Forêt tropicale : pourquoi 2014 a été (plutôt) une bonne année

Forêt tropicale : pourquoi 2014 a été (plutôt) une bonne année

Les bonnes nouvelles pour la forêt tropicale ne sont pas si fréquentes… La déforestation se poursuit certes – 104 millions d’hectares de « paysages forestiers intacts » dégradés entre 2000 et 2013, l’Amazonie a perdu 25 % de surface non perturbée sur la même période – mais les efforts des défenseurs des forêts tropicales ont porté des fruits encourageants en 2014. Voici cinq bonnes raisons pour lesquelles la cause des forêts tropicales a progressé l’année passée.

Forêt tropicale :

Le Brésil poursuit sa lutte efficace contre la déforestation

Les meilleures nouvelles en 2014 sont probablement venues d’Amazonie. Les données de l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE) ont montré que « seulement » 4.848 kilomètres carrés de forêt -l’équivalent en surface du petit pays de Brunei -ont été effacés entre août 2013 et juillet 2014, soit une baisse de 18 % par rapport à l’année précédente.

Une étude publiée dans Science estime que la baisse de la déforestation en Amazonie brésilienne a empêché 3,2 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone, correspondant aux économies qui auraient été obtenus en prenant toutes les voitures de routes américaines pendant trois ans. En fin d’année les nouvelles étaient néanmoins un peu moins bonnes pour la forêt amazonienne.

Une meilleure surveillance des forêts

On n’avait pas connu plus grande avancée en matière de surveillance de la forêt depuis le lancement de Landsat il ya plus de 40 ans : le World Resources Institute a dévoilé en 2014 le système Global Forest Watch, une plate-forme qui associe un large éventail de données sur les forêts.[1]

global-forest-watch-foret-tropicale-00-banLe système étend au monde entier un système d’alerte bi-mensuel similaire à ce qui a été mis en oeuvre avec succès au Brésil, permettant à quiconque ayant accès à Internet de voir où la déforestation se produit, quasiment en temps réel. Global Forest Watch fournit également des données sur les concessions, les zones de conservation, d’incendie et d’autres formes d’utilisation des terres.

Des engagements de grandes entreprises contre l’huile de palme non durable

En 2014, presque deux douzaines de grandes entreprises de par le monde se sont engagées à exclure de leurs produits toute huile de palme issue de productions néfastes aux forêts tropicales ou zones humides, la production d’huile de palme étant la première cause de déforestation en Malaisie et Indonésie notamment.

Les sociétés Johnson & Johnson, Colgate-Palmolive, General Mills ont annoncé en mars, après des annonces similaires précédemment de Kellogg’s, Mars, Unilever, Nestlé et L’Oréal qu’elles prendraient les mesures nécessaires pour s’assurer que leurs produits ne sont pas nuisibles aux forêts tropicales. Reste le grand concurrent de Colgate-Palmolive, Procter & Gamble, qui n’a pas encore pris d’engagement.

Les éléments clés de ces engagements comprennent la traçabilité, en accord avec les normes de la table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO), visant au respect du droit des communautés locales à refuser l’extension des plantations sur leurs terres traditionnelles, et interdisant la production d’huile de palme par conversion de terres représentant des stocks élevés de carbone et des zones à haute valeur de préservation de la biodiversité.

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De fait, ces garanties font que toute nouvelle plantation de palmiers à huile ne peut pas se faire sur des tourbières ou des forêts tropicales.

Fin 2014, plus de 85 % de la production d’huile de palme dans le monde était censée être conforme à une politique zéro déforestation, selon la campagne « Heroes Forest », qui a négocié plusieurs des engagements de sociétés privées.[2]

Optimisme très prudent pour la forêt indonésienne

La déforestation en Indonésie malheureusement progresse encore à grands pas : le pays a perdu plus de 6 millions d’hectares de forêt primaire entre 2000 et 2012 et le gouvernement a annoncé qu’il ne renoncerait pas à son objectif de déforestation de 14 millions d’hectares de forêts entre 2010 et 2020. Un article publié dans la revue scientifique Nature Climate Change a d’ailleurs montré que la perte des forêts primaires en Indonésie est en hausse et dépasse désormais celle de l’Amazonie brésilienne.

Néanmoins, certains éléments pourraient être indicatifs d’un changement d’approche des autorités locales. 2014 a en effet commencé avec la condamnation surprise d’une une société productrice d’huile de palme par un tribunal à Aceh à une amende de 30 millions de dollars pour avoir détruit illégalement une zone de forêt. La société a fait appel, le procès est vu comme un test de la volonté de l’Indonésie de protéger ses forêts primaires. Par ailleurs, un certain nombre de fonctionnaires ont été arrêtés pour corruption liée à la forêt en 2014. A surveiller donc dans les mois qui viennent.

gunung-batur-indonesie-deforestation-foret-00-banLa prise en compte des populations indigènes des forêts primaires progresse

En mars 2014, les dirigeants autochtones du monde entier ont signé la Déclaration dite « de Palangkaraya » sur la déforestation et les droits des peuples forestiers exhortant les gouvernements à respecter les droits des usagers traditionnels des forêts.

Plusieurs études ont mis en avant le rôle des communautés autochtones dans la gestion et la protection des forêts. Par exemple, un rapport de l’Initiative des Droits et Ressources (RRI) a fait valoir que la garantie des droits juridiques des populations de quelques 450 millions d’hectares de forêt peut être un des moyens les plus efficaces pour ralentir la déforestation.

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Lisez également sur la forêt tropicale :

[1]http://www.globalforestwatch.org/accept_terms / [2]http://www.forestheroes.org/