Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le crabe tourteau

La biodiversité ne se décline pas qu’à travers les espèce en danger : toutes sont concernées. Ainsi le crabe tourteau se retrouve bien dans le panier de cette biodiversité ordinaire dont on parle peu et qui pourtant mérite aussi notre attention. Après tout faut-il vraiment attendre qu’une espèce soit en voie d’extinction pour s’y intéresser ?

Rédigé par Julien Hoffmann, le 8 Jul 2020, à 17 h 35 min

Il existe plus de 7.000 espèces de crabes dans le monde dont une bonne centaine évoluent dans les eaux françaises. La classification scientifique du vivant étant complexe et encore en pleine évolution, il est compliqué de donner un nombre exact ! Toujours est-il que le crabe tourteau, qui regroupe plusieurs espèces mais dont nous ne prendrons ici que la plus commune (Cancer pagurus), est plus connu sous la fourchette que sous la loupe. Redressons ce tort ensemble et découvrons dans la famille biodiversité ordinaire, une espèce bien présente dans nos eaux

Le crabe tourteau, aussi appelé crabe dormeur

Le crabe tourteau peut atteindre les 30 ans même si la chose devient de plus en plus rare, les individus âgés étant pêchés pratiquement partout. Chez ce crabe, ce sont les mâles qui sont plus petits que les femelles, même si c’est eux qui ont les plus grosses pinces.

crabe tourteau

Crabe tourteau Cancer pagurus dans la force de l’âge © davemhuntphotography

Si ce crabe est tellement pêché c’est aussi parce qu’il est relativement ubiquiste (on le trouve un peu partout) et qu’il est bien présent sur toute la face Atlantique de l’Europe de la Norvège jusqu’au Maroc et le tout jusqu’à 200 mètres de profondeur.

Pour le reste, on en sait paradoxalement peu sur le mode de fonctionnement général de ce crabe alors même que nous le consommons énormément. Ses larves sont planctonivores et les adultes sont détritivores ce qui positionne l’espèce a un étage essentiel des écosystèmes marins !

Particularités du crabe

Le crabe tourteau est également appelé « crabe dormeur » sans pour autant que tout le monde se mette d’accord sur l’origine de ce sobriquet.

Ce serait soit parce qu’il a tendance à rester immobile toute la journée, attendant la nuit pour se mettre en activité (recherche alimentaire, reproduction, etc.), soit parce que, quand on le manipule, il se met systématiquement dans la même position. Repliant toutes ses pattes et ses pinces sous son corps, il reste alors immobile comme s’il dormait…

Ce crabe a également besoin de muer, c’est-à-dire de remplacer sa carapace une fois qu’il n’y a plus assez de place dedans pour lui. Si le moment est risqué et peut causer la mort de l’animal, il est surtout étonnant.

Se débarrassant de sa carapace, le crabe se gonfle d’eau pour gagner au maximum en volume. Avec le temps, il remplacera cette eau par ses organes alors que la chitine aura eu le temps de se solidifier pour former une nouvelle carapace le tout sur un processus qui peut durer jusqu’à trois mois.

Statut actuel de l’espèce

L’espèce n’est protégée à aucun titre que ce soit même si l’évolution des effectifs est surveillée et réglementée notamment dans le cadre de la pêche artisanale, semi-artisanale et industrielle.
Il a été localement démontré que l’espèce pouvait régresser quand les quotas et techniques de pêches adéquates ne sont pas respectées.

Les menaces qui planent sur le crabe

Les attitudes de consommateurs

La pêche au crabe prélève plusieurs dizaines de milliers de tonnes de spécimens par an ce qui n’est pas forcément un problème tant que la réglementation est respectée (dates, volume, sélection de la taille des spécimens, etc.).

crabe tourteau

Pêche traditionnelle au casier © Trygve Finkelsen

Mais le marché et les habitudes de consommation peuvent évoluer rapidement. On voit ainsi de plus en plus de demande quant aux seules pinces des crabes et non aux tourteaux entiers ce qui peut provoquer une augmentation de la demande.

La destruction de son milieu

La pêche au chalut raclant les fonds marins permet au crabe de trouver plus de nourriture dans un premier temps dans la mesure où ce dernier est détritivore. Mais l’effet ne dure qu’un temps et une fois le milieu détruit… la pitance est maigre !

Les pollutions

Comme pour beaucoup d’espèces qui n’ont pas de problématiques spécifiques au niveau de leur effectifs et de leur protection, le crabe Cancer pagurus n’est pas particulièrement étudié. Les menaces qui pèsent sur lui sont donc peu ou mal connues.

Il parait cependant fort probable qu’il soit sensible à diverses pollutions diffuses comme celles aux perturbateurs endocriniens dans la mesure où son métabolisme « devrait » y être très sensible.

Il en va de même de la pollution lumineuse notamment dans les ports ou sur les fronts de mer, qui ferait fuir l’animal qui y est très sensible.

Comment aider le crabe tourteau

Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage est essentiel. Si vous habitez près d’un littoral, n’hésitez pas à vous rapprocher d’une association locale.

Partant également du principe que la plus grosse menace qui peut peser sur lui est la pêche, consommez-en avec modération et, surtout, exigez de savoir comment et quand le crabe tourteau que vous commandez a été pêché.

crabe tourteau

Du panier à l’assiette, une histoire à suivre ! © Sandra Carvalho

Enfin, au-delà des crabes ce sont les mers et les océans en entier qu’il convient de protéger. Pour le faire efficacement il faut être en mesure de peser sur les politiques publiques nationales et internationales. Vous pouvez ainsi rejoindre de grands organismes dédiés à cette cause tel que SeaShepherd par exemple.

Illustration bannière : Crabe venant faire ses courses sur la plage à marée basse © Alex Stemme
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...




Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis