Canicule : les martinets noirs meurent par milliers sous les toits
La vague de chaleur qui frappe la France provoque une catastrophe discrète mais spectaculaire pour la faune sauvage. Partout dans le pays, des milliers de jeunes martinets noirs quittent prématurément leurs nids, incapables de supporter les températures extrêmes qui règnent sous les toitures où ils sont élevés.

Espèce emblématique du ciel européen, le martinet noir est parfaitement adapté à la vie dans les airs, mais beaucoup moins aux épisodes de canicule qui se multiplient. Les centres de sauvegarde, submergés par les arrivées d’oisillons en détresse, alertent sur les conséquences du réchauffement climatique pour cet oiseau migrateur.
« Ils meurent de chaud sous les toits » : la canicule décime les oiseaux dans les combles
Depuis plusieurs jours, les centres de sauvegarde de la faune sauvage enregistrent un afflux inédit de jeunes martinets noirs. En cause : la canicule exceptionnelle qui touche une grande partie de la France depuis la fin du mois de juin. Sous les toitures, où ces oiseaux installent leurs nids, les températures atteignent des niveaux insoutenables. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), elles peuvent dépasser les 50 °C, transformant les combles en véritables fournaises. Face à cette chaleur extrême, les oisillons n’ont souvent qu’une seule échappatoire : se jeter dans le vide. Trop jeunes pour voler, ils s’écrasent au sol avant d’être retrouvés par des passants ou de succomber rapidement à leurs blessures, à la déshydratation ou à la prédation.
Dans les Alpes-Maritimes, en Gironde, en Alsace, en Auvergne mais aussi dans de nombreuses autres régions françaises, les centres de soins accueillent chaque jour des dizaines, parfois des centaines de jeunes martinets. La LPO rapporte par exemple qu’environ 200 martinets étaient simultanément pris en charge dans son centre de sauvegarde de Provence-Alpes-Côte d’Azur lors de l’un des pics de chaleur. En Alsace, plus de 170 hirondelles et martinets étaient soignés au même moment, tandis que le centre de Clermont-Ferrand accueillait plus de 110 oiseaux appartenant à ces deux espèces.
Cette crise dépasse largement quelques structures isolées. Les sept centres de soins gérés par la LPO avaient déjà accueilli près de 20.000 animaux sauvages en 2025. Selon l’association, 14 % d’entre eux étaient victimes directes d’événements climatiques extrêmes, une proportion appelée à augmenter avec la multiplication des vagues de chaleur.
Les soigneurs décrivent tous le même scénario. Dans les combles, les jeunes martinets cherchent désespérément un peu de fraîcheur. Lorsqu’ils ne supportent plus la température, ils rampent jusqu’au bord du nid avant de tomber. Une fois au sol, leurs parents ne peuvent pratiquement plus leur venir en aide. Contrairement à beaucoup d’autres oiseaux, les martinets nourrissent leurs petits exclusivement au nid. Un oisillon retrouvé au sol est donc presque toujours en situation d’urgence et nécessite une prise en charge rapide par un centre spécialisé.
La mobilisation est immense. Soigneurs, vétérinaires, bénévoles et associations travaillent sans relâche pour nourrir ces jeunes oiseaux plusieurs fois par jour, les hydrater et attendre qu’ils développent suffisamment leurs ailes pour être relâchés. Le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, a d’ailleurs salué l’engagement des milliers de personnes mobilisées dans les centres de soins confrontés à cette situation exceptionnelle.

Avec la canicule, les jeunes martinets noirs tombent parfois des nids avant de savoir voler.
Les oiseaux face à la canicule : pourquoi les martinets noirs sont particulièrement vulnérables
Le drame est d’autant plus frappant que le martinet noir est considéré comme l’un des oiseaux les mieux adaptés à la vie aérienne. Son corps fuselé, ses longues ailes en forme de faux et son poids très faible en font un remarquable planeur capable d’exploiter les courants d’air pendant des heures. Cet oiseau passe la quasi-totalité de son existence dans le ciel. Les spécialistes rappellent qu’il mange en vol, capture les insectes dont il se nourrit sans jamais se poser, boit en effleurant la surface des plans d’eau et peut même dormir partiellement pendant ses longs vols grâce à un sommeil fractionné. En dehors de la reproduction, il touche rarement le sol.
Chaque printemps, les martinets noirs reviennent d’Afrique subsaharienne après plusieurs milliers de kilomètres de migration. Ils arrivent généralement en France entre la fin du mois d’avril et le début du mois de mai pour retrouver, parfois pendant de nombreuses années, exactement la même cavité où ils avaient niché auparavant. Ils recherchent principalement les fissures des vieux bâtiments, les cavités situées sous les tuiles, les combles ou encore les interstices des monuments anciens. Ces endroits offrent habituellement une protection efficace contre les intempéries et les prédateurs. Pourtant, lors des épisodes de chaleur extrême, ils deviennent des pièges thermiques.
Les jeunes martinets restent plusieurs semaines dans leur nid avant leur premier envol. Tant que leurs plumes ne sont pas complètement développées, ils sont incapables de voler. Lorsque la température grimpe brutalement sous la toiture, ils quittent donc le nid beaucoup trop tôt. Ce comportement constitue un ultime réflexe de survie plutôt qu’une tentative de voler. Les adultes disposent, eux, d’une étonnante capacité d’adaptation. En période de mauvais temps ou lorsque les insectes se raréfient, ils peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres afin de trouver des conditions plus favorables. Les oisillons, eux, restent prisonniers du nid et dépendent entièrement de leurs parents jusqu’à leur premier vol, ce qui explique pourquoi ils sont les premières victimes des épisodes caniculaires.
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