Portraits de marques

Paysans.fr, pour manger frais et équitable !

Patricia Juthiaud, 50 ans, a monté il y a 6 ans un site de vente de produits alimentaires des producteurs et des artisans du terroir. Aujourd’hui, paysans.fr apparaît comme un pionnier et a développé un concept global durable exemplaire entre les producteurs, leur distributeur et les clients. Explications.
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Consoglobe : Comment avez-vous eu l’idée de créer paysans.fr ?
Patricia Juthiaud  : Je travaillais dans un bureau d’étude spécialisé dans les nouvelles technologies, pour des grands comptes sur des secteurs de productions entiers, comme par la pêche, ou les producteurs de tomates par exemple. J’habite un moulin perdu dans la campagne du Lot-et-Garonne et je me sers donc du télétravail et d’internet. Je me suis rendu compte que les producteurs locaux avaient un savoir-faire et une vraie valeur ajoutée ; bref qu’ils étaient exceptionnels. En discutant avec eux, ils m’ont expliqué qu’ils avaient un choix restreint pour survivre : soit rentrer dans les 3 grandes centrales d’achat qui chapeautent toute la grande distribution française et accepter de baisser leurs prix, soit… disparaître ! J’ai donc eu l’idée de leur proposer une alternative et de leur redonner leurs lettres de noblesse, par le biais d’internet, en vendant leur production. Avec dans l’idée de revaloriser la nourriture du terroir, de lui donner une nouvelle image. Le site a démarré comme ça, avec des produits de saison en 2000. Je n’en étais pas responsable directement, mais je me suis occupée des suivis de commande par internet et de la livraison. Malheureusement, le directeur a fini par partir avec la caisse ! Ce sont les clients et les producteurs qui m’ont demandé de reprendre les rênes du site. En 2002, j’en ai donc fait une refonte, mais sur les mêmes bases, et c’est reparti.

Consoglobe : Comment travaillez-vous avec les producteurs ?
Patricia Juthiaud  : Nous travaillons avec des passionnés. Ils partagent notre démarche autour de l’authenticité et de la qualité du produit, par son goût, et sa production. Nous n’avons pas de cahier des charges. Nous voulons travailler en confiance avec eux. Ils ont d’ailleurs tous un point commun que j’ai remarqué : aucun ne travaille avec la grande distribution. Ils vendent leur production sur les marchés, ou en vente directe dans leur ferme, et par notre intermédiaire bien sûr. Autres points d’éthique : nous avons pour habitude de ne jamais leur acheter plus de 20 % de leur production ; nous nous engageons à les payer au coût réel de leur produit et non pas au coût mondial, et à leur faire le paiement à 15 jours.

Consoglobe : Quels sont les avantages pour les producteurs ? Et pour vous ?
Patricia Juthiaud  : Cela permet, à eux comme à nous, d’être libres, de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Cela leur permet à eux de leur dégager du temps libre en étant certains d’avoir 20 % de leur production de vendue, et d’être payé en rapport avec leur coût réel de production. J’ai déjà eu des messages d’enfants de producteurs qui me faisaient remarquer que leurs parents étaient plus disponibles pour eux depuis qu’on travaillait ensemble ! Pour nous, cela nous permet d’avoir plus de producteurs, et donc plus de goûts différents.
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Consoglobe : Tout n’est pas bio dans les produits que vous vendez ?
Patricia Juthiaud  : Non, c’est vrai. Nous avons commencé avec 30 % de produits bio, et nous en sommes maintenant à 80 %. Ce qui est positif, c’est que 4 à 5 producteurs par an passent au bio ! Néanmoins, sans vouloir être négatif, nous pensons que le bio est super, mais pas encore parfait. Je prends l’exemple des volailles. Celles de notre producteur sont à 128 jours, contre 110 jours pour le bio. C’est donc mieux, et meilleur. Mais pour avoir le label bio, les certifications tous azimuts sont chères, parfois trop pour des petits producteurs. C’est le cas aussi de notre fromage des Pyrénées : il est fabriqué par un berger (un métier de plus en plus rare, véritablement en péril) qui mène ses brebis dans les montagnes et ne rajoute pas de ferments lactiques. Il n’est ni bio, ni certifié, mais il est bien meilleur que les fromages de la vallée !

Consoglobe : Le bio a donc encore des progrès à faire, d’après vous ?
Patricia Juthiaud  : Non, pour les fruits et légumes pour lesquels il n’y a pas mieux à faire. Oui, sur certains produits, industriels notamment. Comme les plats cuisinés, par exemple. Il y a encore des progrès à faire. Ils seront toujours meilleurs fabriqués par un artisan. Il faut savoir que 60 % des produits bio sont importés en France, et que ce sont des produits surtout industriels. Or, les normes bio varient selon les états et les politiques. Donc ces produits perdent de leur crédibilité. Pourtant, dans certains pays, et pour certains produits, ça marche. Nous sommes très contents par exemple, des avocats et des agrumes fournis par notre producteur bio italien depuis 4 ans, car nous en connaissons toute la filière.

Consoglobe : Quel est alors l’avenir du bio ?

Patricia Juthiaud  : C’est sans conteste une tendance lourde. Mais il faut mettre en place un label du goût. Nous y travaillons d’ailleurs depuis quelques mois. La question devrait être posée par les pouvoirs publics en 2009.

Consoglobe : De quel goût s’agit-il ?
 
Patricia Juthiaud  : Du goût de l’authenticité. Nous faisons d’ailleurs tester les produits à nos clients volontaires, avant de le mettre à la carte. Il faut qu’il y ait 70 % d’opinions positives, donc plus que la moyenne, pour que le produit soit accepté. Bien sûr, on a déjà une petite idée du résultat. Parfois il faut forcer un peu les choses, comme avec cette cerise issue d’une souche très ancienne et qui possède un goût qui n’existe plus.
Le goût de l’authenticité est aussi le premier argument positif qui revient après d’autres tests comparatifs sur le goût et le coût avec des produits de la grande distribution, moins chers – a priori. Nous proposons à nos clients dubitatifs de les faire pendant un mois. Le résultat est toujours le même : ils disent d’abord que nos produits sont plus goûteux, qu’ils sont finalement moins chers, car ils sont livrés, et qu’ils y retrouvent le goût de leur enfance.
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Consoglobe : Vous proposez aussi de nombreux autres services à vos clients. Comme les recettes et les idées de repas, par exemple. Comment avez-vous eu l’idée de ce service supplémentaire ?
Patricia Juthiaud  : Je l’ai eu…pour moi ! Parce que je déteste penser aux repas que je vais devoir composer en faisant les courses ! L’idée est de rendre le client confortable. Il n’est pas non plus obligé d’acheter toutes les semaines ; il peut évacuer les produits qu’il n’aime pas ; il est livré chez lui. Mais un minimum de 80 euros par commande lui est demandé, car sinon pour nous, ce n’est pas rentable.

Consoglobe : Combien de clients et de producteurs avez-vous aujourd’hui ?
Patricia Juthiaud  : 11 000 clients et plus d’une centaine de producteurs. Nos clients se trouvent surtout dans le Sud-Ouest, notre région d’origine, et la région parisienne. Il n’y a pas de client type : il y a aussi bien des jeunes couples avec enfant en bas âge en banlieue parisienne qui commandent toutes les semaines, que des grands-mères qui ne commandent que lorsque que leurs petits enfants sont là pendant les vacances. Nous livrons dans presque tout la France, y compris dans le Nord, mais pas encore en Alsace. Nous avons du prendre un transporteur pour livrer les autres régions que la nôtre. Mais toutes les livraisons partent de Marmande.
Quant aux producteurs, ils sont plus d’une centaine, certes, mais tout dépend de la saison et de leur production. Beaucoup sont de notre région, mais nous recherchons aussi la notion de terroir avec les spécialités fabriquées sur place, comme les saucisses à Morteau par exemple. D’une manière générale, le nombre de clients et de producteurs augmentent de 30 % par an.

Consoglobe : Comment voyez-vous l’avenir de ces terroirs que vous défendez ?
Patricia Juthiaud  : Ils sont de plus en plus difficiles à défendre ! L’agriculture française est mal partie. En Lot-et-Garonne l’année dernière, 274 paysans ont disparu. Et seulement 20 ont ouvert. La chute est catastrophique. Les terres sont devenues très difficiles à acheter ou à reprendre. Les producteurs devraient se diversifier et commercialiser eux-mêmes leur produit pour revenir à cette auto-suffisance que j’ai connue dans les campagnes de mon enfance. Au lieu de cela, ils deviennent des paysagistes, souvent malgré eux. C’est difficile de garder la production traditionnelle. Les bergers, par exemple, n’ont plus de terres à eux et ne sont plus considérés avec l’aura qu’ils avaient avant. Je ne me sens pas traditionaliste et franco-française en disant cela. Je veux juste être une militante positive pour le goût et un prix juste.

Notre coup de coeur :

La souplesse et l’ensemble des formules « Marché », pour les familles, pour les couples, les célibataires et tous les événements de saison, adaptables en fonction du nombre de personnes et de leurs goûts.

On aime aussi le souci de transparence sur les producteurs, avec des fiches explicatives sur leur travail et toutes leurs coordonnées systématiques.
Pour finir, impossible de passer à côté de la volonté affichée de compenser en CO2 toutes les livraisons (gratuites). Des points cadeaux sont proposés à partir de 7 livraisons, pour choisir parmi les produits côtés en points. Bravo pour cette logique écolo développée jusqu’au bout !


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Article rédigé par Emmanuelle, Décembre 2008

A découvrir : le site Paysans.fr

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