Chasseurs de plantes rares : une espèce en voie de disparition

Rédigé par Paul Boucher, le 27 Jun 2015, à 12 h 30 min

Depuis des millénaires, les hommes cherchent des plantes rares pour agrémenter leurs jardins, pour se soigner ou se parfumer. Bleddyn et Sue Wynn-Jones de la Crug Farm Nursery, au Pays de Galles, sont les dignes héritiers des aventuriers des temps passés qui collectaient des spécimens rares pour les ramener en Europe. Depuis le début des années 1990, ce couple sillonne l’Asie du Sud-Est et l’Amérique du Sud et a constitué au fil des ans une extraordinaire collection de plantes rares qui attire des visiteurs du monde entier et fournit les jardins de toute l’Europe. Mais depuis 2014 et l’entrée en vigueur du protocole de Nagoya, qui vise à protéger la biodiversité, leur activité est menacée(1).

Chasseurs de plante : un héritage multi-millénaire

Selon la légende, en 1495 avant notre ère, la reine égyptienne Hatshepsut aurait envoyé ses botanistes en Somalie chercher des arbres à encens. Plus près de nous, au 15° siècle, les conquistadors espagnols ont ramené dans leurs caravelles pommes de terre, tomates et maïs, découverts chez les indiens d’Amérique et totalement inconnus des Européens de l’époque.

Aimé Bonpland, naturaliste français, remonte l’Orénoque en 1800 et envoie en France des caisses d’échantillons botaniques contenant plus de 1600 espèces, dont 500 nouvelles. A l’époque victorienne, des aventuriers britanniques parcourent la planète à la recherche de trésors botaniques à rapporter au Royaume Uni. Aujourd’hui, ils seraient vus comme des « biopirates », selon le protocole de Nagoya.

Nagoya : un protocole qui vise à protéger la biodiversité de la mainmise des groupes pharmaceutiques

Le Protocole de Nagoya, ou, pour être complet, le « protocole Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des bénéfices tirés de leur utilisation »(2), est entré en vigueur le 12 octobre 2014, après avoir été conclu à la conférence dans la ville éponyme, en 2010.

Le protocole vise à organiser l’accès aux ressources génétiques, que ce soit d’origine végétale, animale, humaine, sous forme de traditions ancestrales, ou micro-organique. Les pays membres de l’Union européenne ont jusqu’au mois d’octobre 2015 pour mettre en place les directives nécessaires pour le faire respecter.

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Nagoya : lutte contre biopirates

La chasse aux plantes rares est, depuis des années, contrainte pas les lois des pays où se trouvent ces plantes. Mais depuis le Protocole de Nagoya, toute personne souhaitant reproduire, vendre ou faire des recherches à partir des plantes doit établir un contrat avec le pays d’origine, qui stipule les droits des uns et des autres et répartit les éventuels bénéfices de façon équitable.

Il y a à cela de bonnes raisons : le protocole cherche à mieux combattre la « biopiraterie », c’est-à-dire l’appropriation illégitime des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles autochtones, ainsi qu’à garantir le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques de « plantes, animaux, bactéries ou d’autres organismes, dans un but commercial, de recherche ou pour d’autres objectifs ».

En cause : l’exploitation du patrimoine végétal par des firmes pharmaceutiques en tirant des revenus conséquents, sans aucun retour pour les populations locales. Une logique toutefois très éloignée de collectionneurs et pépiniéristes tels Bleddyn et Sue Wynn-Jones

Quelles conséquences pour les citoyens d’Europe ? Car sans être nous-mêmes des Indiana Jones de la jungle indonésienne, nous pouvons très bien nous trouver dans une jardinerie à Paris, à Marseille ou à Lille, vouloir acheter une plante exotique et donc être contraint par le Protocole.

 L’instauration d’un contrat pour les chasseurs de plantes

Un chasseur de plantes qui ramasse des graines, disons à Madagascar, peut faire pousser la plante et la vendre sans l’avoir manipulée. S’il a bien établi un contrat en bonne et due forme avec ce pays, tout est légal et il n’est pas nécessaire de partager les bénéfices de sa vente. Cependant, s’il développe une plante hybride à partir de cette plante et la vend, alors il doit partager les bénéfices selon le contrat qu’il a établi.

Voilà le maître mot : tout dépend du contrat qui a été établi. Si les termes de celui-ci stipulent que ni la plante qu’il a cueillie, ni ses graines, ni toute plante produite directement ou par croisement avec la plante originelle ne peuvent être distribuée, alors il ne peut ni la vendre, ni même la donner à autrui. Par ailleurs, s’il la vend à quelqu’un qui, lui, en développe d’autres, directement ou par croisement, alors cette dernière personne doit établir un contrat avec le pays d’origine.

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Ceci aura nécessairement des répercussions sur les acheteurs que nous sommes ou pouvons être. Si vous allez dans une jardinerie qui vend des plantes exotiques, il faudra désormais vous informer des dispositifs adoptés par la France, et éventuellement de la provenance des plantes et des accords qui ont été donnés pour l’exportation et la vente.

Même si la plante que vous achetez n’a pas, elle-même, était prélevée dans une forêt tropicale, mais plutôt développée à plusieurs centaines d’exemplaires dans une nursery hollandaise ou anglaise, mais à partir de gènes provenant d’une plante cueillie dans cette forêt, alors toute la chaine de distribution, y compris le client, peut tomber sous le coup de la loi(3).

Encore des règlements technocratiques ?

Oui,  il s’agit là de nouvelles réglementations, mais qui visent à protéger la biodiversité. Il faudra protéger de plus en plus les plantes et les animaux sauvages qui réussissent à survivre à la déforestation, à la culture sur brulis, au braconnage, et notre petite contribution peut être simplement de demander à notre jardinerie si les plantes exotiques qu’elle vend ont bien été certifiées avant de sortir du pays d’origine.

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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

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