Les tigres menacés par la médecine traditionnelle chinoise [Vidéo]

Les tigres sont une espèce en voie d’extinction. La médecine traditionnelle chinoise les pourchasse pour les prétendues vertus de leurs organes. Analyse en vidéo.

Si on peut se réjouir de la hausse récente du nombre de tigres sauvages, cela n’efface pas la responsabilité de certains phénomènes dans leur disparition progressive. L’un des responsables, la médecine traditionnelle chinoise, est à l’origine d’un immense trafic d’organes de tigres et d’autres animaux en voie de disparition dans plusieurs pays d’Asie.

La population mondiale de tigres sauvages est passée de 3.200 en 2010 à 3.890 cette année selon les données compilées par l’ONG World Wildlife Fund (WWF). Une bonne nouvelle que l’on peut relativiser, lorsque l’on sait qu’ils étaient 100.000 en 1900.

Plusieurs raisons sont à déplorer pour expliquer cette baisse importante au cours du siècle dernier. Parmi elles, la face obscure de la médecine traditionnelle chinoise. Au nom de la tradition, cette médecine reconnue pour de nombreux bienfaits, est à l’origine d’un immense trafic d’organes d’animaux en voie de disparition, dont les tigres.

Pour preuve, si l’on observe les pays où la population de tigres sauvages a augmenté, Inde, Russie, Nepal et Bhoutan, aucun ne pratique traditionnellement la médecine chinoise. Dans le même temps, le tigre d’Indochine aurait totalement disparu du Cambodge selon la WWF. En Chine, il ne reste qu’une dizaine de tigres sauvages, contre 4.000 dans les années 1940.

Une médecine millénaire, en partie responsable du déclin des tigres

Vieille de 3 000 ans, la médecine traditionnelle chinoise s’est toujours inspirée de certains animaux pour leur prêter des vertus médicinales. Chez le tigre par exemple, plusieurs de ces organes sont utilisés pour soigner des maux depuis plus d’un millénaire. Pourtant Renaud Fulconnis, directeur de l’association Awely, l’affirme : « Ces vertus médicinales sont fausses scientifiquement. »

Une partie de la population qui pratique la médecine traditionnelle chinoise est pourtant encore persuadée que les organes du tigre pourront les soigner : les griffes et les dents contre la fièvre et l’insomnie, les yeux et la bile contre l’épilepsie, ou encore le cerveau contre la fatigue et les boutons.

Ces vertus médicinales sont fausses scientifiquement.
Renaud Fulconnis, directeur de l'association Awely

L’un des principaux trafic autour de l’animal s’articule autour du « vin de tigre ». Il s’agit d’un breuvage élaboré à partir des os du tigre. Sa carcasse est trempée pendant plusieurs mois dans de l’alcool de riz pour créer une potion – prétendument – aphrodisiaque vendue pas moins de 150 euros pièce.

La Chine laisse faire

Pour faire vivre ce commerce, la Chine ne se contente pas de braconner les tigres sauvages : on compte entre 5.000 et 6.000 tigres selon l’Agence d’Investigation Environnementale (EIA) élevés en captivité pour inonder la médecine chinoise des précieux organes de l’animal.

Pourtant la Chine a adhéré en 1981 à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Elle a aussi interdit le commerce d’organes d’animaux en voie d’extinction en 1993 mais selon une enquête de l’EIA en 2013, le commerce s’est pourtant considérablement développé depuis.

En 2008, l’EIA affirmait même que deux zoos chinois commercialisaient encore du « vin de tigre » : le Qinhuangdao Wild Animal Park (province du Hebei) et le Badaling Safari World (près de Pékin).

Pour exporter ces produits interdits, les Chinois transforment les substances en gélule pour compliquer l’identification. Mais cela ne suffit pas à masquer l’identité génétique des substances.

D’autres espèces en danger

L’autre grande victime de la médecine chinoise traditionnelle, c’est le rhinocéros. L’animal est exploité pour sa corne à laquelle on attribue des vertus aphrodisiaques à cause de sa forme supposément phallique. Sauf que la corne est composée principalement de kératine, une protéine banale qu’on retrouve dans les ongles, les cheveux ou encore les sabots. Le prix de la corne est d’ailleurs supérieur à l’or, la cocaïne, l’héroïne ou encore le platine. C’est en Afrique que le braconnage est le plus intense, notamment sous la pression des pays d’Asie de l’Est qui sont les plus demandeurs.

Une étude australienne de 2012, montre que, outre ces deux espèces, d’autres sont concernées par le braconnage médicinal. Les ours noirs d’abord dont la bile permettrait de traiter de nombreuses maladies et blessures, soulager les brûlures et les maux de tête et soigner le cancer. Les antilopes saïga sont également tuées pour leurs cornes.

Même chose pour les concombres des mers, dont seize espèces figurent sur la liste rouge de l’UICN. Largement exportées depuis l’Indonésie, la Papouasie et les Philippines, leur consommation permettrait de réduire le stress selon la médecine chinoise. Les hippocampes sont aussi visés par cette médecine. Consommés séchés, ils sont utilisés comme stimulant, donnant supposément leur « force » à quiconque les consomme… Et en attendant, décimant pour sûr leur population.