Ces bonbonnes de protoxyde d’azote qui font dérailler la filière des déchets
Le protoxyde d’azote, longtemps cantonné aux cuisines et aux hôpitaux, est devenu un casse-tête environnemental.

Partout en France, des bonbonnes métalliques jonchent l’espace public et saturent les filières déchets. Ni recyclables facilement, ni traitables sans danger, ces résidus de gaz posent un dilemme industriel, économique et réglementaire majeur.
Protoxyde d’azote : des usages multiples à l’origine d’un flux de déchets incontrôlé
Plusieurs exploitants d’incinérateurs de déchets ménagers alertent à nouveau les pouvoirs publics sur les dégâts causés par le protoxyde d’azote dans les installations de traitement des déchets. En quelques années, ces bonbonnes de gaz, issues d’usages légaux mais aussi détournés, ont profondément déstabilisé une filière déjà sous tension.
Le protoxyde d’azote est un gaz industriel ancien, utilisé légalement dans plusieurs secteurs. D’abord en médecine, où il sert d’analgésique et d’anesthésiant léger. Ensuite dans l’agroalimentaire, notamment pour les siphons à chantilly. Cependant, depuis la fin des années 2010, ces usages se sont élargis de manière imprévue, créant un afflux massif de bonbonnes et de cartouches dans les déchets.
Or, ces bonbonnes de gaz ne sont pas conçues pour entrer dans les circuits classiques de collecte. En pratique, elles sont majoritairement jetées avec les ordures ménagères ou abandonnées sur la voie publique. Dès lors, les exploitants se retrouvent confrontés à un flux de déchets métalliques sous pression, sans consigne claire ni filière dédiée, alertait en janvier 2025 le Syctom, l’agence métropolitaine des déchets d’Ile-de-France. Ce décalage entre les usages initiaux du protoxyde d’azote et sa fin de vie réelle constitue le coeur du problème. Les producteurs mettent sur le marché des contenants robustes, épais et scellés, mais aucune obligation n’existe pour leur reprise. En conséquence, les collectivités héritent de bonbonnes pleines, vides ou partiellement dégazées, dont le statut juridique reste flou.
Protoxyde d’azote et bonbonnes : un danger technique pour les centres de traitement
Lorsque les bonbonnes de protoxyde d’azote arrivent en centre de tri ou en incinération, les risques deviennent concrets. À des températures comprises entre 1.000 et 1.200 °C, conditions normales de fonctionnement des fours, ces récipients explosent violemment. Ces explosions endommagent les installations et imposent des arrêts d’urgence coûteux.
Sur un seul semestre, environ 250 arrêts techniques d’incinérateurs en France ont été attribués à ces explosions. Le phénomène dépasse donc l’anecdote. Il impacte la continuité du service public, perturbe la production d’énergie issue des déchets et fragilise économiquement les exploitants, déjà soumis à des marges strictes.
À cela s’ajoute un risque humain. Le Syctom indique que les bonbonnes et autres cartouches de gaz peuvent exploser dès les premières étapes mécaniques du tri. De même, au Canada, la métropole de Vancouver a recensé plusieurs incidents similaires, mettant en danger les agents. Le protoxyde d’azote devient ainsi un facteur de pénibilité et d’insécurité pour les travailleurs de la filière déchets.
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Un dilemme économique et réglementaire sans solution stabilisée
Sur le plan financier, la gestion des bonbonnes de protoxyde d’azote pèse lourd. En France, le coût global des dégâts et perturbations est estimé entre 15 et 20 millions d’euros par an. Localement, certaines collectivités évoquent des factures de 100.000 à 150.000 euros pour un seul incident, comme l’a par exemple détaillé la mairie de Lambersart.
Face à cette impasse, quelques territoires expérimentent des solutions dédiées à ces bonbonnes. En Belgique, des recyparcs ont mis en place une collecte spécifique des bonbonnes de gaz. En France, certaines entreprises spécialisées proposent un dégazage et un traitement sécurisé, mais à des coûts élevés, estimés à plusieurs milliers d’euros par tonne.
Cependant, aucune filière nationale structurée n’existe à ce jour. Le débat se cristallise autour de la responsabilité élargie des producteurs. Plusieurs parlementaires plaident pour intégrer ces bonbonnes dans un dispositif REP, afin que les fabricants de protoxyde d’azote financent la fin de vie de leurs produits. En attendant une décision, les collectivités continuent d’absorber seules un problème dont elles ne sont pas à l’origine.
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