Comment le gouvernement kazakh sauve la mer d’Aral

Alors que l’immense lac d’eau salé semblait condamné, le barrage construit par le Kazakhstan en 2005 a réussi à faire remonter le niveau de l’eau, régénérant la faune et la flore locale. Un « miracle écologique » qui pourrait en annoncer d’autres.

Rédigé par François Lefevre, le 1 Jul 2018, à 18 h 00 min

C’était l’une des plus vastes catastrophes naturelles du XXe siècle. Grande comme deux fois la Belgique, la mer d’Aral, à cheval entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, était le quatrième plus grand lac de la planète. Mais en 1960, l’Amou Daria et le Syr Daria, les deux affluents de la mer, ont été détournés afin d’irriguer les steppes désertiques de la région, que l’URSS avait décidé de transformer en cultures intensives de blé et de coton.

Un million de tonnes de coton ont été cultivées chaque année de 1960 à 1970, et la mer d’Aral s’est rapidement transformée en un désert de sel blanc et mort, la disparition de l’eau ayant tué quasiment toute forme de vie. Dans les années 2000, la mer d’Aral avait perdu 75 % de sa superficie et 90 % de son volume.

Une des plus grandes catastrophes écologiques du XXe siècle

La catastrophe était d’une ampleur inouïe. Face à l’assèchement de la mer et la remontée du sel en surface, les autorités soviétiques avaient abusé des engrais chimiques et des pesticides. Transformée en réservoir de sable empoisonné et disséminé par les vents violents d’Asie centrale, la mer d’Aral a fait exploser le taux des pathologies rénales, digestives et respiratoires dans la région.

© François Lefèvre

En 2000, seules subsistaient deux étendues d’eau : l’une au nord, au Kazakhstan, et l’autre au sud, en Ouzbékistan. En 2014, les conditions climatiques extrêmes ont causé l’assèchement quasi complet de la zone sud. Alors que la mer d’Aral semblait vouée à disparaître, une initiative du gouvernement d’Astana (Kazakhstan) redonna espoir. Grâce à la construction du barrage de Kok-Aral, la partie nord, dénommée « Petite mer », cessa de reculer, puis commença à revivre.

La Petite Mer sauvée

Pour sauver la mer d’Aral, les différentes nations d’Asie centrale avaient d’abord tenté de mettre sur pied une sorte de projet commun. En 1993 fut crée Fonds d’assainissement de la mer d’Aral (Ifas). Devant la lenteur, voire l’échec, de cette tentative d’action concertée, le gouvernement kazakh choisit finalement de prendre les devants. Astana décida de bâtir un barrage, afin de faire remonter le niveau de l’eau, éliminer l’excès de sel, remettre en place des poissons et sauver la faune, la flore et le patrimoine culturel.

Financée par la Banque mondiale et le gouvernement kazakh, la digue de treize kilomètres est entrée en fonction en 2005. Elle a permis à la Petite Mer de reconquérir 50 % de sa surface en seulement trois ans. En effet, le niveau de l’eau atteignait les 42 mètres en 2008, contre moins de 18 mètres avant le début des travaux.

Mieux encore, la vie était de retour. « Lorsque la mer s’est retirée, raconte un vieux pêcheur de Mergensaï, les hommes se sont reconvertis dans l’élevage de chameaux. Mais depuis trois ans, les carpes sont réapparues et nos enfants réapprennent à pêcher », lisait-on en 2008 dans Le Figaro.

mer aral

© François Lefèvre

En 2016, le « miracle » s’était déjà produit. L’eau avait regagné 30 % de sa surface, soit plus de 10 milliards de mètres cubes. « L’idée, ce n’était pas de reconstituer la mer telle qu’elle était avant 1950, mais réhabiliter la biologie. Dans la pratique, nous avons diversifié les cultures, et favorisé celles qui sont moins gourmandes en eau par rapport au coton. Il y a des oiseaux qui reviennent pour nidifier », expliquait l’hydrologue Pierre Chevallier sur France Inter.

Volonté politique sans faille

Mais alors que les experts et les militants écologistes se félicitent de cette « résurrection », le temps est sans doute venu d’en tirer les leçons. Des dizaines de millions de dollars et une volonté politique sans faille auront été indispensables pour faire mentir tous les pronostics qui annonçaient la disparition totale du lac.

Le développement d’une conscience écologique au sein de la population et des élites dirigeantes kazakhes a probablement été décisif. Dans ce pays où la nature est omniprésente, jusqu’à l’aigle sur le drapeau national, la prise en compte des enjeux de pollution, du maintien de la biodiversité ou du réchauffement climatique sont depuis longtemps au coeur des politiques publiques. Une vigoureuse conscience écologique grâce à laquelle de tels projets comme le barrage de Kok-Aral peuvent être portés.

© François Lefèvre

Mais ce n’est pas tout : le 24 mars dernier, les lumières d’Astana se sont éteintes pendant une heure pour marquer la participation de la ville à l’Heure de la Terre, un événement international initié en 2007. Les grandes villes du pays profitent aussi depuis de nombreuses années de plans d’aménagement urbain pour multiplier les parcs et les axes de transports en commun.

Enfin et surtout, lors de l’exposition internationale d’Astana en 2017, le Kazakhstan a annoncé son souhait de voir la part des énergies renouvelables atteindre 30 % de son paquet énergétique d’ici 2030 et même 50 % à l’horizon 2050. Une transition écologique et énergétique parmi les plus ambitieuses du globe.

Miraculeux, le sauvetage de la Petite mer pourrait ainsi n’être que la première étape d’une politique autrement plus vaste et pleine de promesses.

Illustration bannière : La mer d’Aral revit – © Milosz Maslanka
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Chef de projet énergies renouvelables et ingénieur en génie énergétique, François Lefevre supervise depuis plus de 10 ans de nombreux projets, touchant...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. « Mais en 1960, l’Amou Daria et le Syr Daria, les deux affluents de la mer, ont été détournés afin d’irriguer les steppes désertiques de la région, que l’URSS avait décidé de transformer en cultures intensives de blé et de coton. »
    Ca n’était donc pas une catastrophe naturelle, mais les conséquences d’une volonté politique !

  2. je voudrais me desinscrire de vos messages car j’en reçois à longueur de journée

    merci de le nécessaire

    pe.france@laposte.net

    • Séverine Bascot

      Bonour, il vous suffit de cliquer sur la cloche blanche sur fond rouge qui apparait en bas à gauche de votre écran lorsque vous consultez un article consoGlobe.com et de suivre les instructions. Merci de votre fidélité

    • Marion

      Bonjour,
      Je pense que vous parlez des notifications. Pour ne plus les afficher sur votre ordinateur, il suffit de cliquer sur la petite cloche en bas à gauche du site et d’indiquer que vous ne souhaitez plus les recevoir.
      Très bonne journée
      Marion de consoGlobe.

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