des aliments reconnaisse la capacité des crustacés à ressentir la douleur.

La France est le plus gros consommateur de crevettes par habitant en Europe, avec 6 milliards d’unités consommées chaque année. Sur ces volumes, 70 % proviennent de l’élevage intensif en Équateur, Venezuela, Inde et Madagascar. Chaque achat de crevettes contribue à maintenir ces pratiques.

Crevettes crues entières sur un lit de glace au rayon poissonnerie d'un supermarché.

Les conditions d’élevage des crevettes interrogent les engagements des distributeurs.

Quels distributeurs s’engagent vraiment ?

Quatre distributeurs ont pris des engagements concrets pour éliminer l’épédonculation et imposer l’étourdissement électrique. Intermarché, U, Auchan et Aldi visent 2030 pour les trois premiers et 2035 pour Aldi. Ces engagements couvrent l’ensemble de leurs offres, envoyant un signal fort aux producteurs.

Carrefour, Casino et Lidl bannissent l’épédonculation mais n’ont pas de position claire sur l’étourdissement. Carrefour travaille à sa mise en oeuvre dès 2027 pour ses marques propres, tandis que Grand Frais s’approvisionne à 90 % auprès de fournisseurs évitant l’épédonculation, évoquant cependant des contraintes techniques.

E.Leclerc ne prend aucun engagement sur l’épédonculation ou l’étourdissement électrique. Selon le rapport ICAW, 50 % du marché français reste couvert par des distributeurs sans engagement ou avec des engagements partiels au 1er octobre 2026.


À lire aussi
Protection des crustacés : les mesures adoptées par la Suisse



Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Bonjour
    Au sujet des yeux arraché aux crevettes, cette pratique se faut t elle aussi en Élevage Biologique ???
    Merci de votre réponse, c’est important dans la famille nous mangeons tous pas mal de crevettes mais BIO

Moi aussi je donne mon avis