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Le collaboratif c’est aussi à l’école – deux expériences inédites en France

Le collaboratif c'est aussi à l'école - deux expériences inédites en France

L’école s’ouvre en France peu à peu au numérique, sous la forme du Tableau Numérique Interactif qui complète ou se substitue au tableau noir ou autre tablette tactile qui contient les manuels scolaires allégeant les cartables des élèves, mais les enseignants français, peu formés aux nouvelles technologies, s’emparent encore rarement de ces outils.

Deux expérimentations récemment lancées dans l’Hexagone pourraient susciter néanmoins des envies de la part du corps enseignant : « School in the cloud » (littéralement « L’école dans le nuage ») et « La classe inversée » qui misent, à des degrés différents, sur l’utilisation du numérique, la collaboration et l’autonomie qu’il permet, pour améliorer les résultats scolaires.

L’enjeu est capital : la réussite de tous les enfants pour une société plus juste, où les inégalités sociales cessent de se creuser.

School in the Cloud : l’école dans le nuage ou l’auto-apprentissage collaboratif

« School in the Cloud », est un dispositif expérimenté depuis 2013 par le pédagogue Sugata Mitra, lauréat de la fondation TED, conçu au départ pour pallier le manque d’enseignants dans certaines régions du monde, en l’occurrence l’Inde, qui vise l’auto-apprentissage des enfants grâce aux nouvelles technologies, donc sans professeur.

Comment ça marche ? Tout d’abord, un groupe de 5 à 10 enfants se connecte via Skype sur le web, en présence d’un adulte qui n’est pas enseignant. A distance, une personne nommée « granny » – sorte de grand-mère numérique, parfois à l’autre bout du monde – va lire une histoire en rapport avec le sujet qui va être abordé puis leur pose une grande question (« big question ») : par exemple : « Pourquoi y-a-t-il parfois un arc-en-ciel ? » ou encore « Comment les oiseaux font-ils pour voler ? ».

school-in-the-cloud-collaboratif-ecole-02Ensuite, les élèves, de manière autonome, cherchent des réponses à cette question en consultant la sélection de sites proposés par le site de « School in the cloud » autour de cette grande question. L’adulte ne fait qu’encourager, stimuler ; ils laissent les élèves chercher, et même se tromper. Pour finir, les enfants présentent la réponse à la grande question posée. Non seulement les élèves réussissent à répondre à une question et donc apprennent seuls mais l’intérêt principal vu sous l’angle de la France, où on ne manque pas aussi vivement d’enseignants qu’en Inde, est évidemment d’apprendre à travailler en groupe, en autonomie, d’échanger, discuter, argumenter avec ses camarades et de développer ainsi des stratégies qui permettent d’arriver à un résultat.

En France, on en est où ?

« School in the Cloud », en cours d’expérimentation en Inde et en Grande-Bretagne, démarre timidement en France. La version française n’est pas encore disponible en ligne, ceci explique peut-être cela.

© School in the Cloud

© School in the Cloud

Annick Launay, professeur de français et d’anglais au lycée professionnel La Joliverie à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique), avec une classe d’élèves de 15 à 17 ans présentant des troubles des fonctions cognitives, s’est lancée malgré tout dans l’aventure en décembre. Elle a choisi elle-même sa question -pas besoin de recourir à une « granny » via Skype- en prenant soin qu’elle intrigue, rende curieux.

Préalablement elle a lu une histoire à ses élèves qui parle de maladies des yeux. Ensuite, elle a posé sa grande question : « Voit-on tous la même chose ? ». Elle a laissé, conformément à la méthode de « School in the Cloud », ses élèves libres de constituer les deux groupes dont on a même le droit de changer en cours : pas de compétition, ici on collabore. Chaque groupe avait à disposition un ordinateur connecté à Internet. Sur le site de « School in the Cloud », Annick avait tapé dans le moteur la grande question afin de fournir à ses élèves une sélection de sites qui leur permette une recherche encadrée.

Après cette phase de recherche, les deux groupes ont présenté leur réponse ; un des groupes n’a pas réussi à le faire mais là encore, c’est très instructif pour les élèves selon l’enseignante. Même si l’expérience est encore trop récente pour établir un bilan complet, Annick Launay apprécie d’être, pendant cette séance, dans l’observation, pas dans l’action, et de redonner la main aux élèves alors qu’à l’école on a tendance selon elle à « tout mâcher ».

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Elle souhaite renouveler ces séances qui durent environ une heure. Ses élèves lui ont paru intéressés. L’intérêt de cette pédagogie, qui n’est pas sans rappeler les principes de la pédagogie d’Augustin Freinet ou Maria Montessori, vise non seulement à développer les compétences transversales aux apprentissages comme l’autonomie, le travail en groupe mais également à apprendre à consulter le web, sélectionner l’information et comprendre l’importance des sources.

« La classe inversée » : les leçons à la maison, les devoirs en classe

Autre pionnière : Mounira Rovini qui enseigne à des élèves en difficultés, en 4è Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté) au collège Anselme-Mathieu d’Avignon. En maths, elle pratique la classe inversée, pédagogie très en vogue aux Etats-Unis et au Canada : le soir, les élèves apprennent leur leçon à la maison en regardant des vidéos de cours de maths disponibles sur le web ; et en classe, ils s’entraînent avec des exercices adaptés à leur niveau.

L’intérêt pour l’élève, c’est de pouvoir consulter autant de fois que nécessaire le cours en ligne à la maison car il est vrai qu’il est difficile de faire répéter plus de trois fois le prof à l’école… En classe, ce dernier désormais dispose de plus de temps pour aider les élèves à faire leurs exercices adaptés au niveau de chacun. Des groupes sont formés afin qu’un système d’entraide se développe entre élèves de niveaux différents.

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Là aussi, on favorise la collaboration. Reste que face à des élèves décrocheurs, on peut s’interroger sur la réalité du travail fait à la maison. Certains ne font jamais leur devoir alors pourquoi le visionnage de la vidéo aurait-il plus de succès ? De plus, quand on ne comprend pas du tout une leçon, la regarder de nombreuses fois peut ne pas être suffisant pour lever un blocage.

La classe inversée adaptée : une organisation sous forme d’ateliers comme à l’école maternelle

Néanmoins, les résultats sont là  : les élèves en difficultés scolaires de Mounira Rovini progressent, dans un climat de classe plus serein. Mounira explique effectivement qu’elle adapte la pédagogie de la « classe inversée » à ses élèves dont seulement 4 sur 16 font leur devoirs à la maison. Elle organise sa classe à la manière des ateliers d’école maternelle. Un groupe visionne la vidéo de cours en autonomie tandis que 3 groupes d’élèves effectuent des exercices adaptés à leur niveau ce qui permet à l’enseignante de venir en aide à un groupe restreint d’élèves. La vidéo fournie par le web lui offre un outil primordial de différenciation des apprentissages, si difficile à mettre en place lorsque les niveaux sont très hétérogènes.

ecole-tableau-blanc-collaboratif-apprentissageLa vidéo, un manuel numérique qui plaît

Bibliothèques Sans Frontières, partenaire de la Khan Academy insiste sur le fait que les vidéos sont très bien faites, très accessibles même aux élèves en grande difficulté, car élaborées dans un souci de construction des savoirs. Outre cette qualité intrinsèque, la leçon sous forme de vidéo serait plus sexy pour les élèves férus de nouvelles technologies que les traditionnels manuels scolaires en papier et leur redonneraient ainsi le goût d’apprendre. Depuis le lancement du site francophone de la Khan Academy en septembre 2014, 250 000 utilisateurs se seraient inscrits sur le site pour y visionner les vidéos de cours de maths et autres exercices d’entraînement.

Vous êtes professeur ou parent d’élève et voulez tester ?

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C’est possible… Afin de mieux faire connaître ce genre de pratiques innovantes dans le numérique, la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem a lancé, mardi 20 janvier, une grande concertation nationale pour le numérique dans l’éducation qui se déroulera jusqu’au 9 mars 2015. La contribution est d’ores et déjà ouverte en ligne : les enseignants peuvent y laisser des exemples de pratiques efficaces à partager avec l’ensemble de la communauté éducative. A l’Etat, ensuite, de suivre ce mouvement et d’équiper les écoles, former les enseignants à ces changements de pratique qui bouleversent leur métier.

Quelques sites pour en savoir plus en attendant une diffusion possible plus officielle :

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