Rio 2016 : le bilan ne tient pas une forme olympique

Alors que toutes les médailles ont été gagnées, que les athlètes sont rentrés chez eux et que l’excitation des dernières semaines est passée, il est temps de faire le point sur les impacts des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Rédigé par Séverine Bascot, le 23 Aug 2016, à 18 h 16 min

Voilà, c’est fini, la flamme olympique s’est éteinte à Rio de Janeiro, et le temps de faire les comptes est venu : quels sont les différents impacts des Jeux Olympiques pour la ville, l’environnement et les habitants ?

Les impacts des JO de Rio 2016

Les Jeux Olympiques de Rio ont représenté(1) :

  • 10.500 athlètes
  • 206 pays représentés
  • 6 millions de tickets mis en vente
  • 150 sites à travers la ville
  • 2.000 organisateurs et logisticiens
  • 170 camions de livraison
  • 6.000 containers arrivés par bateaux
  • 14 millions de repas servis
  • 1 million d’articles sportifs (dont 18.000 balles de tennis par exemple)
  • 15.000 téléviseurs
  • 12.000 ordinateurs
  • 8.600 kits antidopage

La pollution des eaux et l’écologie

Les médias en ont beaucoup parlé durant la durée des Jeux : la pollution des baies et lagunes de Rio atteint des taux records mettant en danger la santé des athlètes. La dépollution de la baie de Guanabara, qui était l’une des grandes promesses faites au Comité international olympique (CIO), lors de la candidature de la ville, n’aura pas eu lieu.

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‘Éco-barrières’ sur la rivière Meriti pour protéger la baie © By Tomaz Silva/Agência Brasil [CC BY 3.0 br (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/br/deed.en)] via Wikimedia Commons

Là, on aurait pu parler d’un véritable héritage pour Rio. Mais la baie a juste été utilisée pour vendre la compétition, car ni le comité ni les autorités n’ont sérieusement envisagé de la dépolluer
déplore aujourd'hui l'écologiste Sergio Ricardo

 

Résultat : les athlètes ont été invités à bien fermer leur bouche lors des compétitions nautiques. Des barrières filtrantes ont été submergées pour éviter que les ordures ne viennent flotter sur les zones retenues pour les événements, mais cela n’aura pas arrêté les eaux usées et les agents pathogènes de se propager.

Des réserves naturelles mises à mal

Cerise sur le gâteau : une réserve écologique située sur une zone côtière sensible a été rasée pour faire place au golf olympique, et une autre a été très dégradée toujours pour construire des infrastructures sportives. Pourtant, la municipalité n’a pas réussi à planter suffisamment d’arbres pour compenser ces pertes, comme elle s’y était engagée.

Toutefois, comme la nature fait toujours bien les choses, la vie sauvage n’a pas disparu de ces zones : boas, crocodiles et paresseux n’ont pas vraiment quitté les lieux, si bien qu’il a fallu trouver des personnes pour les tenir éloignés des athlètes le temps des épreuves.

Quelques chiffres

Le CIO a chiffré l’empreinte écologique de l’événement de façon plus précise. Les Jeux Olympiques de Rio, ce sont :

  • 8 millions de mètres cubes d’eau,
  • 17.000 tonnes de déchets,
  • 23 millions de litres de combustible,
  • 28.500 avions en transit à l’aéroport de Rio,
  • 3,6 millions de tonnes de CO2

Les Jeux de Rio ne resteront donc pas dans l’histoire pour leur bilan écologique : dommage pour les Cariocas (habitants de Rio) pourtant très sensibles à cette question pour leur ville « merveilleuse » : en effet, peu de villes au monde peuvent se targuer d’occuper un site naturel d’une telle beauté !

Rio 2016 baie de Guanabara

La baie de Guanabara où ont eu lieu les épreuves de voile © Jorge Andrade from Brasil (Rio 2016) [Public domain] via Wikimedia Commons

Des infrastructures vraiment durables  ?

De grosses dépenses ont été attribuées à la construction des infrastructures sportives et urbaines (transports en commun, village olympique, aménagements de certaines zones de la ville…) en préparation de la Coupe du Monde en 2014 et des Jeux Olympiques de 2016. De nombreux retards et vices ou problèmes de construction sont venus assombrir la fête, au point que certains athlètes ont préféré rester ailleurs qu’au village. La plupart des investissements effectués n’étaient pas les priorités absolues, mais n’auraient pas été possibles sans l’accueil des Jeux olympiques : que vont-ils apporter aux habitants de la ville après le départ des athlètes ?

Amélioration du système de transports en commun

Le trafic à Rio est un véritable cauchemar : il s’agit de la 4e ville la plus embouteillée au monde. Certes, les Jo ont permis la construction des transports en commun, avec l’aménagement de 16 km de métro, de 20 km de tram et de couloirs de bus. Mais ils desservent prioritairement des quartiers plus privilégiés de la ville, la Barra de Tijuca et le centre-ville, où les besoins en transports ne sont pas les plus criants, loin de là. Parallèlement, les habitants de Niteroi, face à Rio devront continuer à emprunter des barges pour aller travailler en ville.

Réutilisation des infrastructures

Pour éviter que des infrastructures coûteuses ne finissent par tomber en ruine comme à Athènes, ou ne deviennent des gouffres en termes d’entretien comme à Pékin, plusieurs stades ont été conçus de manière à pouvoir être transformés facilement à Rio : une « architecture nomade » d’après le maire Eduardo Paes.

rio 2016 centre aquatique olympique

Le centre aquatique olympique sera démonté et transformé en piscines municipales © By André Motta/Brasil2016.gov.br [CC BY 3.0 br (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/br/deed.en)]via Wikimedia Commons

Ainsi l’arène de handball sera démontée et devrait permettre de construite quatre écoles de 500 élèves chacun dans les quartiers de Jacarepagua et Barra, ainsi qu’à São Cristóvão. Le centre de presse est voué à devenir une résidence étudiante ; le village olympique un parc public ; le centre aquatique olympique devrait être recyclé en plusieurs piscines publiques. De beaux projets de développement durable, reste à voir ce qui sera réellement réalisé(2).

D’autre part, depuis 2013, un total de treize ouvriers ont perdu la vie sur des chantiers concernant les infrastructures des JO ou en lien avec la modernisation de Rio, en vue de l’événement. Et près de 77.000 personnes ont été expulsées de leurs logements pour faire place aux infrastructures des Jeux, et des quartiers entiers ont été rasés au bulldozer, un traumatisme pour ces communautés parmi les plus démunies.

Rio après les JO 2016

Il est certain que les jeux de Rio représentent un immense déficit, bien loin du budget initial de 2,8 milliards de dollars. Mais depuis 1960, pas un seul Jeux Olympiques n’a réussi à tenir son budget prévisionnel, et force est de constater que Rio n’a pas échappé à cette règle. Loin de là, puisqu’elle affiche déjà un dépassement de 4,6 milliards de dollars, soit 51 % de plus. Au final, les coûts pourraient même s’élever à 10 milliards de dollars(3). Un coût bien lourd, que le Brésil en proie à la crise économique et au bord du chaos politique, aura sûrement bien du mal à éponger.

Le cabinet Ernst & Young a estimé que les JO ont crée 1,8 million d’emplois temporaires et permanents, ce qui a permis à Rio de mieux résister à la crise, mais la fin des JO et l’abandon du chantier de méga-barrage de Tapajos en Amazonie, font qu’il n’y a plus de grands chantiers en vue : de 30 à 40.000 personnes vont se retrouver au chômage.

Les retours sur investissements des Jo pour Rio

Les retransmissions nous ont permis de le constater : les tribunes ésemblaient vides lors de la plupart des épreuves, laissant entendre que le public n’était pas au rendez-vous. On l’avait déjà remarqué à Londres en 2014 mais c’était particulièrement flagrant à Rio.

Visiblement, 88 % des plus de 6 millions de billets au total ont été vendus à Rio de Janeiro, ce qui est moins que les Jeux de Londres en 2012 et les Jeux de Pékin en 2008, avec 96 % de leurs billets vendus, mais beaucoup mieux qu’Athènes en 2004, où seulement 67 % des billets d’événements ont trouvé preneurs.

La récession et le chaos politique ont très certainement affecté les ventes de billets, mais les organisateurs espéraient une frénésie d’achats de dernière minute, qui n’aura pas eu lieu. Il faut dire que l’accès aux événements sportifs se montant entre 11 et 350 euros selon le site de vente officiel, cela a eu un impact sur l’achat de tickets pour les Brésiliens, puisque le salaire minimum est fixé à 207 euros dans ce pays : ils ont donc boudé l’événement d’autant plus que de nombreuses disciplines olympiques ne sont pas vraiment ancrées dans la culture locale.

Du côté des étrangers, de nombreux touristes internationaux ont aussi sûrement été dissuadés par les inquiétudes concernant le virus Zika et les autres maladies infectieuses (dengue, hépatites…) présentes au Brésil, les troubles politiques qui se sont produits juste avant l’ouverture des Jeux, ainsi que par les problèmes de criminalité notoire de la ville.

Rio 2016 Jeux Olympiques

Rio 2016 : gymnase vide lors des épreuves de gymnastique masculine © By Sander van Ginkel [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0) via Wikimedia Commons

Autre raison pour laquelle les stades avaient du mal à se remplir : la désorganisation. En effet, les spectateurs se sont retrouvés coincés dans des files d’attente et des passages à la sécurité interminables alors que les épreuves avaient commencé, d’où les images de ces athlètes en train de se donner à fond devant des sièges vides. Un public bloqué à l’extérieur, pendant que résonnaient coups de feu et explosions entre policiers, voleurs, braqueurs, kidnappeurs et trafiquants en tous genre(4) !

Un bilan très mitigé pour ce pays de près de 204 millions de personnes, aux prises à sa pire récession en 25 ans sur fond de troubles politiques. Tokyo prend le relai pour 2020, avec déjà, des idées lumineuses pour des Jeux plus responsables comme par exemple des médailles fabriquées à partir de déchets électroniques recyclés et l’implication des citoyens dans l’organisation. Mais si Tokyo s’inquiète bien moins que Rio des infrastructures et de la sécurité, le problème du Stade national, principale enceinte des jeux, initialement confié à l’architecte irako-britannique Zaha Hadid,puis à l’architecte nippon Kengo Kuma a déjà fait exploser la facture. Alors écologie et durabilité seront-ils vraiment au rendez-vous des  32e Jeux Olympiques qui se tiendront du 24 juillet au 9 août 2020 dans la capitale nippone ?

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Voyageuse insatiable, j'ai parcouru le monde autant pour des raisons personnelles que professionnelles : rien de mieux pour prendre la mesure de l'état de la...

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