Pourtant interdits en 2018, les insecticides néonicotinoïdes sont de retour !

Dix-huit ONG ont écrit à Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, pour tenter de le convaincre de revenir sur sa décision d’accorder une dérogation à l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes pour la culture de la betterave en 2021.

Rédigé par Anton Kunin, le 19 Aug 2020, à 12 h 05 min

Selon les ONG signataires de la lettre, les néonicotinoïdes ne constituent pas l’unique solution pour lutter contre le puceron de la betterave puisqu’il existe d’autres moyens de lutte homologués.

Néonicotinoïdes – Les ONG dénoncent « un recul important du gouvernement »

Quatre ans après avoir inscrit dans la loi l’interdiction des néonicotinoïdes et deux ans après leur interdiction effective, le ministère de l’Agriculture a répondu positivement à la demande des agriculteurs d‘accorder une dérogation pour leur utilisation lors de la plantation de betteraves en 2021.
Si la Coopération Agricole et la Fédération des coopératives betteravières ont tenu à « saluer cette décision de bon sens » et si la FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont salué « des décisions à la hauteur des enjeux de souveraineté alimentaire », 18 ONG ont saisi le ministre de l’Agriculture pour lui demander de revenir sur sa décision.

En 2018 dans un avis sur les néonicotinoïdes, l’ANSES affirmait qu’il n’y avait pas d’impasse technique pour des alternatives à ces produits concernant la culture de la betterave… Pourtant 2 ans plus tard, les betteraviers semblent ne pas avoir fait évoluer leur modèle © M G White / Shutterstock

Parmi les signataires cet appel, il y a Générations Futures, WWF France, Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Agir pour l’Environnement, Agir pour la Biodiversité, le le mouvement Nous voulons des coquelicots, le Syndicat national d’apiculture, l’Union nationale de l’apiculture française et Terre d’Abeilles.
« Nos organisations sont scandalisées par cette décision ministérielle qui constitue un recul important du gouvernement sur la question de ces insecticides », écrivent-ils. Générations Futures, l’ONG à l’origine de l’appel, dénonce en plus une « décision rétrograde » et rappelle qu’en juillet 2019 la Cour européenne des comptes avait sévèrement critiqué les dérogations à cette interdiction au niveau européen.

Les néonicotinoïdes, un danger pour les pollinisateurs

Si les néonicotinoïdes sont considérés comme des insecticides efficaces, ils ont aussi un impact néfaste sur les abeilles. Ces molécules affaiblissent leur système immunitaire et reproductif et ont un impact sur leur système nerveux en les désorientant.
Contrairement aux assurances du ministère de l’Agriculture comme quoi les abeilles ne seraient pas exposées car les néonicotinoïdes seraient utilisés uniquement en enrobage de semence et les plants seraient récoltés avant la floraison, la réalité est toute autre. En effet, les néonicotinoïdes se retrouvent dans les sols et sont solubles dans l’eau : ils se répandent facilement des champs agricoles et l’environnement alentour, où ils sont absorbés par d’autres plantes attrayantes pour les abeilles.

L’exposition des abeilles et des autres pollinisateurs aux néonicotinoïdes se fait principalement par les fleurs sauvages © Erik Koole Photography

Si l’exécutif a décidé de ré-autoriser les néonicotinoïdes, c’est parce que les cultures conventionnelles de betteraves – contrairement aux cultures bio de cette plante selon les ONG –  sont actuellement victimes d’une épidémie de jaunisse, une maladie véhiculée par les pucerons.
« Les remontées du terrain confirment les chiffres diffusés par Agreste (le service statistique du ministère de l’Agriculture) et traduisent une situation extrêmement préoccupante », indiquait la FNSEA, le plus grand syndicat agricole, en juillet 2020. Pour la récolte de 2020, il faudrait s’attendre à une baisse des rendements de 30 à 50 %. En plus, cette invasion de pucerons pourrait entraîner une baisse drastique des surfaces pour les semis 2021.
Mais pour les associations  : « Outre la question de santé publique que pose la trop grande consommation de sucre et le fait que nous exportons quasiment la moitié de cette production, cette question mériterait d’être mise en regard de la place indispensable des pollinisateurs dans cette souveraineté [alimentaire] »…

D’autant plus que les producteurs de maïs se manifestent déjà pour demander eux-aussi une dérogation…

Pour en savoir plus et signer la pétition contre cette dérogation, rendez-vous ici

Illustration bannière : Les phytosanitaires provoquent une hécatombe chez les abeilles et autres pollinisateurs © MakroBetz
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

3 commentaires Donnez votre avis
  1. Quand l’argent rend les gens idiots et qu’ils sont soutenus par des irresponsables qui prennent des décisions en dépit du bon sens .Il est vrai que nous ne sommes pas capable de comprendre la Haute Stratégie de l’ agriculture intensive qui, depuis des années à stérilisé les sols à grands coups d’ engrais et d’ insecticides doublé d’un arasement de l’infrastructure bocagère qui entourait les terrains au nom du Sacro-Saint rendement créant ces déséquilibres .Vive le monde d’après plus vert et plus durable selon notre président!!!!

  2. Ils détruisent tout pour du fric ,y’a pas d’humanité
    à la fin ,tout à la fin ,on va tous en mourir ;en fin de compte ils n’auront pas gagner ,ou plutôt si la destruction de tout
    vive nous

  3. Mondialisation quand tu nous tiens.
    Les gouvernements sont responsables. Ils ont créé l’Agriculteur des grandes exploitations et sont donc pris à leur propre jeu : ne pas perdre le fil de la mondialisation donc brûler la planète à vau l’eau. Triste sort pour nos générations futures qui sont nos enfants d’aujourd’hui.

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