Pourquoi 2.000 slips ont-ils été enterrés dans les sols suisses ?

Les sols abritent une biodiversité immense : bactéries, champignons, vers de terre, acariens, collemboles et une multitude d’autres organismes microscopiques.

Rédigé par , le 5 Sep 2026, à 10 h 44 min
Pourquoi 2.000 slips ont-ils été enterrés dans les sols suisses ?
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En Suisse, des chercheurs ont demandé à 1.000 volontaires d’enterrer plus de 2.000 sous-vêtements en coton. Derrière cette expérience insolite, un objectif très sérieux : mesurer l’activité biologique des sols et sensibiliser le public à cet écosystème essentiel, mais largement invisible.

À première vue, l’image prête à sourire : des milliers de slips enterrés dans des jardins, des champs et des prairies, puis déterrés quelques semaines plus tard. Pourtant, l’expérience ne relevait pas de la fantaisie.

Le projet de sciences participatives « Beweisstück Unterhose », que l’on pourrait traduire par « La preuve par le slip », a été lancé en 2021. Il était piloté par Agroscope et l’Université de Zurich. Ses résultats ont été publiés en août 2026 dans la revue scientifique Plants, People, Planet.

Cette expérience(1), devait répondre à une question écologique centrale : comment rendre visible l’activité biologique d’un sol ?

Le coton comme révélateur de la vie du sol

Le principe est assez intuitif. Le coton est principalement composé de cellulose, une matière organique que les organismes du sol peuvent décomposer. Plus le tissu se détériore rapidement, plus l’activité des bactéries, des champignons et de la petite faune souterraine est importante.

Dans le cadre de cette étude, 1.000 citoyens ont enterré 2.000 slips en coton biologique ainsi que 12.000 sachets de thé standardisés. Les essais ont été réalisés sur environ 1.000 sites répartis dans toute la Suisse.

Les participants ont suivi un protocole commun. Ils ont ensuite déterré les sous-vêtements, les ont photographiés et les ont envoyés au laboratoire avec des échantillons de terre.

Après un mois, environ 10 % du coton avait été décomposé. Au bout de deux mois, ce taux atteignait en moyenne un peu plus de 50 %. Les différences entre les terrains se sont toutefois révélées importantes.

Les jardins plus actifs que les pelouses

Les jardins privés ont enregistré la décomposition la plus rapide, avec environ 58 % du coton disparu après deux mois. Les terres cultivées atteignaient près de 51 %, contre 47 % pour les prairies permanentes.

Les pelouses arrivaient en dernière position, avec une décomposition moyenne d’environ 40 %. Selon les chercheurs, le type d’utilisation du terrain était le facteur qui influençait le plus la dégradation du tissu.

Les jardins contenaient généralement davantage de matière organique. Ils offraient donc des conditions favorables aux champignons, bactéries et vers de terre, ces précieux ouvriers du sol.

À l’inverse, une pelouse uniforme et régulièrement entretenue peut offrir moins de nourriture et d’habitats variés aux organismes souterrains.

L’idée peut paraître farfelue, mais elle des plus sérieuses : le « test du slip » permet de vérifier la bonne activité biologique de vos sols.

Un slip très dégradé ne signifie pas forcément que le sol est sain

Les chercheurs mettent néanmoins en garde contre une interprétation trop rapide. Un slip largement décomposé ne signifie pas nécessairement que le terrain se trouve en parfaite santé écologique.

La vitesse de dégradation dépend de nombreux facteurs : humidité, température, altitude, acidité, texture de la terre, matière organique ou concentration en nutriments.

Le test renseigne donc surtout sur l’intensité de la décomposition et la fertilité du terrain. Il ne permet pas, à lui seul, de mesurer la biodiversité présente, la pollution ou la structure physique du sol.

Des jardins parfois trop riches en phosphore

Les analyses ont notamment révélé des concentrations élevées en phosphore dans certains jardins privés. La moyenne atteignait 13,4 mg par kilogramme de terre, contre 3,5 mg dans les champs cultivés. Sur quelques sites, elle dépassait même 60 mg.

Cette richesse peut stimuler la décomposition du coton, sans être forcément bénéfique. Elle peut révéler une utilisation excessive de compost ou d’engrais. Les chercheurs soulignent cependant qu’il reste difficile d’identifier précisément l’origine de ces concentrations.

Les surplus de phosphore qui ne sont pas absorbés par les plantes peuvent être entraînés vers les eaux souterraines et les cours d’eau. Ils risquent alors de perturber les milieux aquatiques.

Avant de fertiliser régulièrement son jardin, mieux vaut donc tenir compte des besoins réels des plantes. Un apport naturel ne doit pas devenir systématique. Pour nourrir la terre avec mesure, retrouvez nos conseils pour réussir son compost au jardin.

Le sol, un immense écosystème sous nos pieds

L’intérêt de l’expérience dépasse largement la performance d’un morceau de coton. Plus de la moitié de la biodiversité mondiale vivrait sous la surface du sol.

Bactéries, champignons, vers de terre, acariens et collemboles forment un réseau complexe. Ensemble, ces organismes participent au recyclage des nutriments, à la fertilité des terres et à la rétention de l’eau. Ils contribuent aussi au stockage du carbone.

Pourtant, les sols restent souvent les grands oubliés de la protection de la biodiversité. Ils subissent l’artificialisation, le tassement, l’érosion, les pollutions et certaines pratiques agricoles intensives.

À l’échelle d’un jardin, plusieurs gestes peuvent soutenir cette vie souterraine : limiter les pesticides, diversifier les plantations et éviter de laisser la terre exposée. Découvrez notamment pourquoi il vaut mieux ne pas laisser un sol nu.

Le paillage, les feuilles mortes et les apports raisonnés de compost protègent également l’humidité et fournissent de la matière organique. Ces principes sont au coeur des méthodes permettant d’obtenir un sol fertile grâce à la permaculture.

Peut-on reproduire le test du slip dans son jardin ?

Il est possible de tenter l’expérience chez soi pour observer l’activité de décomposition. Choisissez un sous-vêtement blanc composé à 100 % de coton, puis enterrez-le à faible profondeur. Marquez bien l’emplacement avant de le récupérer environ deux mois plus tard.

Les coutures et l’élastique, souvent fabriqués en matière synthétique, resteront généralement intacts. Ils devront être retirés du sol après l’expérience.

Bon à savoir
Cette expérience maison reste indicative. Pour comparer deux parcelles, enterrez des tissus identiques le même jour, à la même profondeur, puis déterrez-les simultanément.

Plus qu’un véritable diagnostic, ce test constitue une manière amusante de découvrir ce qui se passe sous nos pieds. La disparition du coton rappelle surtout que la terre n’est pas un simple support : c’est un milieu vivant dont dépend une grande partie de notre alimentation.


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