Connaissez-vous le Desman des Pyrénées, ce rongeur bien de chez nous et bien menacé ?

Personne -ou si peu – n’ a jamais entendu du rat-trompette ou Desman des Pyrénées en France, et pourtant il compte parmi nos espèces endémiques ! Et aujourd’hui, 60% des effectifs de cette espèce ont disparu en seulement 25 ans – dans l’indifférence générale -, alors même qu’il est unique et symbolique des milieux semi-aquatiques sa région. Zoom sur cette espèce d’importance pour la biodiversité en France, qui fait face à des menaces immensément plus grandes qu’elle.

Rédigé par Julien Hoffmann, le 3 Feb 2020, à 8 h 00 min

De la famille des talpidés, vous aurez compris donc de la même famille que les taupes, le rat-Trompette ou Desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus subsp. Pyrenaicus), est un petit insectivore semi-aquatique bien de chez nous avec un petit accent espagnol. Mais malheureusement comme pour beaucoup – trop – d’espèces, ses populations s’effondrent pour plusieurs raisons.

Desman des Pyrénées – Les raisons du déclin du rat trompette

Comme pour toutes les espèces en difficulté, la première chose à faire est d’en apprendre plus… Beaucoup plus et sur l’espèce elle-même (biologie, régime alimentaire, comportement, historique, etc.) et sur les raisons de son déclin.

Le Conservatoire d’Espaces Naturels de Midi-Pyrénées (CEN) a en ce sens joué un rôle crucial en pilotant le projet européen Life Desman, qui a permis de savoir exactement quelles sont les problématiques auxquelles l’espèce doit faire face.

Le rat trompette, espèce emblématique des milieux semi-aquatiques des Pyrénées © Gérard Monge / life desman

Dérangement de ses lieux de vie

Comme pour la grande majorité des animaux sauvages, les activités humaines ont un impact négatif sur la capacité de celles-ci à continuer à prospérer.

Aménagements hydrauliques

Les Desman des Pyrénées ne dérogent pas à la règle avec des bouleversements de ses lieux de vie dus notamment aux différents aménagements hydrauliques qui modifient à la fois la sédimentation des rivières et torrents qu’ils fréquentent et le débit de ceux-ci.

Ces aménagements limitent à la fois la capacité du Desman à trouver des lieux de gîtes et de reproduction, mais aussi la disponibilité en nourriture : ses proies sont très sensibles à toutes les variations du milieu… et ce font de plus en plus rares.

Activités sportives et de loisirs

La dégradation des lieux où évoluent les espèces sensibles fluctuent aussi grandement en fonction de l’ « occupation des lieux » par les humains… et c’est particulièrement vrai pour  les Desmans. Le le canyoning notamment, activité de loisir ou sportive de plus en plus répandue et somme toute relativement « verte », impacte fortement la sérénité des rat trompette.

La montagne appartient à tous, même au Desman © BlackoilBill

S’il n’est pas très compliqué d’imaginer que, pour un Desman, voir passer chez lui quelqu’un à toute vitesse en combinaison bigarrée – avec force cris et bruits – peut le déstabiliser, peut être est-il temps de faire quelque chose pour l’éviter…

Si dans les Alpes déjà les professionnels se sont engagés à être en accord avec le programme de sauvegarde du Gypaète barbu, la chose devrait être réalisable dans les Pyrénées avec le Desman.

Destructions par erreur et méconnaissance

Ici la listz de ce à quoi les Desmans des Pyrénées doivent faire face  est plus longue : pompages agricoles en cours d’eau, pièges à poissons, destruction par des pisciculteurs qui le croient à tort être un prédateur, aménagement ou destruction des berges, collisions, etc.

Concurrence et prédation

La pollution des cours d’eau n’est pas directement fatale au Desman, mais l’est très rapidement pour ses proies. Insectivore avec un régime proche de celui des truites par exemple, il se retrouve rapidement en concurrence avec celles-cir

Rajoutez à cela la prédation par le chat domestique – qui est tout bonnement catastrophique car inutile dans le cadre de la chaîne alimentaire – et celle du vison d’Europe – dont les populations s’accroissent dans les Pyrénées -, et vous avez une nouvelle brique (très) lourde à porter pour l’espèce.

Avec un nez pareil, pas étonnant que son nom soit aussi rat trompette © David Perez / via Wikimedia

Lire aussi : 8 réflexes écologiques à adopter avec son chat

Fragmentation de ses lieux de vie

Enfin, avec les activités anthropiques de tous genres, comme l’exploitation agricole et sylvicole, pour ne citer qu’elles deux, les populations de Desmans ont été séparées les unes des autres.

C’est là un point clef de la survie de l’espèce car une telle fragmentation amène un appauvrissement du patrimoine génétique de l’espèce entière et diminue d’autant sa capacité à résister aux changements comme aux maladies et à bien d’autres choses.

Agissons pour le Desman des Pyrénées

Les causes de la régression du Desman des Pyrénées ne lui sont malheureusement pas propres. C’est-à-dire que beaucoup d’autres espèces font face, à peu de choses près, aux mêmes mécanismes négatifs comme par exemple le grand hamster d’Alsace.

Si on ne découvre donc pas avec étonnement quelles sont les causes, il n’y a désormais plus aucune excuse pour agir largement et efficacement encore faut-il une réelle volonté politique locale et nationale notamment avec le nouvel Office Français de la Biodiversité(1).

Si ce dernier se veut ambitieux, il pourra aussi le prouver à travers la réhabilitation et la sauvegarde du Desman !

Alors pour en savoir plus et vous aussi donner un coup de pouce au Desman, rendez-vous que le site de Life Desman

Illustration bannière : Desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus) qui pointe le bout de sa trompette – © desman-life.fr
Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...




1 commentaire Donnez votre avis
  1. Le titre contient une erreur, ce n’est pas un rongeur (ordre Rendentia) mais un insectivore (ancien ordre Insectivora, ordre Soricomorpha), comme bien précisé dans l’introduction. C’est le cas également de la taupe ou de la musaraigne.

Moi aussi je donne mon avis