Un nouvel abattage de bouquetins controversé dans les Alpes

Faut-il abattre des animaux sains pour prévenir une épidémie, comme veut de nouveau l’autoriser la Préfecture de Haute-Savoie afin d’assurer la production laitière… et donc celle de Reblochon ?

Rédigé par Paul Malo, le 19 May 2020, à 11 h 40 min

Le Préfet de Haute-Savoie veut faire abattre avant l’été une vingtaine de bouquetins sains dans le Massif du Bargy. Les associations s’indignent…

Les bouquetins du Bargy – Quatre bouquetins abattus sur cinq sont sains

La Brucellose est une infection bactérienne potentiellement transmissible de l’animal et des troupeaux à l’homme. Suite à la contamination d’un cheptel bovin du Grand-Bornand  en 2012, toute la production laitière avait dû être détruite, au grand dam de la filière du reblochon au lait cru.
Bien que le risque de transmission demeure extrêmement faible selon les experts de l’ANSES, l’État avait alors en vain tenté d’éradiquer l’infection en lançant des abattages massifs de bouquetins entre 2012 et 2015. En 2018 et 2019, la Préfecture de Haute-Savoie avait de nouveau fait abattre de nombreux bouquetins.

Sorte de chèvre sauvage, le bouquetin évolue dans l’arc alpin d’où il a failli disparaître au XIXᵉ siècle avant de bénéficier de programmes de réintroductions © sirtravelalot

Encore une fois cette année, elle prévoit d’autoriser la destruction de 20 bouquetins et la capture de 50 autres à des fins de tests, qui seraient ensuite euthanasiés si positifs à la Brucellose.

Pourtant, comme l’a rappelé l’association de défense de la biodiversité LPO, « le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce protégée au niveau international. S’il est concevable que l’euthanasie d’animaux séropositifs avérés contribue à réduire un foyer infectieux, la destruction d’individus sains n’est pas acceptable ». Or quatre bouquetins abattus sur cinq seront des individus sains.

Des mesures préventives qui n’ont pas fait leurs preuves

Au total, depuis 2012, 482 bouquetins ont déjà été éliminés sur le Massif du Bargy. 134 ont été euthanasiés après avoir été testés positifs à la Brucellose, mais 348 ont fait l’objet de tirs d’abattage sans vérification préalable de leur infection.
Par ailleurs, rappelle la LPO, comme cela a déjà pu être constaté suite aux abattages massifs de 2013 et 2015, « l’abattage indiscriminé en zone coeur (Grand et Petit Bargy, Jallouvre-Peyre), de plus ciblé sur les femelles en âge de procréer, désorganise la hiérarchie sociale dans les hardes et contribue à la contamination de davantage d’individus ».

Les cornes sont plus courtes et effilées chez la femelle que chez le mâle bouquetin © Xseon

Si  la préfecture justifie sa décision par la crainte d’un « risque important de reprise de la contagion et la transmission au reste de la faune sauvage et domestique », le caractère préventif d’une telle mesure n’a clairement pas fait ses preuves.
De nombreuses voix s’élèvent pour appeler à dire non à l’abattage des bouquetins sains du Bargy.

Une consultation publique a été mise en place sur le site Internet de la préfecture, cette fois, afin de recueillir l’avis des citoyens. Vous avez donc jusqu’au 20 mai 2020 pour exprimer votre accord ou désaccord au sujet de cet arrêté préfectoral ici.
Vous pouvez également envoyer un mail à l’adresse ddt-consultations-publiques@haute-savoie.gouv.fr

Illustration bannière : Un bouquetin sur fond de Mont-Blanc – © Andrew Mayovskyy
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2 commentaires Donnez votre avis
  1. Laisser le loup faire son travail de prédateur, ce sera déjà pas mal au lieu de dézinguer tout ce qui gène les humains et surtout une certaine tranche de la population qui aime tirer plus vite qu’elle ne réfléchit ! Suivez mon regard …..!!!

  2. POURQUOI VOUS NE SUPPRIMEZ PAS TOUTES TRACES DE VIE MONSIEUR LE PRÉFET
    COMME CELA VOUS N AUREZ PLUS DE PROBLÈME AVEC QUI QUE CE SOIT

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