Esclavage, immigration mortelle : il faut un salaire minimum mondial

Esclavage, immigration mortelle : il faut un salaire minimum mondial

Il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets…” telle fut, en novembre dernier, la recommandation du Pape François au Parlement Européen à propos de l’esclavage et des risques mortels liés à l’immigration clandestine.

L’instauration d’un salaire minimum mondial lié aux biens de consommation et services exportés ferait reculer l’esclavage et offrirait parfois de nouvelles perspectives économiques à des populations qui migrent souvent au péril de leurs vies.

Un salaire minimum mondial spécifique à l’exportation

Le thème du salaire minimum mondial n’est certes pas nouveau mais en l’absence de projet pragmatique, celui-ci n’a jamais vraiment progressé. Le salaire médian selon le niveau de vie ou la rémunération moyenne de chaque pays est l’hypothèse la plus souvent évoquée mais la mise en place d’un tel dispositif nécessiterait plusieurs décennies.

En effet, la dernière Convention concerning the Creation of Minimum Wage-Fixing Machinery, qui a eu lieu en 1928, laissait champ libre aux États signataires mais s’est révélée être un échec : “Chaque Membre qui ratifie la présente convention a la liberté de déterminer les méthodes de fixation des salaires minima ainsi que les modalités de leur application. 99 pays ont ratifié la convention dont la Chine en 1930 ou l’Inde en 1955 avec les résultats que nous connaissons. Certains pays ont adhéré en 2006 et 2007 soit prés de 80 ans après.

Aussi, cette expérience nous enseigne, que, pour être efficace et ratifiée rapidement par le plus grand nombre d’États, une nouvelle convention internationale devrait impérativement définir un cadre d’application commun plus précis.

Il conviendrait en outre que le processus ne soit financièrement, guère contraignant pour les États.

Le salaire minimum mondial préconisé s’adresserait donc d’abord aux personnels dont le travail serait lié aux produits et services exportés vers les grands marchés de consommation.

Les Chefs d’États des pays émergents pourraient appréhender l’intérêt d’un salaire décent, source de nouvelles recettes fiscales et de développement financé par une plus juste contribution des donneurs d’ordres principalement occidentaux. A terme, ce salaire pourrait générer un effet macroéconomique positif certain sur le niveau de vie de populations entières.

Aujourd’hui, avec des salaires horaires variant le plus souvent, d’une à quelques dizaines de cents d’euros, la part salariale de la production d’un bien de consommation fabriqué dans un pays à bas coûts, n’avoisine le plus souvent qu’1 à 5 % du prix acquitté par l’acheteur final.

Un salaire minimum mondial spécifique de 300 ou 400 € augmenterait les coûts de production mais ne devrait néanmoins, que modérément impacter les prix à la consommation.

Sous l’effet d’une crise qui ampute le pouvoir d’achat et l’accroissement d’une concurrence qui voit l’arrivée ininterrompue de nouveaux acteurs, notamment dans le secteur de l’habillement, l’offre s’adapte habituellement à la demande et les étiquettes des biens de consommation bas/moyen de gamme affichent une tendance à la rétractation.

travail-maroc-alimentationEn effet, les grandes entreprises qui ont recours aux pays à bas coûts disposent généralement de marges considérables qu’ils peuvent réduire sans affecter dangereusement leurs résultats.

Pour exemple, Apple a totalisé en 2013 et 2014 prés de 80 milliards de dollars de bénéfices et des enseignes comme ZARA et H&M réinvestissent chaque année dans l’ouverture de 400 nouveaux mégastores luxueux situés sur les plus belles avenues du monde.

Penser une mutation des modes de productions

L’intégration dans les coûts, d’un salaire minimum décent et du réel impact écologique, de la fabrication à la commercialisation, nous orienterait vers un ralentissement du consumérisme et à terme, ferait diminuer le réchauffement climatique.

La revalorisation des salaires industriels dans les pays émergents ou en développement, atténuerait l’écart de productivité entre industrie et artisanat.

Cela pourrait favoriser l’apparition de modes de fabrication ou de culture locaux et artisanaux, plus respectueux de l’environnement, qui désormais, pourraient plus souvent assurer un revenu vital à des travailleurs indépendants ou à des petites structures, notamment dans les pays émergents.

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Progressivement la production muterait vers une offre de meilleure qualité, moins jetable, moins obsolète et subséquemment, plus économique pour le consommateur.

Au moment où le modèle économique basé sur une course à la croissance à l’infini dévoile ses limites mais continue néanmoins à détruire notre planète, il conviendrait d’attribuer aux plus grandes entreprises, un coefficient de responsabilité sociale et écologique.

Il pourrait être calculé sur la base de la réelle empreinte écologique des services ou produits vendus.

Il tiendrait compte de la qualité ou durabilité et des conditions de travail lors des prestations ou de la production réalisée chez les sous-traitants mais aussi de tous les éléments de commercialisation et de l’ensemble des moyens publicitaires.

La contribution pourrait financer, à travers une agence mondiale dédiée, des actions en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique notamment l’aide au développement d’économies locales et artisanales ou de toutes actions conduisant à un allégement de l’empreinte écologique mondiale. Le chantier serait moins titanesque qu’il n’y parait car moins de 400 groupes internationaux seulement, se partagent la quasi-totalité de l’économie mondiale. Il serait juste que les entreprises qui tirent immodérément parti de la planète, contribuent au financement d’actions tendant à réduire leurs dégâts.

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Pape François, dans votre message communiqué le 10 décembre 2014 titré « Non plus esclaves, mais frères », vous soulignez la « responsabilité sociale du consommateur » : « Chaque personne devrait avoir conscience qu’acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral ».

Certes, le consommateur peut et doit réduire sa consommation. Cependant, il convient de pointer du doigt la politique de libre-échange qui a favorisé l’explosion de la consommation et qui, en quelques années a fait bondir les émissions de C02. L’achat a longtemps été un acte réfléchi reposant sur la recherche du meilleur rapport qualité/prix parmi une offre diversifiée de qualité mais aujourd’hui les repères ont disparu. Le consommateur, toujours plus sollicité par une publicité invasive, consomme l’offre imposée par quelques grands groupes qui règnent sur les marchés de la consommation. Il est maintenant quasiment contraint de renouveler sans cesse des équipements jetables ou obsolescents majoritairement fabriqués dans des pays émergents à bas coûts dans des conditions souvent peu respectueuses de l’homme et de la nature.

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