L’avenir de la planète selon le WWF

>>>Suite de l’interview du WWF. Que dire du bio dans les cantines ? Et quelles habitudes à prendre pour un mode de vie durable. ? Réponses du WWF…

consoGlobe : Vous agissez en faveur du bio à la cantine, en accord avec les engagements pris lors du Grenelle. Le but est d’inciter les cantines scolaires à servir au moins 20 % de produits alimentaires issus de l’agriculture biologique dans les repas d’ici 2012. L’objectif sera-t-il atteint selon vous ?

Le WWF : Actuellement, seulement 1/3 des établissements de restauration collective (soit 26 000 établissements) proposent des produits biologiques dans leurs menus au moins ponctuellement. La restauration collective représente ainsi 1,7 % du marché des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique.

Or 2012, c’est très proche… il semble donc très peu probable que l’objectif de 20 % d’introduction de produits bio dans les cantines soit atteint. Pour 2 raisons principalement : d’une part, même si les surfaces agricoles biologiques sont en forte augmentation, elles ne représentent que 2.12 % de la surface agricole française totale. Face à l’explosion de la demande, c’est encore trop peu ; d’autant plus que la restauration collective n’est pas la seule à vouloir s’approvisionner en produits bio, les consommateurs en veulent aussi chez eux !

Du bio à la cantineD’autre part, les filières biologiques françaises sont encore trop peu structurées pour répondre aux besoins bien spécifiques de la restauration collective : gros contenants, volumes importants, produits transformés et surgelés…Résultat : la restauration collective importe près de 60 % de ses produits biologiques… 

Cela dit, les choses évoluent très rapidement, autant du côté des agriculteurs que des collectivités locales. Difficile, donc, de prévoir la situation dans 2 ans.

Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que les collectivités locales ont tout leur rôle à jouer pour faire évoluer cette situation, en favorisant le développement de l’agriculture biologique sur leur propre territoire : réserves foncières des communes pour installer de nouveaux agriculteurs, aide à l’organisation des agriculteurs biologiques, etc. L’agriculture biologique et de proximité est bien une histoire de projet de territoire…
 
consoGlobe : Un mode de vie durable, qu’est-ce que c’est ? Avez-vous pu constater au cours de vos dernières études une certaine évolution des comportements, que ce soit des consommateurs ou des entreprises, qui tend tout de même vers le positif ?

Le WWF : Le 25 septembre 2009, le monde est entré en état de “crédit écologique”. Cette année, comme chaque année depuis 1986, nous avons utilisé plus de ressources que la Terre ne peut en produire tout en créant plus de déchets qu’elle ne peut en absorber. L’impact de nos modes de vie dépasse la capacité de la planète à se renouveler. En 2009, l’humanité devrait même excéder cette capacité de 40 %.

Développement durableRapportée  à l’échelle d’une année, la date à partir de laquelle notre empreinte écologique devient insupportable pour la planète ne cesse de reculer. En 1996, elle tombait en novembre. Calculée par le Global Footprint Network, cette empreinte ne cesse de croître. Elle est déterminée par l’impact de nos modes de vie sur la planète.

Si tout le monde vivait comme un Français, cette date se situerait aux alentours du 14 juillet… Autrement dit : si tous les habitants du monde vivaient comme nous, il faudrait la capacité biologique de plus de 2 planètes pour satisfaire la demande ! Si nous agissions tous comme un Américain, cette date serait le 23 mars, et nous aurions besoin de 5 planètes. L’humanité vit au-dessus des moyens de la planète et nous sommes en train d’en détruire les équilibres naturels.

Le dernier rapport « Planète vivante » du WWF montre qu’à un niveau global, l’empreinte écologique de l’humanité a presque doublé depuis 40 ans. Si rien ne change, il faudrait l’équivalent biologique de 2 planètes en 2050 pour satisfaire à la demande mondiale… ce qui est impossible.

Conséquences : la saturation de l’atmosphère en gaz à effet de serre, qui provoque le réchauffement climatique, et la dégradation des écosystèmes à un rythme encore jamais atteint dans l’histoire de l’humanité (sols épuisés et érodés, déforestation, eaux polluées, disparition d’espèces…).

Le bon sens voudrait qu’on évalue ce dont on dispose avant d’utiliser ces ressources. Mais l’évidence demeure un tabou pour nos sociétés occidentales : nous vivons sur une planète limitée qui ne pourra supporter une croissance matérielle et énergétique infinie. Il est encore temps de changer la donne. Le rapport Planète Vivante 2008 propose un scénario de sortie de crise d’ici 2050 permettant à la fois un développement plus durable et une restauration progressive des écosystèmes de la planète.

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Interview du WWF sur l’avenir de la planète par Elwina, décembre 2009