Surpêche : l’Ifremer alerte sur l’état préoccupant de certains poissons

Surpêche, climat, écosystèmes fragilisés : l’Ifremer dresse un bilan contrasté de l’état des poissons en France. Certaines espèces se rétablissent, mais d’autres restent fortement menacées.

Rédigé par , le 4 Mar 2026, à 10 h 20 min
Surpêche : l’Ifremer alerte sur l’état préoccupant de certains poissons
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La surpêche continue de fragiliser une partie des océans français malgré des progrès mesurés. Dans son dernier bilan scientifique, l’Ifremer alerte sur l’état contrasté des populations de poissons : si certaines espèces se redressent, d’autres restent sous forte pression. L’institut met en garde contre une stagnation de la pêche durable et appelle à adapter la gestion des ressources marines.

Surpêche : l’alerte de l’Ifremer sur l’état des poissons

Le 3 mars 2026, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a publié un nouveau bilan scientifique sur l’état des populations de poissons exploitées par la pêche française. Ce rapport met en lumière une situation contrastée. Si une partie des populations de poissons montre des signes d’amélioration, une proportion importante reste soumise à une pression de pêche trop élevée. L’institut souligne également que les changements environnementaux, notamment le réchauffement climatique, compliquent encore davantage la gestion durable des ressources marines.

Les scientifiques ont étudié l’état de 74 espèces exploitées par la pêche française afin d’évaluer la pression exercée sur les stocks et leur capacité de renouvellement. Selon ce bilan scientifique, environ 50 % des volumes de poissons débarqués en France en 2024 proviennent de populations exploitées durablement, c’est-à-dire qui ne sont pas considérées comme surpêchées.

Cette proportion traduit une amélioration sur le long terme. Toutefois, les chercheurs soulignent que la dynamique ralentit. « Si l’on raisonne en termes de nombre de populations non surpêchées, nous voyons que la proportion continue à s’améliorer lentement. Mais si l’on raisonne en termes de volumes de poissons débarqués, nous observons une stagnation autour de 45-50 %. La proportion de populations sous pression reste également élevée », explique Clara Ulrich, scientifique à l’Ifremer, citée par TF1 Info(1). La progression vers une exploitation durable marque le pas, ce qui inquiète les chercheurs. « Nous sommes donc face à une stabilisation globale avec des améliorations de moins en moins marquées », précise Clara Ulrich.

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Quelles espèces de poissons sont en danger ?

Dans ce panorama scientifique, certaines espèces apparaissent en relativement bon état dans les eaux françaises. C’est notamment le cas de la coquille Saint-Jacques en Manche, de la baudroie du golfe de Gascogne, du bar, du merlu ou encore du calamar, selon le bilan scientifique relayé par TF1 Info. Ces populations bénéficient souvent d’une gestion stricte ou d’une dynamique naturelle favorable. Les quotas, les périodes de fermeture de pêche et les plans de gestion européens ont contribué à améliorer leur situation au cours des dernières années.

Cependant, plusieurs espèces restent clairement sous pression. Selon le même bilan de l’Ifremer, certaines populations sont considérées comme surpêchées, notamment le hareng de mer du Nord, la seiche du golfe de Gascogne ou l’églefin de mer Celtique. D’autres stocks apparaissent dans un état encore plus préoccupant. Des populations comme le maquereau de l’Atlantique, la sole de Manche Est ou le merlu de Méditerranée sont décrites comme effondrées ou fortement dégradées dans les analyses scientifiques relayées par les médias. Plus d’un quart du volume de poissons débarqués en France provient encore de populations surpêchées, tandis que 7 % des stocks sont considérés comme effondrés.

Bilan 2025 de l'état des populations de poissons pêchés en France @Ifremer

Bilan 2025 de l’état des populations de poissons pêchés en France @Ifremer

Qu’est-ce que l’Ifremer ?

L’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) est un organisme public de recherche scientifique placé sous la tutelle de l’État. Créé en 1984, il étudie les océans, les ressources marines et l’impact des activités humaines sur les écosystèmes marins.

Ses chercheurs analysent notamment l’état des populations de poissons, la santé des océans et les effets du changement climatique sur les milieux marins. Leurs travaux servent de base scientifique aux décisions publiques sur la pêche, la protection des océans et la gestion durable des ressources marines.

Le climat ajoute une couche de risque sur la faune marine

Au-delà de la seule pression de pêche, les scientifiques mettent en avant un facteur aggravant : le changement climatique. Celui-ci modifie profondément les écosystèmes marins et la répartition des espèces. « De nombreuses populations montrent aujourd’hui des signes de diminution de leur capacité de renouvellement. Ces difficultés sont liées à un cumul de facteurs anthropiques, climatiques et environnementaux », explique le chercheur Youen Vermard, cité par TF1 Info.

Les projections scientifiques confirment cette inquiétude. La biomasse mondiale de poissons pourrait diminuer de 10 % à 30 % d’ici 2100 selon les scénarios climatiques. Dans les eaux françaises, les chercheurs estiment que les pertes pourraient atteindre 5 % à 8 % au milieu du siècle, et jusqu’à 23 % d’ici la fin du siècle dans un scénario de réchauffement de 4 °C, selon les données scientifiques de l’Ifremer.

Face à cette évolution, les scientifiques plaident pour une adaptation de la gestion des pêches. Les modèles actuels reposent en grande partie sur le principe du rendement maximum durable, c’est-à-dire le niveau de capture théoriquement compatible avec le renouvellement des stocks. Mais selon les chercheurs, ce seuil devrait désormais être considéré comme une limite et non comme un objectif, afin de tenir compte des incertitudes liées au climat et à l’évolution des écosystèmes marins.

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Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.

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